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Juil 19

Al Hoceima : En attendant de démêler l’écheveau

Depuis des années, voire depuis toujours, le Maroc surveille le Rif comme le lait sur le feu.

Dernier événement en date avant l’état actuel : des échauffourées ont éclaté contre les forces de l’ordre, le 5 février dernier, suite à l’organisation d’un sit-in commémorant le 54ème anniversaire de la mort d’Abdelkrim El Khattabi, leader de la rébellion du Rif contre l’occupation espagnole durant les années 1920.

Un région hantée par son passé

Bilan: une trentaine de blessés parmi les policiers. Les autorités marocaines tentent les voies du dialogue. Mais sans arriver à calmer des rifains qui demandent au régime la réhabilitation d’une région encore hantée par son passé.

L’histoire de ce marchand de poisson rappelle celle du marchand de légumes tunisien, car ils ont un point commun « La hogra » mot en dialecte arabe qui signifie ‘’persécution’’.

N’empêche ! Au Maroc, la contestation ne faiblit pas dans la région du Rif, plus exactement dans la ville d’Al Hoceima, où la mort accidentelle d’un vendeur de poisson en octobre dernier a déclenché ce vaste mouvement de protestation. Les difficultés économiques grandissantes que connaissent les habitants de cette région ainsi que l’absence de perspective d’avenir expliquent en partie leur colère.

Comme l’analyse si bien le journaliste Dominique Baillard dans un article pertinent parue le 1er juin 2017, c’est lui qui souligne : « Ce fait divers met en évidence quelques-uns des ingrédients historiques de l’économie de survie de cette région : la contrebande et la pêche. Le poissonnier a été broyé par une benne à ordure en essayant de sauver sa cargaison d’espadon, dont la pêche est interdite à cette période de l’année, c’est pourquoi la police voulait détruire cette marchandise.

La pêche légale, notamment de la sardine, qui a fait tourner jusqu’à cinq conserveries dans cette ville dans les années 90, est en train de mourir, à cause de l’épuisement des ressources halieutiques. Il n’y a guère d’autres activités. Le tourisme est resté balbutiant.

Pour survivre dans cette région longtemps oubliée, paraît-il, du pouvoir central, surtout célèbre pour la culture du cannabis qui assure un revenu de subsistance aux paysans des montagnes avoisinantes, souvent on la quitte… Pour d’autres régions du Maroc, ou bien pour l’Europe. Mais migrer de l’autre côté de la Méditerranée est devenu de plus en plus difficile. Les habitants sont aujourd’hui à bout de souffle.

Aujourd’hui, la ville d’Al Hoceima se meurt : six logements sur dix sont vacants, et le chômage est deux fois plus élevé que la moyenne nationale.

‘’Il n’y a pas un Rif, mais une réalité complexe’’

Depuis l’arrivée au pouvoir du roi Mohammed VI, il y a eu un effort financier considérable pour sortir le Rif de l’isolement et de l’extrême pauvreté avec de grands travaux d’infrastructure et d’industrialisation.

Avec un certain succès. Grâce à une route côtière qui relie d’ouest en est Tanger à la ville de Saïdia proche de la frontière algérienne, les quatre grands ports du nord du pays sont aujourd’hui connectés et les zones économiques spéciales créées à Tanger commencent à porter leurs fruits. « Il n’y a pas un Rif mais une réalité complexe, selon la chercheuse Kenza Afsahi, cette sociologue économiste du centre Emile Durkheim de Bordeaux travaille sur le marché du cannabis, avec des cités en pleine expansion et d’autres encore totalement enclavées, c’est le cas d’Al Hoceïma ». L’autoroute qui devait lui ouvrir les portes du sud n’est toujours pas terminée et le grand plan de développement de la ville n’a démarré qu’en 2015.

Les manifestants ont des revendications très concrètes, ils demandent des hôpitaux, des usines… Parce qu’ils ne voient toujours pas les retombées de ce grand plan de développement.

A cause de son isolement, Al Hoceïma est toujours la ville la plus chère du Maroc. Les contestataires irrités par les retards pris par certains projets « veulent aussi être mieux associés, explique Kenza Afsahi, ils n’adhèrent pas par exemple à la marina prévue. » Ils préféreraient des usines, des activités qui fourniront au plus vite un travail au plus grand nombre.

Enfin ils ont été échaudés par la perte de leur statut de chef-lieu quand les services administratifs ont été délocalisés à Tanger devenue capitale régionale dans le cadre du redécoupage territorial. « Les habitants veulent aussi des écoles, des universités pour leurs enfants. C’est l’une des rares régions qui n’a pas d’antenne universitaire. Et le développement passe aussi par l’éducation », ajoute Kenza Afsahi. Dans cette région l’analphabétisme concerne quatre personnes sur dix.»

La mauvaise gestion du dossier d’Al Hoceima et le mécontentement du Roi

Comme le rapporte « Jeune Afrique » du 26 juin 2017 sous le titre « Maroc : Mohammed VI recadre ses ministres sur le projet de développement du Rif », ?Le roi du Maroc a fait part tout récemment de sa « déception » à ses ministres pour le retard pris dans la mise en place du programme de développement lancé en 2015 dans la région du Rif. Huit mois après le début de la contestation dans cette région marginalisée, Mohammed VI a exigé d’accélérer les investissements prévus par le programme « Al Hoceimaq Manarat Al Mouatwassit ». ? (Al Hoceima Phare de la Méditerranée NDLR)

Toujours selon « Jeune Afrique » cité ci-dessus, ?Selon un communiqué du cabinet royal, le souverain marocain a critiqué ses ministres pour la non-exécution dans les délais impartis des projets prévus au titre du programme « Al-Hoceima : « Manarat Al Moutawassit » (« Al-Hoceima : le phare de la Méditerranée »). Ce programme, lancé en 2015 et qui doit s‘achever en 2019, est doté d’une enveloppe globale de 6,5 milliards de dirhams (près de 600 millions d’euros).?

Dépolitisation des projets  sociaux

D’après le communiqué du cabinet royal, Mohammed VI a donné pour consigne aux ministres de l’Intérieur et des Finances de « mener les enquêtes nécessaires à ce sujet », afin que les services de l’État « fixent les responsabilités et établissent un rapport dans les plus brefs délais ». Il a également insisté sur « la nécessité d’éviter la politisation des projets sociaux et de développement réalisés ou leur exploitation à des fins étroites »

Autre dossier abordé lors de ce Conseil des ministres : l’adoption d’un projet de loi renforçant l’indépendance du pouvoir judiciaire, sur lequel Mohammed VI a demandé d’aller plus vite, et la nomination de nouveaux gouverneurs, notamment à Al Hoceïma.

Quoi qu’il en soit, Le Roi Mohamed VI, fait tout ce qu’il peut pour tirer le Maroc vers le haut, et le peuple le lui rend bien, d’ailleurs, ce dernier ne s’est pas soulevé pendant le printemps arabe, il est resté fidèle au Roi.

Espérons que le Royaume réussisse à faire face à l’ingérence des grandes puissances, qui ont mis à mal la Lybie, l’Irak, la Syrie… car la liste est longue. Nous ne pensons pas que ces pays vivent mieux qu’avant leur révolution. Ils sont dans une sorte de no man’s land où ils sont humiliés, abandonnés, et sans avenir.

Le Maroc se relèvera comme il l’a toujours fait, Mohamed V avait dit un jour à Hassan II : «  Le Maroc est un lion, mais il faut de temps en temps  maintenir sa laisse et prendre soin de ce peuple intelligent et fidèle à son monarque. »

Par Mustapha Bouhaddar, Maghreb Canada Express, Vol.xv, N° 07, page 12, juillet 2017

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ÉDITION JUILLET 2017