{"id":3866,"date":"2018-05-10T06:34:46","date_gmt":"2018-05-10T10:34:46","guid":{"rendered":"http:\/\/maghreb-canada.ca\/?p=3866"},"modified":"2018-05-10T06:35:12","modified_gmt":"2018-05-10T10:35:12","slug":"litterature-mre-de-boujniba-a-montreal-ou-le-parcours-du-combattant-dun-va-nu-pieds-pour-survivre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maroc-canada.ca\/?p=3866","title":{"rendered":"Litt\u00e9rature MRE : \u2019De Boujniba \u00e0 Montr\u00e9al\u2019\u2019; ou le parcours du combattant d\u2019un va-nu-pieds&#8230; pour survivre"},"content":{"rendered":"<h4><b>Note : Une nouvelle \u00e9dition enti\u00e8rement revue et corrig\u00e9e est en cours. Elle sera pr\u00eate pour le d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9 de cette ann\u00e9e.<\/b><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/boujniba.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-3862\" src=\"http:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/boujniba.jpg\" alt=\"boujniba\" width=\"262\" height=\"394\" srcset=\"https:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/boujniba.jpg 366w, https:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/boujniba-200x300.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 262px) 100vw, 262px\" \/><\/a>A l\u2019image du roman d\u2019Elia Kazan \u00ab\u00a0Am\u00e9rica, Am\u00e9rica\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Le fils du pauvre\u00a0\u00bb de Mouloud Feraoun, et \u00ab\u00a0Le pain nu\u00bb de Mohamed Choukri, El Fouladi plonge dans son pass\u00e9 comme on plonge dans un oc\u00e9an, et guid\u00e9 par sa m\u00e9moire, il nous parle \u00e0 haute voix, et nous raconte non pas son histoire mais ses histoires, avec en exergue la ville de Boujniba. Cette derni\u00e8re \u00e9tait c\u00e9l\u00e8bre dans les ann\u00e9es vingt par ses galeries du minerai Phosphate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les femmes\u00a0 appelaient ce village minier Lalla Fatna Bent Ahmed, compte-tenu de la l\u00e9gende qui raconte qu&rsquo;il y avait une tr\u00e8s belle fille nomm\u00e9e Lalla Fatna Bent Ahmed qui ramenait l&rsquo;eau dans une jarre du puits, alors qu&rsquo;elle fut assaillie par des jeunes qui voulaient abuser d&rsquo;elle. Elle jeta la jarre et courut se r\u00e9fugier dans une grotte avoisinante. Les jeunes entr\u00e8rent \u00e0 leur tour \u00e0 la grande grotte, mais \u00e0 leur grande stup\u00e9faction, ils ne trouv\u00e8rent pas Lalla Fatna Bent Ahmed! Depuis lors, elle est port\u00e9e disparue! La grotte existe toujours et, les femmes y mangent le couscous chaque vendredi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019auteur a grandi dans ce village, devenu depuis une ville, dans des conditions difficiles, une m\u00e8re d\u2019origine berb\u00e8re aimante et un p\u00e8re dur, dogmatique\u00a0 et t\u00eatu. Ce p\u00e8re impr\u00e9visible, frustr\u00e9, et autoritaire, incapable de f\u00e9liciter son fils ne serait-ce qu\u2019une seule fois, complique la vie de cet enfant fragile et innocent. Heureusement, il y a l\u2019amour de la m\u00e8re qui l\u2019aide \u00e0 faire face au monde adulte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand, des ann\u00e9es plus tard, l\u2019enfant devenu adulte, re\u00e7ut ce fameux coup de fil chez lui \u00e0 Montr\u00e9al, lui annon\u00e7ant que ce p\u00e8re tellement craint et d\u00e9test\u00e9,\u00a0 n\u2019est plus, alors son monde s\u2019est arr\u00eat\u00e9. A quoi \u00e7a sert de vivre quand celui qui fut son moteur et qui sans le vouloir poussa ce fils \u00e0 se surpasser dans la vie et \u00e0 r\u00e9ussir tout ce qu\u2019il entreprend !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut lire dans la premi\u00e8re page du livre\u00a0: \u00ab\u00a0Rien dans ce d\u00e9cor serein, rien dans l\u2019\u00e9cho lointain des rires des enfants, ni dans tous ces bruits rassurants qui montent de la ville,\u00a0 rien, non plus, dans mon attitude ne trahit cette temp\u00eate qui est en train de me ravager le c\u0153ur depuis \u00e0 peine une demi-heure\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0De ce qui perdure de perte pure \u00e0 ce qui ne parie que du p\u00e8re au pire\u00a0\u00bb\u00a0: disait Lacan.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Eh bien c\u2019est l\u2019histoire du narrateur<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment cohabiter avec un p\u00e8re difficile quand on a perdu sa m\u00e8re, et comment supporter la vie quand on a perdu son alt\u00e9rit\u00e9. D\u00e9sormais, on est face \u00e0 soi-m\u00eame, seul avec le n\u00e9ant. On peut lire page 4\u00a0: \u00ab\u00a0Depuis, \u00ab\u00a0injustice\u00a0\u00bb signifie pour moi ce supplice inflig\u00e9 \u00e0 un enfant de quatre ou cinq ans dont la mort vient de ravager le jardin de ses beaux r\u00eaves pour le condamner \u00e0 vivre solitaire le restant de ses jours\u00a0! Or un proverbe bien de chez nous dit\u00a0: \u00ab\u00a0Si tu perds ton p\u00e8re, ton oreiller devient le bras de ta m\u00e8re. Mais quand tu perds ta m\u00e8re, ton oreiller devient une pierre\u00a0!\u00a0\u00bb Allusion au traitement que subit un orphelin de la part de sa belle-m\u00e8re\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un vrai dilemme, mais l\u2019enfant est intelligent et curieux de nature, il se pose beaucoup de questions, et poss\u00e8de un esprit cart\u00e9sien, et pragmatique, ce qui va l\u2019aider \u00e0 s\u2019en sortir \u00e0 chaque fois, la t\u00eate haute dans tous les combats qu\u2019il a men\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Page 5\u00a0: \u00ab\u00a0Antoine de Saint-Exup\u00e9ry avait \u00e9crit que les embuscades n\u2019ont plus le m\u00eame go\u00fbt quand on perd un bon ennemi\u00a0! Et j\u2019avais longtemps consid\u00e9r\u00e9 mon p\u00e8re comme un (bon) ennemi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce p\u00e8re, cet ennemi, voit dans son fils le rem\u00e8de pour toutes ses frustrations. Car, ce dernier, a r\u00e9ussi dans les \u00e9tudes et a r\u00e9alis\u00e9 ses r\u00eaves les plus fous, il voit dans son fils ce qu\u2019il aurait voulu \u00eatre, et ce fils m\u00e9pris\u00e9 jadis, ce fils qu\u2019il a trait\u00e9 de vaurien, le lui rend bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le p\u00e8re sous-estime cet enfant qui a r\u00e9ussi l\u2019impossible, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019amour qu\u2019il portait \u00e0 sa m\u00e8re. Un amour qui l\u2019a conduit \u00e0 braver l\u2019adversit\u00e9 et \u00e0 \u00eatre parmi les meilleurs. Il a r\u00e9alis\u00e9 les r\u00eaves de sa m\u00e8re qui n\u2019est plus l\u00e0 pour savourer sa r\u00e9ussite. Mais qu\u2019importe, le contrat est rempli.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce livre est poignant, et po\u00e9tique, il y a des passages sur la m\u00e8re qui d\u00e9chirent le c\u0153ur. Ainsi on peut lire dans la page 64\u00a0: \u00ab\u00a0 Et du coup, je fus tr\u00e8s inquiet. Mais ma m\u00e8re m\u2019avait \u00e9galement dit que j\u2019irai \u00e0 l\u2019\u00e9cole, que je serai grand, important et que je l\u2019am\u00e8nerai avec moi et qu\u2019elle vivra tr\u00e8s heureuse\u00a0! Donc tant que je ne suis pas all\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole, devenu grand&#8230;, elle n\u2019a aucune raison de mourir\u00a0! Je m\u2019endormis tranquillis\u00e9, souriant m\u00eame\u00a0! \u00bb Et aussi ce passage page 52\u00a0:\u00a0\u00ab Brave maman\u00a0! Permets-moi maintenant de saluer ton courage et de compatir \u00e0 toute ta souffrance\u00a0; permets-moi d\u2019admirer ta fa\u00e7on de conqu\u00e9rir ta libert\u00e9 malgr\u00e9 les barreaux de la cage\u00a0: tu m\u2019as appris ce jour-l\u00e0 que n\u2019\u00e9tait solitaire que celui qui ne sait pas r\u00eaver et n\u2019\u00e9tait prisonnier que celui qui a les pieds bien ancr\u00e9s sur terre\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le p\u00e8re a essay\u00e9 maintes fois de voler son enfance \u00e0 son fils, ce vaurien, contre qui il \u00e9choue \u00e0 chaque fois. D\u2019ailleurs, il a souvent rat\u00e9 tout ce qu\u2019il entreprend. A cause de lui, plusieurs \u00eatres proches ont perdu la vie. Page 120\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0 Adulte, il chercha \u00e0 faire de l\u2019enfant, que j\u2019\u00e9tais, un homme avant m\u00eame que je ne consomme mon enfance\u00a0; encore moins mon adolescence\u00a0! C\u2019est dans l\u2019ordre des choses\u00a0: L\u2019amour et l\u2019affection, il faut en avoir\u00a0pour ses enfants\u00a0; mais bien cach\u00e9s au fin fond de son c\u0153ur. Dans l\u2019enfer de l\u2019\u00e9ducation, point de place pour l\u2019affichage des sentiments\u00a0! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce livre est un texte qu\u2019on peut lire \u00e0 des amis \u00e0 haute voix. L\u2019\u00e9criture de l\u2019auteur me fait penser \u00e0 celle de Flaubert qui aimait lire ses romans \u00e0 haute voix \u00e0 ses amis, dans un endroit qu\u2019il nommait \u00ab\u00a0le gueuloir\u00a0\u00bb.\u00a0 El Fouladi qui voue une passion pour la po\u00e9sie, a une prose pleine de subtilit\u00e9s. Chaque phrase est patiemment construite, articul\u00e9e pour faire passer un message clair et riche de sens sans tr\u00e9bucher sur des mots qui briseraient le rythme de la phrase et du r\u00e9cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet enfant candide et intelligent, ne con\u00e7oit pas ce qu&rsquo;il r\u00eave de faire, il le r\u00e9alise. Page 100\u00a0: \u00ab\u00a0Ah\u00a0! Cette neige\u00a0! Si loin, si myst\u00e9rieuse\u00a0! La foulerais-je un jour\u00a0des pieds\u00a0? Qui sait\u00a0? Le r\u00eave pourrait devenir r\u00e9alit\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;y a que deux conduites avec la vie : Ou on la r\u00eave ou on l&rsquo;accomplit. Et en effet, le r\u00eave devint r\u00e9alit\u00e9, car l\u2019enfant devenu adulte s\u2019installera \u00e0 Montr\u00e9al o\u00f9 il foulera cette neige tant r\u00eav\u00e9e jadis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand on lit ce livre, on voit des images, qui donnent l\u2019impulsion \u00e0 travers le texte, \u00e0 travers la parole\u00a0: Les mots et les images cohabitent, et les pens\u00e9es et les paroles sont en harmonie. Les images ne sont pas fabriqu\u00e9es dans l&rsquo;effort. Elles se contentent d&rsquo;appara\u00eetre au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;on d\u00e9couvre le texte,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au-del\u00e0 du texte, il y a aussi ce parcours exceptionnel de l\u2019enfant, qui na\u00eet dans un village o\u00f9 il n\u2019a aucune chance de r\u00e9ussir. Un parcours hors norme, que seuls des \u00eatres exceptionnels peuvent accomplir.<\/p>\n<p>Par Mustapha Bouhaddar pour Maghreb Canada Express, , page 13, <i>Vol. XVI, N\u00b0 05, Mai 2018<\/i><\/p>\n<div id=\"text-18\" class=\"sidebar-wrap clearfix widget_text\">\n<h3>Pour lire\u00a0 l\u2019\u00e9dition du mois de mai 2018, cliquer sur l\u2019image:<\/h3>\n<div class=\"textwidget\">\n<p><a href=\"http:\/\/www.maghreb-canada.ca\/journal\/2018\/MCE178-05-2018.pdf\"> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"style1\" src=\"http:\/\/www.maghreb-canada.ca\/journal\/2018\/n178.jpg\" alt=\"Maghreb Canada Express\" width=\"176\" height=\"239\" \/><\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Note : Une nouvelle \u00e9dition enti\u00e8rement revue et corrig\u00e9e est en cours. Elle sera pr\u00eate pour le d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9 de cette ann\u00e9e. A l\u2019image du roman d\u2019Elia Kazan \u00ab\u00a0Am\u00e9rica, Am\u00e9rica\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Le fils du pauvre\u00a0\u00bb de Mouloud Feraoun, et \u00ab\u00a0Le pain nu\u00bb de Mohamed Choukri, El Fouladi plonge dans son pass\u00e9 comme on plonge dans [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3862,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,5,6,7,8,13],"tags":[],"class_list":["post-3866","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-canada","category-immigration","category-maghreb","category-monde","category-numero-du-mois","category-tribune-libre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3866","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3866"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3866\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3868,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3866\/revisions\/3868"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3862"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3866"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3866"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3866"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}