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Mar 06

Tribune Libre : Oui..! Nous avons le droit d’avoir des Rêves !

5En réponse à votre provocation monsieur Bouchareb, et vous avez certainement remarqué que j’ai utilisé des lettres minuscules au début de votre titre et de votre nom. Minuscules, comme votre parcours, minuscules comme votre parti politique, et je ne parle pas du FLN historique, minuscules monsieur bouchareb comme votre opportunisme politique, ainsi que votre mépris du PEUPLE.

Le PEUPLE, je l’écris en Majuscule, monsieur bouchareb, car notre Peuple a démontré sa maturité politique, son amour pour la patrie et surtout son civisme lors des manifestations du 22 février 2019.

Vous avez déclaré que ce soulèvement populaire n’est qu’un rêve, vous nous avez traité péjorativement de rêveurs !!!…Votre indifférence et votre mauvaise lecture de la situation sont des scories du volcan nommé MÉPRIS.

Une chance monsieur bouchareb qu’il n’y a pas d’impôts sur les rêves. Je vous informe monsieur que les plus grands pas dans l’histoire ont commencé par un rêve…La révolution algérienne de 1954 a commencé par le rêve du peuple de reconquérir son indépendance et sa souveraineté.

Il y a 57 ans de cela, des femmes et des hommes valeureux ont libéré notre pays, et ainsi, réalisant le rêve de millions d’Algériens qui ont payé un prix colossal pour cette indépendance.

Mais 57 ans plus tard, le peuple n’est toujours pas libre, la vie du simple citoyen est encore terriblement handicapée par votre pouvoir, votre incompétence et votre gestion désastreuse de la nation.

C’est pourquoi le peuple s’est soulevé pour dénoncer des conditions de vie honteuses. En un certain sens, nous sommes sortis dans les rues des 48 wilayas pour encaisser un chèque. Quand les vrais moudjahidines et les martyrs de notre guerre de libération ont magnifiquement rédigé la Déclaration du 1er novembre 1954, ils signaient un chèque dont tout Algérien devait hériter. Ce chèque était une promesse qu’à tous les citoyens, aux Femmes comme aux Hommes, seraient garantis les droits inaliénables de la vie, de la liberté et de la quête du bonheur.

Il est évident aujourd’hui que le pouvoir en place depuis 1962 a manqué à ses promesses à l’égard de ses citoyens. Au lieu d’honorer son obligation sacrée, le régime a délivré au peuple Algérien un chèque en bois, qui est revenu avec l’inscription “ provisions insuffisantes ”. Mais nous refusons de croire qu’il n’y a pas de quoi honorer ce chèque dans les vastes coffres des dividendes du pétrole de notre grand Sahara et de toutes les richesses de notre pays. Aussi, sommes-nous sortis encaisser ce chèque, un chèque qui nous donnera sur simple présentation les richesses de la liberté, de la dignité et de la justice sociale.

Nous sommes également sortis pour rappeler à ce régime les exigeantes urgences de l’heure présente. Ce n’est pas le moment de s’offrir le luxe de laisser tiédir notre ardeur ou de prendre les tranquillisants des demi-mesures. C’est l’heure de tenir les promesses de la démocratie. C’est l’heure d’émerger des vallées obscures et désolées de l’injustice et du mépris pour fouler le sentier ensoleillé de la justice sociale. C’est l’heure d’arracher notre nation des sables mouvant de l’injustice, de la corruption et de l’incompétence de nos institutions… et de l’établir sur le roc d’une 2eme république.

C’est l’heure de faire de la justice une réalité pour tous les Algériens. Il serait fatal pour la nation de fermer les yeux sur l’urgence du moment. Cet étouffant été du légitime mécontentement des citoyens ne se terminera pas sans qu’advienne un été vivifiant de liberté et d’égalité.

Les manifestations du 22 février 2019 ne sont pas une fin, c’est un commencement. Ceux qui espèrent que les manifestants et protestataires avaient seulement besoin de se défouler et qu’ils se montreront désormais satisfaits, auront un rude réveil, si la nation retourne à son train-train habituel.

Il n’y aura ni repos ni tranquillité en Algérie jusqu’à ce qu’on ait accordé au Peuple ses droits de citoyen. Les tourbillons de la révolte ne cesseront d’ébranler les fondations de notre nation jusqu’à ce que le jour éclatant de la justice apparaisse.

Mais il y a quelque chose que je dois dire à mon peuple, debout sur le seuil accueillant qui donne accès au palais de la justice : en procédant à la conquête de notre place légitime, nous ne devons pas nous rendre coupables d’agissements répréhensibles.

Ne cherchons pas à satisfaire notre soif de liberté en buvant à la coupe de l’amertume et de la haine. Nous devons toujours mener notre lutte sur les hauts plateaux de la dignité et de la discipline. Nous ne devons pas laisser nos revendications créatrices dégénérer en violence physique et d’incivisme. Sans cesse, nous devons nous élever jusqu’aux hauteurs majestueuses où la force de l’âme s’unit à la force physique.

Le merveilleux esprit militant qui a saisi le Peuple Algérien ne doit pas nous entraîner vers la méfiance de nos frères et sœurs de la police, de la gendarmerie et de l’armée, car beaucoup d’entre eux, leur comportement exemplaire lors des manifestations en est la preuve, ont compris que leur destinée est liée à la nôtre. L’assaut que nous avons monté ensemble pour emporter les remparts de l’injustice doit être mené par toute la Nation. Nous ne pouvons marcher tout seul au combat. Et au cours de notre progression il faut nous engager à continuer d’aller de l’avant ensemble. Nous ne pouvons pas revenir en arrière.

Alors, laisser nous vous énumérer nos rêves monsieur bouchareb, les rêves du Peuple Algérien :

We have a Dream que notre pays sera transformé en un oasis de liberté et de justice.

We have a Dream que notre nation disposera de systèmes de santé, d’éducation, de justice à la hauteur des attentes de notre peuple.

We have a Dream que nos enfants, nos petits-enfants et toutes les générations à venir vivront un jour dans un Pays où ils ne seront pas considérés comme des sous-citoyens, mais jugées sur la valeur de leur caractère. Nous faisons aujourd’hui un rêve !

We have a Dream que notre Peuple cessera de souffrir, que nos jeunes ne mourront plus dans les embarcations de la honte.

We have a Dream qu’un jour toute l’Algérie sera relevée, toute colline et toute montagne de l’injustice seront rabaissées, les endroits escarpés par l’incompétence seront aplanis et les chemins tortueux de la corruption redressés.

We have a Dream de réaliser le rêve de Benmhidi, d’Ali Lapointe, du colonel Amirouche, de Zighout, de Zabana, de Boudiaf et de tous nos valeureux martyrs.

Tels sont nos rêves monsieur bouchareb. Des rêves pour lesquelles nous marchons et nous continuons de marcher dans tous les coins et recoins de l’Algérie.

Avec ces rêves et la foi dans un avenir meilleur, nous serons capables de distinguer dans la montagne du désespoir une pierre d’espérance. Avec ces rêves et cette foi, nous serons capables de transformer les injustices criardes en une superbe symphonie de justice et de dignité.

Avec ces rêves et cette foi, nous serons capables de travailler ensemble, de lutter ensemble, d’aller en prison ensemble, de défendre la cause de la liberté ensemble, en sachant qu’un jour, nous serons libres et nous reprendrons notre dignité. Ce sera le jour où tous les Algériens pourront être fiers de leur Nation, de leurs institutions et de leur appartenance.

Que la cloche de la liberté, de la justice et de la dignité sonne du haut des merveilleuses collines de Constantine, de Tlemcen, de Souk Ahras, de Tizi Ouzou… !

Que la cloche de la liberté, de la justice et de la dignité sonne du haut des montagnes grandioses de Djurdjura !

Que la cloche de la liberté, de la justice et de la dignité sonne du haut des sommets des monts de Lala Khedidja, de Ouled Nail, de Chenoua, de Yemma Gouraya,… !

Que la cloche de la liberté, de la justice et de la dignité sonne du haut des cimes neigeuses des montagnes rocheuses de Tikjda, de Sétif, de Sebdou,… !

Que la cloche de la liberté, de la justice et de la dignité sonne du grand Sahara, de Tamanrasser, d’Illizi, de Hassi-Messaoud,… !

Que la cloche de la liberté, de la justice et de la dignité sonne depuis les pentes harmonieuses d’Alger !

Quand nous permettrons à la cloche de la liberté, de la justice et de la dignité de sonner dans chaque village, dans chaque hameau, dans chaque ville et dans chaque Wilaya, nous pourrons fêter le jour où tous les Algériens, les femmes et les hommes, les musulmans, les laïcs, les chrétiens, les kabyles, les chaouis, les touaregs, les mouzabites, les arabes et toutes les composantes du Peuple Algériens, pourront se donner la main et avancer pour un avenir meilleur, dans la liberté, la justice et la dignité.

Voilà monsieur Bouchareb, j’ai répondu à votre provocation par ma liste d’épicerie des rêves du Peuple Algérien.

Par Nasser Bensefia pour Maghreb Canada Express,, page 11, Vol. XVII, N°3 , Mars  2019.

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ÉDITION MARS 2019