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Mar 31

Édito Avril 2017 : Plaidoyer pour un Statut international de réfugiés pour les migrants climatiques

Croyez-le ou non, il ne resterait quasiment plus de ‘’dinosaures’’  ‘’climato-sceptiques’’ sur Terre… Encore moins dans les hautes sphères décisionnelles économiques et politiques. Et ceux qu’on peut encore qualifier de ‘’climato-sceptiques’’ mériteraient ce qualificatif non pas à cause de leur négation (de l’occurrence des changements climatiques), mais à cause de leur scepticisme (oh combien justifié dans certains cas !) quant aux retombées négatives de ces mêmes changements climatiques sur leurs pays respectifs et leur économie !

Et c’est ainsi que les prises de position au sein d’instances internationales, comme les conférences des Parties (COP) de la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) seraient en train de se faire  en fonction des retombées positives potentielles d’un phénomènes déjà en marche et qu’il serait plus sage d’en tirer du profit au lieu de s’entêter à vouloir l’arrêter… Car autant essayer de freiner un poids lourd (ayant perdu ses freins et dégringolant sur une pente) avec la seule force de frottement des semelles du chauffeur sur l’asphalte !

Et comme dirait Michael Corleone (Dans ‘’le Parrain’’) ‘’Cela n’a rien de personnel, c’est seulement les affaires’’, Ces affaires qui promettent d’être bonnes pour des poids-lourds de l’Hémisphère-Nord grâce, entre autres, à (au) :

  • La migration des ressources halieutiques vers les pays du Nord;
  • L’effet fertilisant des gaz à effet de serre sur plusieurs cultures ;
  • L’ouverture d’une voie navigable rentable (par rapport au canal de Panama) entre l’Europe et l’Asie à travers le pôle Nord; D’abord saisonnière puis permanente ensuite;
  • Dégel du pergélisol qui permettra l’exploitation des richesses minières dans le Grand Nord, mais qui pourra hélas amorcer une bombe climatique  !

Et ce n’est pas de la science-fiction :  Le pergélisol de l’Amérique et de l’Europe septentrionales serait en train , en se réchauffant, de libérer dans l’atmosphère une quantité de gaz à effet de serre (GES), dont le Co2 et le méthane, qui pourraient faire doubler la concentration actuelle de ces gaz dans l’atmosphère !

Adieu  limite de 2°C pour l’augmentation de la température

Ces masses de GES qui, soulignons-le, ne sont pas pris en compte dans les politiques d’atténuation qu’essaie d’imposer la CCNUCC, ne semblent pas inquiéter outre mesure les pays les plus nantis … Et du coup, il serait légitime de se poser des questions du genre :

  • Est-ce parce que ces pays ont les moyens de délocaliser , plus au nord, leurs populations touchées par le réchauffement de la planète ?
  • Par conséquent, est-ce pour cela que depuis qu’on a commencé à reconnaître l’impact du climat sur la mobilité humaine, ces pays insistent-ils pour gérer le phénomène à l’intérieur des frontières des pays touchés ; quitte à faire appel de temps à autre à l’aide internationale ?
  • Et-ce pour cela que la ‘’communauté internationale’’ avait tant tardé à reconnaître qu’il y a bel et bien une migration climatique ?
  • Est-ce pour cela qu’après la timide insertion de cette reconnaissance dans le préambule de l’accord de Paris sur le climat, en 2015, que la COP21 avait confié ce qui pourrait être dorénavant la plus grande préoccupation de l’humanité (la migration climatique) à une ‘’Task Force’’ noyée au sein du Comité exécutif du Mécanisme international de Varsovie relatif aux pertes et aux préjudices liés aux incidences des changements climatiques  ? Une Task Force dont la mission est  ‘’d’élaborer des recommandations relatives à des démarches intégrées propres à prévenir et réduire les déplacements de population liés aux effets néfastes des changements climatiques et à y faire face’’  !

Mission possible pour une équipe de 13 personnes ? Tout est-il qu’une première recommandation fut déjà faite pour la COP22, en novembre 2016 et dont voici la teneur :

’Encourager les Parties à prévoir ou à continuer de prévoir, dans la planification et les actions pertinentes, l’examen des phénomènes extrêmes ou qui se manifestent lentement, des pertes autres qu’économiques, des déplacements, des migrations et de la mobilité des êtres humains, ainsi que de la gestion globale des risques (…) et encourager les organismes bilatéraux et multilatéraux à soutenir de tels efforts’’. Bref… Langage diplomatique onusien typique où on a l’impression qu’on est en train d’agir comme ce pompier perdant son temps à se poser des questions sur ‘’comment le feu a pris’’ au lieu de procéder à l’évacuation des sinistrés et à l’extinction du feu! Au fait, de quels phénomènes qui ‘’se manifestent lentement’’ parle-t-on ? Les changements climatiques ont fait en quelques mois (cas de la banquise) ce qu’ils devraient faire en une cinquantaine d’années et pourraient détruire en quelques décennies une biodiversité qui a fait des millions d’années à pouvoir se constituer ? (…) De grâce !

Reconnaître aux migrants climatiques le statut de réfugié

Il serait donc temps pour les pays les plus touchés de passer à l’action pour donner un coup de main à cette Task force sur la mobilité humaine pour qu’elle puisse mener à bien sa mission . ET les pays africains sont concernés plus que jamais. En effet :

  • La population africaine pourrait doubler d’ici 2050;
  • 2/3 des terres arables africaines seraient perdues juste d’ci 2025 (en raison de la désertification) et 80 à 100 millions d’africains seront en situation de stress hydrique ;
  • 65 % de la population africaine serait déjà touchée par les impacts (négatifs) des changements climatiques et le continent compterait déjà plus de 10 millions de réfugiés climatiques…

Il serait donc temps de mettre sur pied une initiative africaine, en collaboration avec d’autres pays amis , en vue de faire reconnaitre internationalement le Statut de refugié aux déplacés ‘’permanents’’ suite au réchauffement de la planète.

La conjoncture serait d’autant plus favorable que :

* La Task-force des déplacements des populations est encore à ses débuts ;

* La présidence de la COP22 durant l’année 2017 est assurée par un pays africain (Le Maroc ) ;

* L’Union Africaine vient de confier au Souverain Marocain son programme de l’immigration .

Par A. El Fouladi, Maghreb Canada Express, Page 3, Vol. XV, N° 04, AVRIL 2017

Pour lire l’édition du mois d’avril 2017, cliquer sur l’image :