CRISE RUSSO-UKRAINIENNE : Qu’en est-il de la condamnation de la Russie par l’ONU et de la non participation du Maroc au vote ?

Impossible de passer sous silence ce qui s’est passé au siège de l’ONU le mercredi 2 mars 2022, en ce qui concerne le vote de l’Assemblée générale en faveur d’une résolution condamnant la Russie et appelant à son retrait immédiat et inconditionnel de l’Ukraine. 

(Remarque : Vidéo en Arabe)

Rappel des faits

Selon un communiqué de l’ONU, « L’Assemblée générale des Nations Unies a adopté le 2 mars 2022, une résolution déplorant dans les termes les plus énergiques « l’agression » commise par la Russie contre l’Ukraine et exigeant que la Russie retire immédiatement ses forces militaires du territoire ukrainien.

(…) La résolution, qui était coparrainée par 96 Etats membres, nécessitait une majorité des deux tiers pour être adoptée. Il est à souligner toutefois que malgré son adoption, cette résolution n’est pas contraignante.

À rappeler aussi que son vote intervient quelques jours après que la Russie ait opposé son veto à un projet de résolution du Conseil de sécurité qui déplorait également l’agression de l’Ukraine par la Russie (…)

La résolution adoptée par l’Assemblée générale « réaffirme son engagement envers la souveraineté, l’indépendance, l’unité et l’intégrité territoriale de l’Ukraine à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues, s’étendant à ses eaux territoriales ».

Elle déplore « l’agression commise par la Fédération de Russie contre l’Ukraine en violation du paragraphe 4 de l’Article 2 de la Charte » des Nations Unies et « exige que la Fédération de Russie cesse immédiatement d’employer la force contre l’Ukraine et s’abstienne de tout nouveau recours illicite à la menace ou à l’emploi de la force contre tout État Membre ».

L’Assemblée générale « exige également que la Fédération de Russie retire immédiatement, complètement et sans condition toutes ses forces militaires du territoire ukrainien à l’intérieur des frontières internationalement reconnues du pays ». (Fin de la citation du communiqué de l’ONU )

Comme nous pouvons le constater, le ton de cette résolution est tout ce qu’il y a de ferme et s’apparenterait plus à un Ultimatum, en bonne et due forme, qu’à un ton de médiation entre les deux belligérants.

En outre, et avant le vote sur la résolution, la Représentante permanente des États-Unis auprès des Nations Unies, l’ambassadrice Linda Thomas-Greenfield avait donné le ton en appelant la Russie à « mettre fin à sa guerre injustifiée » et la Biélorussie à cesser de soutenir cette  guerre tout en insistant  fermement sur un vote en faveur de la résolution.

Et d’interpeller le représentant de la Biélorussie : « Nous pensons qu’il s’agit d’un vote simple. Votez oui si vous croyez que les États Membres de l’ONU – y compris le vôtre – ont droit à la souveraineté et à l’intégrité territoriale. Votez oui si vous pensez que la Russie doit répondre de ses actes. Votez oui si vous adhérez vraiment à la Charte des Nations Unies et à tout ce que cette institution représente ! »

Cependant, et malgré ces déclarations partisanes, qui s’apparentent quelque peu à des menaces, certains délégués ont osé lever la voix pour faire l’éloge de la diplomatie, plutôt que de la confrontation, avant toutefois, soit de s’abstenir soit de se conformer aux exigences de Mme Linda Thomas-Greenfield.

Ce fut le cas de la représentante des Émirats Arabes Unis auprès des Nations Unies qui vota pour la résolution mais qui tint cependant à souligner que « Le projet de résolution n’est pas suffisant pour une paix durable », et qu’un règlement nécessiterait une diplomatie efficace. Et de conclure que « Ce texte reflète la détermination des États à régler le conflit actuel en Ukraine. C’est ce que nous comprenons de cette réunion, mais nous devons maintenant trouver les moyens appropriés de parvenir à un règlement pacifique dans le plein respect d’une véritable diplomatie. »

De son côté, le représentant de Bahreïn se contenta de confirmer le soutien de son pays aux efforts visant à mettre fin aux opérations militaires.

Quant au représentant de l’Egypte, qui avait, lui aussi voté en faveur de la résolution, il émit des semblants de réserves qui se résument comme suit :

  • 1. Une solution politique rapide doit être recherchée pour mettre fin à la crise par le dialogue, des moyens pacifiques et par une diplomatie active;
  • 2. Les racines et les causes de la crise actuelle ne doivent pas être négligées et doivent être prises en compte;
  • 3. Rejeter toute approche consistant à recourir à des sanctions économiques en dehors des mécanismes du système international ;
  • 4. Toutes les parties doivent prendre la responsabilité nécessaire de veiller à ce que l’aide humanitaire parvienne à tous ceux qui en ont besoin et sans aucune discrimination, « tout en veillant à ce que les résidents étrangers traversent la frontière sans encombre, car certains rapports font état de discrimination à leur égard».
  • 5. Prendre conscience des impacts de cette crise sur l’ensemble de l’économie mondiale.
  • 6. Traiter toutes les crises internationales similaires avec la même rigueur et conformément à des critères standards, cohérents et compatibles avec les principes et les buts de la Charte de l’ONU.

Finalement, 141 pays ont voté en faveur de la résolution, tandis que cinq (la Russie, la Syrie, la Biélorussie, l’Erythrée et la Corée du Nord) ont voté contre .

35 autres pays se sont abstenus , dont l’Irak, l’Algérie, le Soudan, le Soudan du Sud, l’Iran, l’Inde, le Pakistan, Cuba et la Chine.

Quant au Maroc, il s’est tout simplement absenté au moment du vote; Absence qui compte cependant comme une abstention.

Comment s’expliquer l’absence du Maroc ?

Oleg Vladimirovitch disait : « je n’ai pas d’amis permanents, je n’ai pas d’ennemis permanents, je n’ai que des intérêts permanents« .  Devant ce monde qui se re-polarise  suite à ce semblant de renaissance de l’Est et du retour au galop du spectre d’une guerre nucléaire, le Maroc aurait choisi de ‘’ménager la chèvre et le chou’ en s’éclipsant au moment du vote., avec probablement la conviction que « l’une des plus grandes sagesses de l’art militaire, c’est de ne pas pousser son ennemi au désespoir. » (Montaigne).

Cependant, il est à souligner que le Maroc avait déjà exprimé sa position face à la crise, et ce, à travers deux communiqués officiels (le premier publié le 26 février et le second, le jour même du vote; soit le 2 mars 2022). Ces deux communiqués mettent en exergue l’inquiétude du pays face à l’évolution de la situation entre la Russie et l’Ukraine, réitèrent son soutien à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale de tous les États membres de l’ONU, rappellent ‘’son attachement au principe de non recours à la force pour le règlement des différends entre États tout en encourageant toutes les initiatives et actions favorisant un règlement pacifique des conflits’’. Quel message transmettre de plus; en votant pour ou en s’abstenant de voter à une résolution qui, en plus, n’est pas du tout contraignante ?

La non participation du Maroc au vote devant l’Assemblée générale des Nations Unies fut plutôt bien accueillie par plusieurs analystes politiques qui y ont vu l’expression de la Souveraineté d’un pays à la politique étrangère indépendante, équilibrée, observant ‘’une neutralité positive’’, prenant en compte aussi bien l’intérêt national que celui de toutes ses alliances stratégiques multidimensionnelles traditionnelles, qu’elle ne saurait remettre nullement en cause, et respectueuse du droit international ainsi que de l’intégrité territoriale des États.

AEF – Rédaction MCE – pour Maghreb Canada Express, Vol. XX, N°03 , page 03, MARS 2022