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Nov 04

Racisme, discrimination et Vivre-ensemble : Circonscrire la Haine

HAINEL’assassinat du professeur  d’histoire, par un monstre tchétchène s’est produit dans la ville de Conflans Sainte-Honorine où je réside depuis 8 ans.

Ce fut un vendredi à 17H, la police nationale fut sollicitée par la police municipale d’Eragny-sur-Oise (commune qui jouxte Conflans-Sainte-Honorine) après la découverte d’un corps sur la voie publique. Un homme avec une arme de poing est immédiatement désigné comme l’auteur présumé des faits. Les policiers nationaux se rendent sur place et tombent sur lui. « A leur vue, l’individu a couru dans leur direction et tiré à cinq reprises avec son arme de poing », a raconté le procureur.

Trois policiers ripostent et le touchent. A terre, l’assaillant tenta de se relever et de donner des coups de couteau. Il fut neutralisé. « Son corps présente neuf impacts d’entrées de balles », souligna le procureur.

L’assaillant en question est un individu « né en 2002 à Moscou, de nationalité russe et d’origine tchétchène ». Abdoullakh Abouyezidvitch possédait un titre de séjour, valable pour dix ans, qui lui fut délivré début mars dernier. Il habitait à Evreux et était « inconnu des services de renseignements ». Il n’avait jamais été condamné, tout en ayant été reconnu coupable « de violences et dégradations volontaires alors qu’il était mineur », a précisé le procureur.

Début de l’histoire

Un enchaînement de faits, depuis le cours de Samuel Paty le 5 octobre montrant deux caricatures du prophète Mahomet dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression, a mené à cet assassinat. Dès le soir de ce cours, un parent d’élève, alerté par sa fille, publie une vidéo pour relater les faits et appelle à une manifestation pour demander l’exclusion de l’enseignant.

Trois jours plus tard, le père et un second individu se rendent au collège pour rencontrer la Principale . « Elle a essayé d’apaiser les choses, pendant que les deux personnes demandaient le renvoi du professeur sous peine d’une mobilisation », a relaté Jean-François Ricard. Le soir de ce même 8 octobre, le père publie une nouvelle vidéo dans laquelle il nomme le professeur, donne l’adresse du collège et incite ceux qui le veulent à manifester « pour dire stop ».

Le 11 octobre, le père se rend au commissariat avec sa fille pour porter plainte pour diffusion d’images pornographiques. Le professeur est entendu le 12, il relate le contenu de son exposé, dont il remet une copie. « Il n’a pas dit aux élèves musulmans de sortir de la classe, mais a pris soin de proposer aux élèves qui pourraient être heurtés de ne pas regarder », a dit le procureur. Samuel Paty a porté plainte à son tour pour diffamation.

Le procureur a évoqué une dernière vidéo, publiée le 13 octobre sur YouTube, dans laquelle on retrouve le père et sa fille. Une tierce personne accuse Emmanuel Macron d’attiser la haine contre les Musulmans et appelle à une manifestation devant le collège. Il s’agit de l’homme qui avait accompagné le père pour aller voir la Principale. Cette dernière fait état de nombreux appels de menace reçus au collège à la suite de la diffusion de cette vidéo.

Enfin, le vendredi 16 octobre, l’assaillant était devant la grille du collège, et sollicitait des élèves pour lui désigner le professeur.

Neuf personnes ont été placées en garde à vue. Quatre sont issues de l’entourage familial direct de l’assaillant, deux autres personnes se sont présentées d’elles-mêmes tard vendredi soir et ont indiqué avoir été en contact avec l’auteur peu avant les faits. Il y a également l’homme apparaissant sur la vidéo du 12 octobre, qui avait accompagné le père au collège, et sa compagne.

Le père de l’élève plaignante a lui aussi été interpellé le samedi matin à Chanteloup-les-Vignes. « Il faut préciser que la demi-sœur de cet homme avait rejoint l’organisation Etat islamique en octobre 2014 en Syrie. Elle fait l’objet d’un mandat de recherche par un juge d’instruction antiterroriste », a fait savoir le procureur.

Actuellement

D’après le quotidien « 20 minutes » du 29 octobre, l’enquête menée sous l’autorité du parquet antiterroriste se poursuit. « Il faut désormais préciser l’emploi du temps de l’auteur des faits dans les jours précédant » l’attaque et « établir ce qu’ont fait les personnes gardées à vue », a expliqué Jean-François Ricard. Ce dernier n’a pas permis aux journalistes présents de poser des questions, « compte tenu de la nature récente des faits et pour ne pas nuire à l’avancée des investigations ».

(…) Quelques jours avant l’assassinat du professeur d’histoire, un assassinat horrible et impardonnable, on a retrouvé l’assassin de Victorine une jeune fille de 18 ans morte dans un ruisseau lundi 28 septembre à Villefontaine en Isère deux jours après sa disparition. Un suspect, qui serait un père de famille, a été arrêté.

Les musulmans de France dans le collimateur

Quelques jours avant, on assiste à une soirée d’horreur au pied de la Tour Eiffel à Paris pour cinq femmes algériennes de France et quatre enfants qui ont subi l’assaut de deux agresseuses munies d’un couteau et d’un couple de chiens.

L’une des victimes, présentées sur les réseaux sociaux comme étant une des Algériennes voilées, de cette tentative d’homicide volontaire, survenue au Champ-de-Mars au pied de la Tour Eiffel à Paris en France, s’est remémoré les évènements, face caméra. Et a ainsi livré son témoignage. Dans une vidéo diffusée sur la toile ce 21 octobre 2020.

La dame évoque le souvenir de cette nuit-là comme étant celui d’un choc physique et émotionnel intense. Les femmes et les enfants formaient un groupe de neuf personnes en tout. Ils se dirigeaient vers l’aire de jeux située sur le Champ-de-Mars, quand deux chiens s’approchèrent d’eux. Les enfants prirent peur. C’est là en fait qu’à leur insu, leur calvaire s’apprêtait à commencer.

Hanane et toute sa famille ignoraient en ce moment-là qu’en demandant aux propriétaires d’éloigner leurs animaux, ils allaient allumer la mèche à une altercation d’une violence inouïe. « Sales arabes ! ». « On fait ce qu’on veut, on est chez nous ! ». C’était de la sorte que rétorquèrent les agresseuses présumées à la requête d’attacher leurs chiens.

La diffusion virale de la haine à travers le monde

Déjà, le 29 Décembre dernier,  Jean Pierre Fillu, écrivait dans le journal « Le Monde » : «  Pendant que ces coups étaient portés au terrorisme djihadiste, une autre forme de terrorisme de masse, lié à l’extrême-droite raciste, a commencé de se répandre à l’échelle de la planète, depuis l’attaque contre deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, le 15 mars 2019 (51 morts) jusqu’à la tuerie anti-mexicaine dans la ville américaine d’El Paso, le 3 août (22 morts) et l’attentat contre la synagogue de Halle, le 9 octobre (2 morts).

Les conditions semblent réunies pour que le suprématisme blanc continue d’inspirer en 2020 d’autres actes terroristes.

Anders Breivik apparaît à la fois comme le précurseur et la référence de cette nouvelle vague de terrorisme. En juillet 2011, cet ultranationaliste norvégien tue 77 personnes dans un attentat contre un complexe gouvernemental à Oslo, puis dans une fusillade contre un camp de la jeunesse travailliste. Il prétend justifier son carnage par la diffusion d’une « Déclaration d’indépendance européenne ».

Huit années plus tard, Brenton Tarrant, l’auteur australien du massacre de Christchurch, se réclame de Breivik et diffuse, comme lui, juste avant le bain de sang, un manifeste intitulé « Le Grand remplacement ». Il s’y pose en rempart contre un « génocide blanc » dont l’immigration majoritairement musulmane serait le principal instrument. John Earnest, qui assassine une personne dans la synagogue californienne de Poway, le 27 avril 2019, accuse « les Juifs » d’être les instigateurs d’un tel « génocide blanc ».

Patrick Crusius, le massacreur d’El Paso, a, lui aussi, mis en ligne une « Vérité dérangeante » où il déclare combattre « l’invasion hispanique du Texas ». Comme à Christchurch et à Poway, c’est le forum 8Chan, très populaire à l’ultra-droite, qui sert de plate-forme à cette revendication. Dans les trois cas, les tueurs diffusent également en direct les images qu’ils filment eux-mêmes de leur assaut.

Il aura fallu ces trois scandales pour que 8Chan soit enfin neutralisé, mais pour réapparaître en 8Kun le mois de septembre dernier. Quant à Stephan Balliet, l’assassin de Halle, c’est sur Twitch qu’il diffuse un manifeste imprégné de thèses antisémites, conspirationnistes et néonazies, puis la vidéo en direct de son attaque de la synagogue, le jour de Kippour. Balliet s’en prend ensuite à un restaurant turc tout proche. Tarrant, Earnest, Crusius et Balliet, malgré leurs déclarations flamboyantes, se sont tous rendus sans opposer de résistance aux forces de l’ordre, comme d’ailleurs Breivik en 2011. »

Jean Pierre Fillu, explique plus loin dans son article : « Il n’y a malheureusement aucune raison que s’interrompe la réaction en chaîne qui a déjà motivé successivement les tueurs de Christchurch, Poway, El Paso et Halle. L’exaltation des quatre massacreurs sur certains forums d’ultra-droite ne peut qu’inspirer de nouvelles vocations homicides, alors que les thèses sur le « grand remplacement », autrefois marginales, s’infiltrent de plus en plus ouvertement dans le débat public des démocraties occidentales.

Au-delà de ce contexte très favorable, la difficulté à  repérer de tels « loups solitaires » avant leur passage à l’acte est d’autant plus ardue qu’ils ne sont rattachés à aucune organisation constituée, mais se réclament d’une nébuleuse raciste et paranoïaque.

En France, la focalisation compréhensible sur la menace djihadiste n’a sans doute pas permis de prendre toute la mesure de ce nouveau péril. Deux mosquées ont pourtant été attaquées en 2019, le 27 juin à Brest (deux blessés, l’attaquant se suicidant peu après) et le 28 octobre à Bayonne (deux blessés graves). Le refus par la justice de qualifier l’attaque de Bayonne de « terroriste », alors même que l’agresseur a été candidat sur une liste d’extrême-droite, a dès lors été très mal ressenti.

2020 pourrait ainsi devenir l’année où se confirmerait la mondialisation et la diffusion de cette nouvelle forme de terrorisme. Mais le pire n’est jamais sûr. Souhaitons-le plus que tout en ce cas. »

Que faire contre les amalgames, et la diabolisation de l’Islam ?

Le prophète Mahomet disait : « celui qui tue une âme, c’est comme s’il a tué l’humanité entière ».

Une religion qui tolérerait le meurtre d’un professeur d’histoire, ne saurait en aucun être ma religion, encore moins le meurtre atroce du prêtre assassiné récemment dans une église.

Ce qui me rebute, c’est l’association de l’islam chaque fois qu’un acte criminel est commis par un individu d’une confession musulmane. Ces individus ne représentent pas les millions de musulmans qui habitent en Europe ou ailleurs. Ces assassins ne représentent qu’eux même… Pas plus que le meurtrier de Victorine, ne représente pas les millions de chrétiens dans le monde.

Les acteurs des attentas contre les mosquées de Nouvelle Zélande, Paris, Montréal, et aussi les jeunes hommes de « Colombine » qui ont tiré sur les élèves de leur collège, les organisations terroristes européennes « Action Direct » et « Les Brigades Rouges », les Nazis dans les années 4O, étaient Chrétiens ou catholiques. Doit-on attribuer leurs actes à leurs religions ?

Un détraqué est un détraqué, peu importe l’habillage qu’il donne à son acte. Et il faut arrêter de dire, tel assaillant a prononcé « Allah Akbar » après avoir exécuté son acte.

La plupart de ces assaillants musulmans ne connaissent rien à l’Islam, et certains ne savent même pas lire l’Arabe, à l’image des frères Kouachi qui ont commis l’attentat de Charlie Hebdo. Et aussi le jeune tunisien qui a assassiné récemment un prêtre dans un lieu de culte. Ce dernier était un ancien drogué dans son pays, il n’était pas religieux.

Je suis pour la liberté d’expression à cent pour cent, et je fais mienne,  la citation de Voltaire, disant : « Je ne suis pas d’accord avec vous, mais je donnerai ma vie, pour que vous puissiez exprimer vos idées. »

Et d’un autre côté, pourquoi vais-je utiliser cette liberté d’expression, pour offenser des milliards de musulmans en caricaturant leur prophète ?

Le « Canard Enchainé », qui est un grand journal que je lis d’ailleurs toutes les semaines ne se refuse rien, et n’a pas sa langue dans sa poche. Toutefois, il n’a jamais publié de caricatures susceptibles de blesser les musulmans, et c’est tout en son honneur.

Pour enlever toute ambiguïté, je condamne tous ces meurtriers à commencer par l’assassin de Samuel Paty, le prêtre et les autres victimes du terrorisme. Je suis même partant à ce qu’on les condamne à mort. Car ils salissent l’Islam et l’Humanité entière.

Mais comme l’a dit récemment, Justin Trudeau : « la liberté d’expression ne devrait pas « blesser de façon arbitraire et inutile » certaines communautés.

Par Mustapha Bouhaddar, pour Maghreb Canada Express, Vol. XVIII, N°11 , pages 3 et 4, Novembre 2020.