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Avr 04

Québec : Le projet de loi sur la laïcité entre exclusion et intolérance

‘’Quand l’hypocrisie forme la ferraille d’une structure, le béton de sa politique est de facto exposé à la ségrégation.’’… Salahbk, poète algérien.

Mon amie Amel Bouazza, a écrit : ‘’Jadis au Québec, on a séparé l’église de l’État, et le monde était content et aujourd’hui on s’apprête à légiférer sur le vêtement, à ingérer l’État dans les garde-robes des citoyens et certains sont fiers ! Le Québec m’inquiète au plus haut degré. Même si le projet de loi sur les signes religieux ne passera pas, ça va laisser une amertume et une tentative de légitimer la discrimination, et augmenter le sentiment chez certains d’être différents, d’être REJETÉS!’’

La Coalition Avenir Québec (CAQ), a déposé ce jeudi 28 mars 2019, par le biais de son ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec, son projet de loi sur la laïcité de l’État Québécois.

En scrutant le titre officiel du ministre Simon Jolin-Barrette, j’ai constaté une première incohérence entre son titre et le projet qu’il vient de déposer.

L’un ne va pas avec l’autre. Comment un ministre chargé de l’INCLUSION et de la DIVERSITÉ, dépose un projet qui EXCLURA une partie de cette DIVERSITÉ, en se basant sur des critères religieux et ethniques ?.

Le premier ministre Justin Trudeau a commenté le projet de loi de la CAQ. « Il est impensable pour moi de légitimer, dans une société libre, la discrimination de citoyens en se basant sur leur religion.

Vous allez certainement me réponde que c’est un projet sur la laïcité de l’État Québécois, et que vous voulez une société laïque, un État Laïc !!!

Je n’ai aucune allergie vis-à-vis des vrais principes laïcs que nous devons intégrer dans notre société, mais parlons de la vraie laïcité…

Je vais commencer par la définition de base de la laïcité.

La laïcité signifie que dans la société nous sommes définis par notre citoyenneté, et en aucun cas par notre religion…hein vraiment ???

Si Ia critique de Ia religion en général n’est en rien condamnable, viser systématiquement l’islam, d’une manière à la limite de l’hypocrisie et de l’immoralité politiques, devient pour le moins, troublant. Certes, cette démarche rhétorique et idéologique est censée frapper Ia religion en tant que telle, non les musulmans… Reste que derrière cette argutie formelle, ou fiction juridique, nul ne saurait ignorer Ia cible réelle de ce genre de postures.

« La laïcité est une valeur essentielle, avec ce souci de la liberté de conscience et de l’égalité de tous les hommes, qu’ils soient croyants, athées ou agnostiques. L’idéal laïc n’est pas un idéal négatif de ressentiment contre la religion. C’est le plus grand contresens que l’on puisse faire sur la laïcité que d’y voir une sorte d’hostilité de principe à la religion. Mais c’est un idéal positif d’affirmation de la liberté de conscience, de l’égalité des croyants et des athées et de l’idée que la loi républicaine doit viser le bien commun et non pas l’intérêt particulier. C’est ce qu’on appelle le principe de neutralité de la sphère publique. » Écrivait le philosophe français Henri Pena-Ruiz, maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris.

La laïcité repose sur trois principes et valeurs : la liberté de conscience et celle de manifester ses convictions dans les limites du respect de l’ordre public, la séparation des institutions publiques et des organisations religieuses, et l’égalité de tous devant la loi quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions.

La laïcité garantit aux croyants et aux non-croyants le même droit à la liberté d’expression de leurs convictions. Elle assure aussi bien le droit d’avoir ou de ne pas avoir de religion, d’en changer ou de ne plus en avoir. Elle suppose la séparation de l’État et des organisations religieuses. L’ordre politique est fondé sur la seule souveraineté du peuple des citoyens, et l’État, qui ne reconnaît et ne salarie aucun culte, ne régit pas le fonctionnement interne des organisations religieuses.

Neutralité et laïcité ne sont pas identiques et donnent lieu à des pratiques de gestion différentes du religieux de la part de l’État. La neutralité est donc l’une des composantes de la laïcité. En dehors du champ de la laïcité, la neutralité religieuse est orpheline et sans grande portée. L’État québécois a choisi la voie de la neutralité religieuse et a mis la laïcité sur le banc des remplaçants.

La seule neutralité religieuse, en dehors de la laïcité, est faible et inutile, car il manque 3 ingrédients essentiels à la recette, et qui feront la force d’un état laïc, à savoir :

  • Égalité des personnes (ex: le principe de l’égalité homme/femme)
  • Liberté de conscience;
  • Séparation des religions et de l’État.

La liberté de conscience est le droit d’un individu d’avoir le libre choix de son système de valeurs et des principes qui guident son existence et de pouvoir y adhérer publiquement et d’y conformer ses actes. Elle inclut la liberté de croyance, de religion ou de ne pas avoir de religion.

Les signes religieux sont une partie intégrante de certaines religions, exemple : la kippa pour les juifs, le turban pour les sikhs et l’hidjab pour certaines femmes musulmanes.

Donc, priver un croyant de ses signes religieux constitue un manquement flagrant du principe même de la laïcité, qui stipule que les modes d’organisation de la laïcité portent principalement sur, et s’apprécient par, la notion de liberté des cultes. Ça sera déraisonnable de prôner la liberté de culte et en même temps priver le croyant de ses signes religieux.

Je continue à me poser des questions qui restent sans réponses, quant à l’application réelle d’une vraie laïcité au Québec et au Canada, alors que :

La reine Élizabeth II, est chef de l’État Canadien, donc du Québec, représentée par son gouverneur-général et son lieutenant, et aussi « défenseur de la foi » et chef de l’église anglicane.

Le crucifix dans le salon bleu de l’assemblée nationale du Québec, un symbole religieux, installé par le premier ministre M. Maurice Duplessis en 1936 au-dessus du fauteuil de l’orateur de l’Assemblée législative et correspond au désir du gouvernement d’effectuer un virage dans les relations entre l’Église et l’État québécois.

Au Québec et au Canada, l’État continue d’accorder à toutes les religions les mêmes exemptions fiscales, de financer à même les fonds publics toutes les écoles privées confessionnelles et d’accorder aux religions le droit de remplir les registres civils de mariage.

Qu’advient-il des personnes en autorité qui portent des signes religieux dans les institutions de compétence fédérale : ex. un juge à la cour suprême qui porte une kippa ou une juge qui porte un hidjab ?, alors que la loi sur la laïcité aura une juridiction provinciale.

Ce sont quelques points qui constitueront certainement des contradictions et de la discordance avec l’esprit même de ce projet de loi sur la laïcité.

Il s’agit, à mon humble avis, d’un projet de loi de discrimination basée sur la religion.

Vivre ensemble ne va pas de soi et il faut répéter que cela s’apprend. On pourrait décliner un certain nombre de définitions de ce vivre ensemble. C’est :

  • Promouvoir des valeurs.
  • Développer la solidarité.
  • Réorganiser notre vie commune dans la société.
  • Former à la citoyenneté.
  • Prévenir les conflits.
  • Respecter les cultures, les religions.
  • Renforcer la volonté des individus à être des acteurs.
  • Apprendre à chacun à reconnaître en l’Autre la même liberté qu’en soi même…

Qui dit tolérance, dit aussi réciprocité. La tolérance n’est pas juste une « bienveillante indulgence », simple manifestation d’une supériorité faite de condescendance. Pour se montrer tolérant, il est nécessaire de pouvoir croire sincèrement à un autrui qui a la même valeur que soi (principe d’égalité), dans toute sa différence. La tolérance est le contraire de la méfiance, de la suspicion, c’est aussi le contraire de l’indifférence.

Être tolérant c’est aussi un acte politique lorsqu’une société accepte de reconnaître la pluralité sous ses formes : ethnique, religieuse, philosophique, politique, et sexuée. Cette reconnaissance est fondamentale, elle est de l’ordre du devoir éthique, le ciment de toute démocratie qui favorise l’expression de toutes ses composantes.

Références : Cet article est largement inspiré de :

  • lapresse.ca
  • gouvernement.fr/qu-est-ce-que-la-laicite
  • voir.ca
  • 2012un-nouveau-paradigme.com

Par Nasser Bensfia pour Maghreb Canada Express,, page 5, Vol. XVII, N°4 , Avril 2019.

Pour lire  l’édition d’avril 2019, cliquer sur l’image:

ÉDITION AVRIL 2019