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Oct 11

Législatives marocaines du 7 octobre 2016 : Ménage à trois ou ‘’polygamie’’ politique ?

Par Abderrahman El Fouladi

fouladiAucune allusion aux supposés scandales de mœurs qui furent le prélude à une campagne Électorale sur fond de passion beaucoup plus que sur celui de la raison . Aucune allusion non plus au parti qui a emporté ces élections avec une majorité relative très confortable; Parti dit ‘’islamiste’’ alors qu’avec ou sans lui, les mosquées seront toujours pleines au Maroc… Et les bars aussi !

Le titre de cet édito est juste une réaction (à chaud) devant les affirmations de ceux et celles qui se mirent déjà à rêver en bichromie d’une bipolarisation de la vie politique marocaine; sitôt les résultats provisoires proclamés  !

Comment peut-on parler, en effet, d’une bipolarisation quand le parti appelé à former le gouvernement ne possède que moins de 32% des sièges, que le parti majoritaire de l’opposition officielle n’en possède que moins de 26% et que le regroupement des tiers-partis en possède un peu plus de 42% ! Et ce sont ces 10 partis qui en réalité détiennent le pouvoir car sans leur concours aucun gouvernement ne pourrait se former.

Votants vs majorité silencieuse

À moins que ces observateurs avertis ne fassent, dans leurs affirmations, allusion à une potentielle bipolarisation mettant en équation ceux et celles qui se sont prêtés au jeu démocratique et cette majorité relative de 57%, inscrite sur les listes électorales mais qui avait tourné le dos aux urnes, ou à cette autre majorité absolue, écrasante par son nombre et son silence; et formée par environ 76% des marocains et marocaines en âge de voter mais qui n’ont pas voulu (au choix) ce prévaloir de ce droit ou accomplir ce devoir de vote.

Parmi cette frange de l’électorat marocain, bon nombre affichent clairement leur mépris de ce jeu électoral où les partis, qui se battaient comme des chiffonniers hier, s’embrassent aujourd’hui et se serrent les coudes pour former le gouvernement.

Et cette frange de la population de regretter amèrement (et ouvertement) les temps, pas si lointains, où le Roi fait et défait les gouvernements et gouverne en monarque absolu.

‘’Au moins argumentent-ils, on économisait des millions et on s’évitait des tonnes d’hypocrisie et de mensonges’’.

Mais les temps ne sont plus aux manœuvres de marche-arrière et le gouvernement va se former par Abdelilah Benkirane, chef du gouvernement sortant et secrétaire général du Parti pour la justice et le développement (PJD). Et on peut dores et déjà spéculer sur la véracité de l’adage voulant que ’’jamais deux sans trois’’, et ce, pour la simple raison que la gauche d’antan qui avait tant séduit les marocains frustrés est en train de s’effriter, augmentant ainsi le vote de contestation en faveur du PJD. Quant à ‘’l’opposition officielle’’, il suffit de visionner les vidéos qui foisonnent sur les réseaux sociaux au lendemain de la fameuse marche contre M. Benkirane pour se rendre compte a tel point le ridicule (qui ne tuait plus) risquerait de faire exception en ces temps-ci.

Qui va gouverner dorénavant le Maroc ?

Qu’on aime ou qu’on déteste ce qui s’est passé, Le pays en sortirait gagnant car chaque expérience électorale qui passe, fait murir davantage l’exception marocaine dans la région et tend à faire de cette exception une règle, voire un vaccin contre les dérives et les dérapages extrêmes.

Le gouvernement est ‘islamiste’’ soit ! Mais le Maroc n’inscrit-il pas l’islam dans sa constitution ? Et n’est-ce pas cet islam paratiqué par l’extrême majorité des marocains qui leur a permis de rester soudés autour de leur monarchie? monarchie qui n’a jamais été remise en question même lors des moments les plus sombres de la Siba (période d’anarchie) qui avait marqué l’histoire marocaine du 19ème siècle ?

Le PJD va former le gouvernement. Mais ce sera une élite 100% marocaine qui va gouverner; élite issue aussi bien des rangs du PJD, que de ceux des autres partis ayant été boudés, voire désavoués, par l’électorat marocain le 7 octobre dernier. Et ça… c’est l’exception marocaine; Cette exception qui fait dire à certains voisins :’’ Lamgharba darou la bagarre Essbah wou tsalhou fi laachiyya’’  (Les marocains se sont bagarrés le matin et se sont réconciliés, vite-fait, l’après midi)

Et les Marocains résidant à l’Étranger (MRE) dans tout ça ?

Ils ne font pas exception. Et leurs divisions sont à l’image des divisions internes: Une grande masse indifférente et deux grosses minorités; 1. celle qui estime que sa citoyenneté a été bafouée par le refus du vote et de la candidature dans le lieu de résidence étranger et 2. celle se félicitant que le Maroc n’a pas accepté de noyer les revendications et la spécificité MRE dans la Cacophonie de la chambre basse du parlement, et ce, en leur octroyant quelques sièges qui ne feront que le bonheur de certains partis voraces.

Et les acquis des MRE se résument en un Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) constitutionalisé, un ministère et une fondation (la Fondation Hassan II pour les MRE).

Les MRE devraient donc être satisfaits. Eh bien non, car bon nombre estiment qu’il y a trop d’institutions, trop de gaspillage et peu d’écoute. Et les avis sont partagés entre ceux qui veulent fusionner le tout dans une institution genre haut commissariat des MRE et de la migration et entre ceux qui veulent tout simplement dissoudre une ou toutes ces institutions.

La solution serait probablement dans un consensus qui pourrait ressortir d’un dialogue serein entre MRE et responsables de ce nouveau gouvernement. Ce dialogue est d’autant plus nécessaire car si le Maroc peut exclure ses MRE des élections , il ne peut les priver de construire l’avenir de ce pays avec leurs concitoyens restés sur place.

La balle est dans le camp du prochain gouvernement.

Par Abderrahman El Fouladi

Source : Maghreb Canada Express, 14ème année, Vol. XIV, N° 10, page 3, OCTOBRE 2016   

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