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Mai 10

Vivre-Ensemble : Comment en sommes-nous arrivés là ?

Comment en sommes-nous arrivés là ? Bien-sur, dirait on, qu’il y a eut le 11 septembre avec toute sa déferlante médiatique ainsi que toutes ses politiques quasiment vindicatives (vis-à-vis de tout ce qui est musulman) qui s’en sont suivies de part et d’autre de l’Océan Atlantique !

Bien-sûr qu’il y aurait aussi toute cette rage qui ce serait libérée et qui couvait sous ces cendres de la frustration; suite à l’émancipation des pays maghrébins et du Moyen-Orient; émancipation qui avait déraciné des personnes qui ne connaissaient de patrie que celle dont leurs anciens vassaux les avaient expulsés manu militari vers la risée et l’humiliation de la part de leurs compatriotes (du pays colonisateur) qu’ils ne connaissaient ni d’Adam ni d’Ève !

On pourrait comprendre, sans approuver bien-sûr, que des actes racistes émanant de ces frustrés soient perpétrés, dans des pays européens; aubaine des actes terroristes du 11 septembre oblige, contre des immigrants de confession musulmane originaires des anciennes colonies. Jean-Marie le Penne, ne se serait-il pas insurgé contre un algérien en lui crachant à la figure quelque chose du genre : ‘’Vos ancêtres se sont battus pour l’indépendance de l’Algérie… Pas pour que vous veniez occuper la France !’

Ce ne serait pas si cynique que ça d’affirmer qu’on pourrait comprendre l’Extrême droite du Vieux Continent quand elle parle, avec toute la mauvaise foi du Monde, de ‘’Péril Vert’’ en pointant du doigt l’immigration de confession musulmane, et ce, en se basant sur les actes (condamnables de part et d’autre; y compris, et surtout, par le ‘’Péril Vert’’) de certains désaxés… nés musulmans certes, mais ne faudrait-il pas admettre une fois pour toute, que l’islam n’est pas une question d’hérédité mais plutôt une question individuelle de foi ? Et que de tels actes de barbarie ne relèvent aucunement de l’islam dont nous professions la foi depuis notre toute tendre enfance ?

Nous pouvons bien-sûr, continuer des années durant, de nous victimiser et de nous ingénier (à travers nos leaders associatifs) à faire porter le chapeau à ‘’l’autre’’.

Le temps passe et le chapeau ne rentre plus autour de la tête

Est-ce le chapeau qui a rétréci ou est-ce la tête de ‘’l’autre’’ qui a gonflé à force que ceux et celles parmi nous, qui sont en première ligne, lui auraient rabâché les oreilles à force de maladresses à ne pas en finir ? Car on ne s’improvise pas communicateur malgré toute la bonne foi du monde et malgré tout le nombre d’hommes et de femmes politiques à qui on fait la bise !

Et il serait temps qu’individuellement ou collectivement nous fassions notre mea culpa… notre autocritique  pour voir si nous ne serions pas partie prenante dans ce qui nous tombe sur la tête; du moins pour remettre notre comportement en question et essayer de comprendre si nous n’y sommes pas pour quelque chose dans le fait que le pays, qui était si accueillant pour nous à notre arrivée, ait fini par enfanter des dérangés mentaux qui, dans leur crise meurtrière, ne se prennent ni au chat, ni au chien domestique, ni au voisin , ni au passant dans leur ruelle, mais qui gèrent leur rage,  pour traverser toute la ville à la recherche des enturbannés, finir par les trouver et en abattre de sang froid une demie douzaine , et ce, sans parler des blessés et des traumatisés pour la vie !

Durant ma vie de plus de 60 ans, j’ai séjourné dans plus de pays laïques, athées ou bouddhistes que dans des pays musulmans. À vrai dire, mis à part la Turquie, où j’avais séjourné quelques semaines, ainsi que la Tunisie et le Qatar que j’avais traversés en coup de vent, le seul pays musulman que je connaisse le mieux, c’est celui qui m’avait vu naître : le Maroc.

Et c’est dans ce pays où j’ai vu (et où je continue de voir) musulmans, chrétiens, juifs, hypocrites, clients de bars et adeptes des mosquées cohabiter sans heurts; voire en toute fraternité et selon  le principe ‘’Lakoum dinoukoum wa liyya din’’ (vous avez votre religion et j’ai la mienne) . Les uns croyant qu’ils sont en train de profiter d’un monde, après qui il n’y aura que le néant, et les autres croyant que ce monde est éphémère mais que leur devoir est de montrer le droit chemin à leur prochain, mais si ce prochain s’obstine à s’en éloigner en prenant la tangente, tant pis pour lui; du moment que les consensus est fait autour du fait que l’islam est la religion d’état, déléguant aux humains la gestion de ce qui est pratico-pratique et laissant à Dieu la gestion du reste, car Dieu a crée l’enfer et le paradis avec l’intention de bien les remplir tous les deux.

Et c’est ce consensus qui incite l’individu à partager avec les autres ‘’ce qui nous rapproche’’ et d’éviter de s’attarder sur ‘’ce qui éloigne’’ tout en laissant à Dieu la prérogative de récompenser ceux et celles qui méritent la récompense et de faire un BBQ du reste.

Çà c’est le pays d’origine. Mais qu’en est-il de celui d’accueil ?

Dans un pays comme le Canada par exemple, les citoyens ne peuvent pas admettre  qu’on traverse la rue n’importe où même pour arriver à temps à la prière du vendredi, qu’on puisse se permettre de prier dans la rue ou qu’on soit déguisé en djellaba Dans la rue quand ce n’est pas l’Halloween .

Promouvoir les Iftars apolitiques  et désintéressés

Or voilà que bien après le 11 septembre, certains parmi nous semblent agir comme pour provoquer et Dieu sait que je ne veux pas verser dans la polémique durant ce mois de Ramadan . Donc je ne dirais pas plus , sinon ceci : Profiter de ce mois, le plus sacré pour nous musulmans, pour le vivre non pas juste parmi nous, mais surtout parmi nos concitoyens des autres confessions en faisant ce qui nous est recommandé par notre religion : Partager notre nourriture… Partager avec le voisin, le passant et avec quiconque en a besoin. Ce serait un petit pas pour tout chacun, mais ce sera un pas de géant pour toute notre communauté !

Joyeux Ramadan à toutes et à tous.

Par A. El Fouladi pour Maghreb Canada Express, page 3, Vol. XVI, N° 05, Mai 2018