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Juil 11

Vivre-Ensemble : Et si on créait une Agence internationale de placement des migrants !

Des différentes théories expliquant aussi bien qu’analysant les causes de la mobilité humaine depuis Ravensteinm au 19ème siècle, la Théorie unificatrice de l’osmose semblerait être la plus appropriée pour expliquer la dynamique migratoire au début de ce 21ème siècle..

En effet, contrairement à la ’Théorie des modèles d’économie duale’’ (où la migration joue le rôle de courroie de transmission de la main d’œuvre entre le système économique traditionnel; basé sur l’agriculture et le système moderne basé quant à lui sur l’industrie), à la ‘’Théorie de l’Approche probabiliste’’ (où le migrant et la migrante offrent leurs services à celui qui paie le mieux dans l’un ou l’autre des secteurs économiques cités ci-dessus) ou encore contrairement à la ‘’Théorie du système mondial ‘  (qui met en exergue l’impact de l’exode rural et, par conséquent, la suprématie du Centre industrialisé sur la périphérie agricole) ainsi que contrairement à la ’Théorie de la nouvelle économie des migrations de travail’(où la migration devient un moyen de diversifier les revenus familiaux et, de facto, une assurance contre la précarité de l’emploi dans le pays d’origine)… Contrairement à toutes ces théories, la théorie unificatrice de l’osmose conjugue l’influence, sur la mobilité humaine aussi bien des facteurs endogènes (incluant ceux cités ci-dessus) qu’exogènes comme les facteurs des changements climatiques qui semblent échapper à tous ces modèles économiques et qui rendent la migration une nécessité plus qu’un choix.

Cette théorie unificatrice de l’osmose (Wkipedia), à l’instar du phénomène physique d’osmose, assimile les pays aux cellules, les frontières aux membranes semi-perméables et les humains aux ions qui se meuvent dans des milieux aqueux de différentes concentrations.

Comme le phénomène physique d’osmose, la théorie prédit que les humains ‘’migrent du pays avec une pression forte migratoire vers le pays avec une faible pression migratoire à travers la membrane semi-perméable qui est la frontière entre les deux pays’’.

Si on se réfère à cette théorie, les populations du Sud, de plus en plus instruites mais dont l’avenir est de plus en plus incertain et qui, en plus, sont soumises au bombardement médiatique leur faisant miroiter que l’herbe est plus verte chez le voisin, voient les plus hardis parmi eux passer à travers la frontière, cette membrane semi-perméable, pour aller chercher le bonheur ailleurs.

Or ne partent que les plus forts… Les meilleurs ! Ce qui dément le fait que l’immigration pourrait aider ceux et celles restés sur place à s’en sortir juste à travers les transferts effectués de l’étranger car, exode des cerveaux oblige, ces transferts deviennent des chaînes asservissant, plus qu’au temps coloniaux, le pays d’accueil à l’étranger.

D’où peut-être, ce silence faussement compatissant des pays les plus nantis : Le facteur humanitaire pour accueillir les migrants est secondaire et… il fut, il est et tout indiquerait qu’il restera le meilleur bouc-émissaire de l’hypocrisie des grandes puissances économiques dans leur quête d’enrober l’amertume de leurs politiques ‘’néocolonialistes’’ sous la douceur des transferts de fonds vers les pays d’origine.

Beaucoup de pays industrialisés trouvent dans cette osmose migratoire le moyen de rendre leurs économie compétitive sur la scène régionale (exemple de l’Espagne au sein de l’union européenne… Au détriment des pays de l’Afrique du Nord) ou carrément mondiale (cas des USA).

Or comme dans le phénomène physique de l’osmose, il arrive un moment où il y a saturation. Et chez les humains, le naturel chassé autrefois à coup d’hypocrisie philanthropique revient au galop.

Et c’est ainsi que M. Trump s’écria ‘’America First’’ . Et c’est ainsi que son cri trouva écho chez la classe moyenne qui semble lui répondre : Yes Sir ! Kill them All !

Il aurait suffi de cette formule triviale (L’Amérique d’abord) pour que l’Amérique renoue virtuellement avec les camps de concentration; au nom de la peur de l’Autre !

Et… Pas si bizarre que cela puisse paraître: Peu ou pas de réactions face à la décision américaine de séparer les enfants de leurs parents… Ces parents qui ont commis le ‘’sacrilège’’ de violer la frontière (membrane-osmose) américaine pour assurer un avenir meilleur à ces enfants kidnappés par un État au nom de la peur de l’autre… pour devenir les boucs émissaire de toute cette hypocrisie politico-économique transformée en peur nationale de l’Autre. Et c’est au nom de cette peur de l’autre que les électeurs appuyant de bonne fois (et ce serait difficile de leur en vouloir) des politiciens qui n’auraient rien à envier ni à Mussolini ni à Hitler!

Loin de l’Amérique qui a les moyens de faire miroiter le spectre d’un mur des lamentations contemporain, des pays en première ligne, comme le Maroc par exemple, et ce, vu leur proximité d’Eldorado européen, subissent déjà les contrecoups de ces coup-de-bélier migratoires dont les changements climatiques risquent de renforcer l’ampleur.

Et des pays comme le Maroc ou la Lybie n’ont ni la force de l’Italie ni l’envie de faire des desperados de la méditerranée des Ulysse contemporains chassés d’un port à l’autre ! D’où cet espoir insensé de voir la 11ème édition du Forum mondial de la Migration et du Développement (qui se tiendra à Marrakech en décembre prochain) déboucher sur la création d’une sorte d’Agence internationale de placement des migrants … Car le besoin en main-d’œuvre se trouve plus loin que les pays où atterrissent ces desperados en quête d’eldorado occidental.

Il suffirait pour cela d’étendre le mandat de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) ou celui du Haut commissariat des refugiés  (en étendant la notion de réfugié à ceux économiques et climatiques)… Quitte ensuite à opter, dans ce contexte, pour des mesures draconiennes de maintien des populations au sein de leurs frontières, de trouver un consensus entre la liberté de circuler et celle de vivre en sécurité chez soi. Faute de quoi, le contexte sécuritaire risquerait de l’emporter sur celui humanitaire… tôt à tard ! Et loin de toute sensiblerie, il suffit d’ouvrir les yeux bien grands sur ce qui est en train de se passer au su et au vu de tous .

Abderahman El Fouladi pour Maghreb Canada Express,, page 3, Vol. XVI, N° 07, Juillet 2018