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Juin 14

Le renoncement de Trump à l’accord de Paris sous la loupe

Le retrait annoncé par Donal Trump n’a pas surpris grand monde, car les problèmes climatiques n’intéressent pas Trump. Rappelons nous que depuis son investiture, il n’a de cesse de mettre fin à l’obamacare notamment sur le forage des terres indiennes. Obama avait décrété une loi pour protéger ces terres.

Donald Trump décidera-t-il ou non de sortir son pays de l’accord de Paris contre le changement climatique, arraché de haute lutte lors de la COP21, en décembre 2015 ?

Son équipe est divisée sur le sujet. La fille du président américain, Ivanka Trump, et son mari Jared Kushner, ainsi que le secrétaire d’État Rex Tillerson plaident pour un maintien des États-Unis dans l’accord. Le nouveau président de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), Scott Pruitt, ainsi que le conseiller du président, Steve Bannon, demandent le retrait. Face à ces divisions internes, la décision a été maintes fois reportée, et ne sera finalement annoncée qu’après le G7, qui se tient en Sicile les 26 et 27 mai.

Un moment crucial, où les pays développés devront peser de tout leur poids pour que le second pollueur de la planète ne quitte pas cet accord universel. Cependant si les États-Unis restent à bord, ils ne l’appliqueront qu’à minima. La Maison-Blanche peut-elle alors saper l’immense effort diplomatique déployé pour espérer contenir le réchauffement climatique en deçà de 2 °C ? Les autres États américains, les entreprises et la société civile pourront-ils contrebalancer le choix fédéral ?

Il n’y a aucun doute que la politique de Donald Trump envoie des signaux très négatifs pour maintenir la dynamique de l’accord de Paris. Son abrogation du plan qui imposait aux centrales électriques de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, les décrets qu’il a signés pour relancer les énergies fossiles disent au monde que le gouvernement fédéral n’a aucune intention de respecter les engagements de la COP21. En montrant qu’il s’assoit sur ce qui a été décidé devant la quasi-totalité des nations, il ouvre une brèche dans l’accord.

Par ailleurs, avant l’élection de Donald Trump, le couple sino-américain a montré que, malgré sa compétition commerciale intense, il était capable de s’entendre sur l’avenir de la planète et l’avènement d’une nouvelle économie décartonnée. Devant ce couple-là, il était difficile pour n’importe quel autre pays de ne pas s’aligner. Les voix discordantes (comme celles de l’Arabie saoudite ou de la Russie…) n’étaient pas les bienvenues. Désormais, au lieu de se retrouver au ban de la communauté internationale, elles peuvent rejoindre le camp américain.

Mais face à ces éléments négatifs, il faut dire que la tendance économique lourde penche vers une transition bas carbone, et qu’elle perdurera malgré Trump. Par ailleurs, les autres États se sont montrés jusqu’ici solidaires et garants des acquis de la COP21. Si Trump est donc en train de donner un grand coup de pied dans l’accord de Paris, il est peu probable qu’il en vienne à bout. Le fait que la Maison-Blanche ne soit pas prête à déterminer une ligne claire sur l’accord de Paris avant la réunion du G7, les 26 et 27 mai à Taormine (Sicile), est une bonne nouvelle qui montre qu’il y a une marge de manœuvre pour négocier avec elle.

Dans son discours à la COP 21 qui s’est tenu à Paris, Obama disait : « Ici à Paris, assurons-nous également que ces ressources vont aux pays qui ont besoin d’aide pour se préparer  à l’impact des changements climatiques que nous ne pouvons plus éviter. Nous le savons : beaucoup de pays qui ont peu contribué aux changements climatiques seront les premiers à en ressentir les effets les plus dévastateurs. Pour certains, en particulier pour les nations insulaires — dont je rencontrerai les dirigeants demain — les changements climatiques menacent leur existence même. Et c’est pourquoi aujourd’hui, de concert avec d’autres nations, les États-Unis confirment leur engagement robuste et indéfectible envers le Fonds pour les pays les moins avancés. Et nous nous engagerons demain à faire de nouvelles contributions à des initiatives d’assurance des risques qui aident les populations les plus vulnérables à reconstruire de façon plus robuste après des désastres liés au climat.

Chers dirigeants, chères dirigeantes, si nous acceptons ce défi, nous ne serons pas récompensés par des moments de victoires clairs et rapides. Notre progrès se mesurera différemment — par les souffrances évitées, par la planète préservée, Et c’est ce qui rend notre tâche si difficile. Notre génération ne verra peut-être pas les résultats complets de ce que nous faisons ici. Mais savoir que la prochaine génération sera mieux lotie grâce à ce que nous faisons ici – peut-on imaginer une plus digne récompense ? Laisser cet héritage à nos enfants et à nos petits enfants, pour qu’ils puissent voir ce que nous avons fait ici à Paris et être fiers de nous.

Que ceci soit notre but commun ici à Paris. Un monde digne de nos enfants. Un monde marqué non par les conflits, mais par la coopération ; non par la souffrance humaine, mais par le progrès humain. Un monde plus sûr et plus prospère, et plus libre que celui dont nous avons hérité. »

Il y a deux manières de sortir de l’accord : l’une qui respecte les clauses de sortie prévues par le traité, l’autre, plus radicale, qui consiste à sortir de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC), signée à Rio en 1992. La première voie représente une décision unilatérale, qui impose un délai de quatre ans avant une sortie effective : trois ans après l’entrée en vigueur de l’accord (novembre 2016), puis un an après la notification de départ de l’Etat concerné pour que celle-ci devienne effective. S’ils appliquent cette procédure, les Etats-Unis devront attendre le mois de novembre 2019 pour annoncer leur sortie, puis novembre 2020 pour son entrée en vigueur, soit la fin du mandat présidentiel.

La deuxième voie implique de quitter à la fois l’accord de Paris, ainsi que tous les accords qui découlent de la CCNUCC de 1992 (Kyoto, Copenhague…), pour laquelle le délai des trois ans est déjà écoulé. Cette procédure, plus rapide et plus globale, aurait l’effet d’une « arme nucléaire » puisqu’elle entraînerait le retrait total des Etats-Unis de toute négociation climatique. Donald Trump n’a pas précisé quelle option il comptait privilégier mais dans tous les cas cela prendra du temps.