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Fév 03

États-Unis : Une battante du nom de Kamala Harris

KAMALADécidément, l’Amérique est un pays de paradoxes, un pays où on élit comme président un ancien acteur (Ronald Reagan), puis Jimmy Carter; un scientifique, pour continuer avec un président noir; Obama, en arriver à élire Trump; un raciste notoire et finir avec une vice-présidente d’origine indienne !

Une ascension fulgurante

Kamala Harris a bénéficié d’une ascension politique fulgurante après une solide performance comme procureur de San Francisco, puis de la Californie.

Comme Dick Cheney en son temps, elle pourrait bien s’avérer une vice-présidente d’influence.

« Si je suis la première femme à occuper ce poste, je ne serai pas la dernière. Car chaque petite fille regardant la télévision ce soir sait que dans ce pays, tout est possible. » C’est ainsi que Kamala Harris a conclu son discours avant de laisser l’estrade à Joe Biden, au cours de la double allocution que les deux candidats démocrates ont prononcée suite à la victoire de leur ticket lors de la présidentielle américaine. Avec l’élection de Joe Biden à la fonction suprême, sa colistière devient la première femme de l’histoire à occuper le poste de vice-présidente aux États-Unis.

Trois femmes avaient auparavant figuré sur un ticket présidentiel, sans jamais remporter l’élection : Géraldine Ferraro, colistière du démocrate Walter Mondale, vaincu par Ronald Reagan en 1984 ; Sarah Palin, colistière du républicain John McCain, vaincu par Obama en 2008 et Hillary Clinton, candidate démocrate battue par Donald Trump en 2016.

L’accession de Kamala Harris à la vice-présidence des États-Unis est d’autant plus historique qu’elle est également membre des communautés asio-américaine et afro-américaine.

Une enfance marquée par la contre-culture californienne

Elle est en effet née à Oakland, dans la baie de San Francisco, en 1964, d’un père jamaïcain et d’une mère immigrée indienne. Son prénom, qui signifie «fleur de lotus » en sanskrit et fait référence à une divinité hindoue, témoigne directement de ses origines maternelles.

Dans l’Amérique des années 1960, en plein bouillonnement culturel, ses deux parents sont des activistes convaincus, qui l’emmènent régulièrement aux marches données en soutien au Mouvement des Droits civiques.

Kamala Harris passe ses jeunes années à Berkeley, juste à côté d’Oakland, une ville étudiante alors en plein bouillonnement culturel et au cœur de l’activisme politique américain. L’université de Berkeley constitue un terreau particulièrement fertile pour la contre-culture et la gauche américaine. D’importantes manifestations contre la guerre du Vietnam y éclatent en 1965, et le poète Beat Allen Ginsberg, compagnon de route de Jack Kerouac et militant communiste, vient régulièrement y donner des lectures. En 1966, le mouvement des Black Panthers est lancé à Oakland pour protester contre les injustices visant la communauté afro-américaine.

Cette période a profondément marqué Kamala Harris, qui dans ses discours fait souvent référence aux manifestations politiques dans lesquelles l’emmenaient ses parents. En janvier 2019, c’est à Oakland qu’elle choisit d’annoncer sa candidature à l’investiture démocrate, rassemblant une foule compacte de 20 000 personnes. Les habitants de la région de la Baie considèrent la nouvelle vice-présidente comme l’une des leurs. Son accession à la vice-présidence a ainsi été saluée par de nombreuses personnalités politiques locales.

Ambition illimitée

C’est quand on connait ses limites qu’on peut les dépasser, et c’est le cas de Kamala Harris. Sa mère lui disait souvent : « Kamala, tu seras peut-être la première à accomplir de nombreuses choses. Assure-toi de ne pas être la dernière« .» Il y a un an, Kamala Harris croyait dur comme fer pouvoir devenir la première présidente noire des États-Unis. Devant ses supporteurs, la sénatrice de 56 ans évoquait sans retenue son ambition, notamment lors du premier débat de la primaire démocrate au Adrienne Arsht Center de Miami. Un appétit certain pour le pouvoir qui remonte à l’enfance. Malgré de nombreux atouts, la candidature de Kamala Harris n’a toutefois pas su séduire les démocrates américains. Le 3 décembre 2019, à court d’argent, celle que l’on surnomme la «Obama Girl» préférait jeter l’éponge. Avec un autre objectif en tête : la vice-présidence des États-Unis. Objectif atteint.

Une Amérique conforme à nos idéaux

Le premier admirateur de Kamala Harris n’est autre que Barack Obama. L’ancien président avait d’ailleurs réagi ainsi à la nouvelle de sa nomination sur Instagram : En choisissant la sénatrice Kamala Harris pour devenir la prochaine vice-présidente américaine, Joe Biden a mis en lumière ses capacités de jugement et son caractère (…), peut-on lire en légende du post. Et de conclure : maintenant, Joe a trouvé la partenaire idéale pour l’aider à se mesurer aux défis bien réels auxquels est confrontée l’Amérique en ce moment, et auxquels elle sera confrontée dans les années à venir.

Robert Kennedy avait dit dans un discours resté célèbre, qu’il n’est pas exclu de voir un jour un président noir à la tête des Etats unis d’Amérique.  C’était un visionnaire, comme sénateur, Robert s’est fait aimer des Afro-Américains, et d’autres minorités telles que les Américains indigènes et les groupes immigrés. Il parla avec force, et s’aligna avec la lutte des leaders des droits civiques, et incita le parti Démocrate à poursuivre un ordre du jour plus agressif pour éliminer la discrimination à tous les niveaux. Kennedy soutint le transport en bus, l’intégration de tous les équipements publics, la Loi sur les Droits de Vote de 1965 et les programmes sociaux combattant la pauvreté en augmentant l’éducation, les offres d’emploi et en donnant accès aux soins à des millions d’Afro-Américain désespérés privés de droits civiques.

Espérons que Kamala Harris, ne commettra pas les mêmes erreurs que Barak Obama, qui sous-estima le pouvoir des réseaux sociaux dont profita Donald Trump.

Comme l’écrivait James Baldwin : « On ne peut pas changer tout ce qu’on affronte, mais rien ne peut changer tant qu’on ne l’affronte pas. »

Par MUSTAPHA BOUHADDAR pour Maghreb Canada Express, Vol. XIX, N°02 , page 11 , Février 2021