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Juin 07

Maroc : Voyage du PJD au bout de la contradiction

Le nouveau premier ministre d’Espagne, Pedro Sanchez, a annoncé le mercredi 6 juin 2018 la composition du nouveau gouvernement espagnol, composé de 17 ministres dont onze femmes et un astronaute au ministère des Sciences. 17 ministres seulement pour la 5ème économie de l’Union Européenne et un pays de plus de 46 millions d’habitants.

Le Maroc, un pays peuplé de 34 millions d’habitants et dont les données   économiques le placent loin derrière son voisin du Nord, est dirigé par un gouvernement pléthorique, composé de 26 ministres et de 13 Secrétaires  d’État. La différence entre les deux exécutifs ne se situe  pas seulement au niveau quantitatif mais aussi au niveau de la qualité et des compétences requises. Les ridicules sorties médiatiques, les  réactions nauséabondes  de certains ministres à des questions d’actualité brûlante et le comportement inapproprié de certains membres du gouvernement sont des exemples qui prouvent et confirment qu’au Maroc les critères de choix  des ministres  n’ont aucun rapport avec la compétence et le souci de servir l’intérêt général, l’intérêt de toutes les couches sociales.

Il y a plusieurs mois, une femme ministre, censée défendre les classes laborieuses et les personnes les plus démunies vivant dans la précarité, a estimé que le montant de retraite dont bénéficient les parlementaires est modique et insignifiant « jouj franks– deux Sous ». La ministre, issue d’un milieu aisé,  aurait  oublié  que ce montant alloué aux  parlementaires  dépasse, et de très loin, la pension accordée à un ouvrier qui a passé toute sa vie dans des travaux pénibles. Une autre ministre a fait « une confidence insolite » en affirmant  qu’elle travaille « 22 heures par jour ».

D’autres  ministres ont été « plus brillants », c’est le cas de Mohamed Yatim, ministre de l’Emploi et de l’Insertion sociale et de Lahcen Daoudi, ministre délégué auprès du chef de gouvernement chargé des Affaires Générales et de la Gouvernance.

Mohamed Yatim : un ministre vulnérable à cause d’un passé qui serait obscure.

En mars 2017, le PAM ( parti de l’Authenticité et de la Modernité) a adressé une lettre au PJD (Parti de la Justice et Développement) pour l’informer de la suspension de son membre Lahcen Bouarfa et le gel de toutes ses activités dans le parti, suite à des propos « graves et indignes »  tenus par ce dernier contre Mohamed Yatim, ministre de l’emploi et de l’insertion professionnelle, membre du PJD. A ce sujet, il convient de rappeler que dans une vidéo largement relayée par les réseaux sociaux, Lahcen Bouarfa a accusé Mohamed Yatim de pédophilie et d’abus sexuels contre ses élèves lorsqu’il fut enseignant à Béni Méllal. Lahcen Bouarfa prétendit disposer de preuves confirmant ses propos. Mohamed Yatim qui a observé un silence radio n’a pas osé  prendre la moindre initiative contre Lahcen Bouarfa; Ce qui laisse la porte ouverte à  toutes sortes d’interprétations.

En 2014, Mohamed Yatim qui prétend défendre les valeurs islamiques a fortement soutenu son fils qui fit sensation au World Poker Tour de Marrakech , ce qui lui permit d’empocher  un montant de 500.000 DHs. Pour Yatim, le poker relèverait davantage d’une discipline sportive que d’un jeu de hasard. Par conséquent, pour Yatim le poker serait « Halal » alors qu’il sait pertinemment que « son  parti islamiste » ne peut jamais légitimer les jeux de hasard, poker compris.

Interpellé par des journalistes sur la campagne de boycott de certains produits, Mohamed Yatim a eu une réponse choquante : « Je ne suis pas concerné. Je suis ministre, je ne suis pas un citoyen de la rue ». Yatim a oublié que sans la naïveté et l’ignorance de ce citoyen de la rue, il ne serait jamais ce qu’il est maintenant : Ministre.

Lahcen Daoudi, un fqih qui joue mal le rôle d’économiste

DaoudiInterrogé, il y a quelques années sur la pertinence d’une décision visant l’augmentation de la taxe sur l’alcool, Lahcen Daoudi, ministre délégué auprès du chef de gouvernement chargé des affaires générales et de la gouvernance, a eu la réponse suivante : j’ai milité pour l’augmentation de la taxe sur l’alcool pour des raisons économiques. Je ne  suis pas un Fqih, je suis économiste. Une réponse  qui pourrait convaincre au cas où ce dernier évite de tomber, comme la plupart des membres de son parti, dans des contradictions flagrantes.

Le 5 juin 2018, Lahcen Daoudi a abandonné momentanément une réunion au Parlement pour rejoindre un sit-in organisé par des employés de la Centrale Danone devant le Parlement  contre la campagne de boycott. Ce comportement puéril, irresponsable et indigne d’un ministre a provoqué un tollé médiatique et une colère exprimée par plusieurs membres  de son parti. Ce qui a obligé le Secrétariat général du PJD de tenir une réunion d’urgence, le mercredi 6 juin 2018. A l’issue de cette réunion, le PJD a diffusé un communiqué pour rendre publique sa décision concernant le comportement inadmissible  de Lahcen Daoudi. Selon ce communiqué, le Secrétariat du PJD a accédé à la demande de  démission de Lahcen Daoudi de son poste ministériel et a estimé « inappropriée » sa participation à une manifestation des employés de la Centrale Danone devant le Parlement.

Le départ imminent de Lahcen Daoudi serait-il suffisant pour apaiser les esprits ?

Il parait que la réponse à cette question ne peut être que négative. D’autres ministres, connus par leurs contradictions, leur arrogance et leur mauvais comportement à l’égard des citoyens,   doivent partir dont notamment le ministre des Finances qui a qualifié les boycotteurs d’écervelés. Néanmoins, la solution idoine et fortement souhaitable réside dans une démission générale et la constitution d’un gouvernement qui accorde une place aux femmes et hommes  compétents, des responsables  sages qui pèsent leurs mots et calculent les effets de  leurs gestes. Des  femmes et des hommes honnêtes et sincères qui savent que les contradictions et le double langage finissent par se retourner contre ceux qui en font un moyen pour une promotion non méritée.

Par Ahmed Saber pour Maghreb Canada Express, Vol. XVI, N° 06, Juin 2018