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Nov 23

Monde : Quelle Harira (*) libanaise !

Par Belhaloumi Abdelrhani  (Bruxelles – Belgique) pour Maghreb Canada Express

BelhalloumiTout le monde parle de la crise libanaise, mais laquelle ? Il y en a eu tellement, se ressemblent toutes, et n’ont jamais été résolues !D’ailleurs, le Liban vit actuellement une situation similaire à celle qui prévalait lors du traité franco-ottoman de 1740, quand la France bénéficiait d’une position dominante dans le commerce au Levant, avec des privilèges commerciaux, dits capitulations.

Même crise que celle issue de la guerre russo-turque et des évènements survenus en 1799 ; quand Bonaparte assiège les Turcs, soutenus par une flotte Britannique, à Saint-Jean-d’Acre pendant 2 mois. Un siège qui s’est terminé par un retrait des troupes françaises qui manquent de vivre et de munitions. Beaucoup de fuyards français périssent noyés en se jetant dans le fleuve. Les grenadiers, réfugiés dans une mosquée,  se font prisonniers par l’Amiral britannique Sydney Smith.

Même crise que quand le Roi de France s’est déclaré protecteur officiel des chrétiens d’Orient  (**) et permet aux missions religieuses de se développer. Même situation qu’en 1831, quand éclate la Première Guerre égypto-ottomane et Ibrahim Pacha conquiert la Syrie. Il est reconnu comme gouverneur de la Syrie (incluant le Liban), par la Convention de Kütahya arrangée par la France et la Russie en mai 1833.  S’en suit un conflit interethnique causé par le bombardement de Beyrouth par une coalition composée de l’Autriche, la Prusse et la Russie et emmenée par le Royaume-Uni. Un conflit qui ressemble fort à la guerre civile au Liban entre 1975 et 1990, près d’un siècle plus tard. La menace de l’effondrement de l’empire ottoman se précipite à cause de la  deuxième Guerre égypto-ottomane en 1839. Les grandes puissances de l’époque la France, le Royaume-Uni, l’Autriche-Hongrie, la Russie et la Prusse appuient alors la constitution d’un régime du double caïmacanat, (double préfecture), et envoient un corps expéditionnaire. La Conférence de San Remo, antécédent du traité de Sèvres, met  fin à la souveraineté ottomane sur la Syrie, et ouvre un nouveau chapitre de crises. D’abord, en fixant de façon désordonnée le sort des provinces arabes de l’Empire ottoman après la Première Guerre mondiale,  puis en plaçant la Palestine sous un mandat du gouvernement britannique.

  La France, elle, après avoir créé plusieurs ‘républiques catalanes’ en Afrique, en crée une au Levant en 1920 et ça s’appelle ‘le Liban’.  Un État issu du démembrement de l’Empire Ottoman sous mandat français et britannique. La France obtient de la Société des Nations un mandat sur les régions syriennes du Levant.  Et justement, c’est l’ensemble de cette ingérence étrangère qui a accentué les clivages et a rendu improbable la possibilité d’une entité politique libanaise unifiée de nos jours, même si le peuple libanais reste toujours fort et aspire à la paix et la stabilité.

La conscience nationale existe tout comme la capacité à pouvoir rassembler les Libanais de toute obédience autour d’un projet de pacification et de reconstruction. Le Liban a besoin de paix pour mettre fin à une souveraineté limitée et à un déficit de légitimité dont il souffre depuis sa création. C’est un pays fragilisé par des pressions internationales constantes. Pression qu’on appelle consultations diplomatiques. Et dernièrement, le retour au Liban de Hariri pour mettre en suspens la démission annoncée le 4 novembre dernier depuis l’Arabie saoudite, puis son passage par Paris, le Caire et Chypre, montre bien l’ampleur de l’ingérence étrangère dans les affaires intérieures du Liban.

Une démission qui a donné lieu à une déferlante de spéculations.  Heureusement, la France sert la soupe. A l’invitation de la France, Hariri est arrivé à Paris en tant que candidat en 2005 pour rencontrer le président français Jacques Chirac, et en tant que premier ministre démissionnaire pour rencontrer l’actuel président de la République française en 2017. Puis, Hariri a assisté à la Fête de l’indépendance du Liban. Une indépendance obtenue du gouvernement de Vichy le 22 novembre 1943 lors de la crise franco-libanaise. C’est ce qui a introduit les germes d’une organisation politique marquée par un clivage confessionnel.

Et cette crise n’est pas apaisée du tout. Elle a juste permis aux parrains régionaux et internationaux de sauver la face. Elle sera résolue par les Libanais eux-mêmes, puisqu’ils sont attachés à la stabilité de leur pays et à continuer à faire vivre leur modèle de coexistence communautaire.

  Ne dit-on pas : « Malheur à la barque que mènent beaucoup de capitaines ! »

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* harira = soupe

** « La difficulté qui pose problème relève de l’expression même de « chrétien d’Orient ». Imprécise et polysémique, elle désigne sous la plume de nombre d’auteurs des réalités géographiques très diverses et contradictoires… » . Antoine Fleyfel, Géopolitique des chrétiens d’Orient, L’Harmattan, Paris, 2013, p. 15.

Lire l’Édition papier du mois de novembre 2017  :