«

»

Mai 11

Mon iftar parmi ceux qui ont eu un pied dans la tombe

20190511_044019Ce soir du 11 mai 2019, je me suis invité chez les survivants de la fusillade, survenue le 15 mars 2019 à la Mosquée Al Noor de Christchurch (Nouvelle Zélande).
Beaucoup de courage et beaucoup de résilience pour panser des blessures encore béantes. Chacun à une histoire à raconter : De ce jeune homme (à ma gauche sur la photo), avec le sourire, qui marche encore avec des béquilles à cet homme d’age mur (avec les lunettes sur la photo) qui a tenu à me faire suivre pas à pas le parcours de sa fuite salvatrice, en passant par cet homme qui ne peut plus prier qu’assis sur une chaise ou par ce jeune homme qui n’a pas reçu de blessures physiques mais qui a vu les victimes tomber les unes après les autres autour de lui, l’éclaboussant de leur sang. Il m’avoua qu’il n’a plus osé poser les pieds dans la mosquée jusqu’à aujourd’hui où le hasard l’a fait asseoir à côté de moi lors du repas de l’iftar. Mais à peine s’il a touché à son repas… occupé à me raconter, avec une voix brisée, ses cauchemars qui l’empêchent de dormir et dont les psi ne sont pas arrivés à exorciser. Même l’imam n’a pu étouffer ses émotions en évoquant les victimes du 15 mars dernier à la fin de la prière des Tarawih.
Je suis abasourdi, fatigué et je me culpabilise ; je ne sais pourquoi ! Peut-être parce que personne ne doit subir une telle fracture tout seul et pour le seul fait qu’il s’accroche à sa foi.
Je reviendrais sur le sujet avec, peut-être moins d’émotion.
A. El Fouladi.
iftar-christchurch