{"id":3927,"date":"2018-06-12T20:40:47","date_gmt":"2018-06-13T00:40:47","guid":{"rendered":"http:\/\/maghreb-canada.ca\/?p=3927"},"modified":"2018-06-12T21:27:06","modified_gmt":"2018-06-13T01:27:06","slug":"maroc-les-femmes-et-les-hommes-bientot-egaux-devant-lheritage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maroc-canada.ca\/?p=3927","title":{"rendered":"Maroc : Les femmes et les hommes bient\u00f4t \u00e9gaux devant l\u2019h\u00e9ritage\u00a0?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Une centaine d\u2019intellectuels marocains, dont l\u2019\u00e9crivain Leila Slimani ou l\u2019islamologue Rachid Benzine ont sign\u00e9 le 21\u00a0mars une\u00a0p\u00e9tition\u00a0pour mettre fin \u00e0 la discrimination dont sont victimes les Marocaines face aux droits de succession, demandant l\u2019abrogation de la r\u00e8gle successoral du\u00a0ta\u2019sib\u00a0inscrite dans le Code marocain de la famille. Je fais moi-m\u00eame partie des signataires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme nous le d\u00e9non\u00e7ons, cette r\u00e8gle prive les femmes de tout acc\u00e8s \u00e0 la succession. Ainsi, \u00ab\u00a0les orphelines qui n\u2019ont pas de fr\u00e8re doivent obligatoirement partager l\u2019h\u00e9ritage avec les parents m\u00e2les les plus proches du d\u00e9funt [\u2026] m\u00eame inconnus et n\u2019ayant jamais eu de liens avec la famille\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant la r\u00e9forme de la Moudawana (Code de la famille), engag\u00e9e par Mohammed VI le 10\u00a0octobre 2004, semblait s\u2019annon\u00e7ait comme\u00a0\u00ab\u00a0la plus marquante de son r\u00e8gne\u00a0\u00bb\u00a0[\u2026], visant \u00e0 revaloriser le statut de la femme. Comme je l\u2019ai montr\u00e9 dans des\u00a0recherches ant\u00e9rieures, l\u2019h\u00e9ritage a cependant toujours constitu\u00e9 une lacune\u00a0: alors que l\u2019\u00e9galit\u00e9 est inscrite dans l\u2019esprit et la lettre de ce code, l\u2019\u00e9galit\u00e9 dans l\u2019h\u00e9ritage est rest\u00e9e un tabou.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur le terrain, les associations de femmes n\u2019ont cess\u00e9 de r\u00e9clamer des changements dans les lois sur l\u2019h\u00e9ritage\u00a0au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennieset particuli\u00e8rement depuis 2015, apr\u00e8s que le Conseil national des droits de l\u2019homme (CNDH)\u00a0ait pr\u00e9conis\u00e9 l\u2019\u00e9galit\u00e9 successorale, faisant suite \u00e0 la modification de la Constitution marocaine qui,\u00a0dans sa mouture de 2011a elle aussi mis l\u2019emphase sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre hommes et femmes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais \u00e0 chaque fois, les d\u00e9fenseurs de cette \u00e9galit\u00e9 se sont heurt\u00e9s \u00e0 la r\u00e9sistance des segments conservateurs de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La loi sur l\u2019h\u00e9ritage reste inchang\u00e9e car elle repose sur une lecture patriarcale du Coran\u00a0qui affirme\u00a0que les femmes h\u00e9ritent moiti\u00e9 moins que les hommes. Cette loi, qui remonte \u00e0 des centaines d\u2019ann\u00e9es, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9e lorsque les hommes \u00e9taient chefs de famille. Or, aujourd\u2019hui, au Maroc, plus d\u2019un tiers des m\u00e9nages sont dirig\u00e9s par des femmes, qui, de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9ral,\u00a0contribuent largement aux revenus du foyer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9bats sont pourtant vifs au Maroc. D\u00e9j\u00e0 en 2013, Driss Lachgar, chef du Parti socialiste,\u00a0avait ainsi cr\u00e9\u00e9 la pol\u00e9mique\u00a0en affirmant publiquement la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9former les lois de l\u2019h\u00e9ritage et de criminaliser la polygamie. Pour la premi\u00e8re fois, la soci\u00e9t\u00e9 civile appelait \u00e0 des r\u00e9formes juridiques tangibles dans ce domaine.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Un d\u00e9bat entre religieux et activistes<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car, en effet, le d\u00e9bat se situe l\u00e0\u00a0: entre religieux \u2013 y compris lib\u00e9raux- et activistes, entre \u00e9rudits et politiciens. Ainsi, le pr\u00e9dicateur Mohamed Abdelouahab Rafiki \u2013 un ancien salafiste \u2013\u00a0avait soutenu \u00e0 l\u2019AFP en 2017que la\u00a0question devait \u00eatre ouverte\u00a0\u00e0 l\u2019ijtihad\u00a0\u2013 le processus d\u2019interpr\u00e9tation par les \u00e9rudits religieux\u00a0: \u00ab\u00a0La question de l\u2019h\u00e9ritage doit \u00eatre coh\u00e9rente avec les \u00e9volutions de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. Mais ces prises de position de clerg\u00e9s\/intellectuels religieux\u00a0sont h\u00e9las peu nombreuses. Nouzha Skalli, ancienne ministre des droits des femmes, avait, elle, d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 la m\u00eame agence que\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e8s qu\u2019on pronon\u00e7ait le mot h\u00e9ritage, on \u00e9tait accus\u00e9 de blasph\u00e8me\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui, si le d\u00e9bat peut \u00eatre ouvert, 87\u00a0% de Marocains (hommes et femmes) continuent de s\u2019opposer \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes en mati\u00e8re d\u2019h\u00e9ritage,\u00a0selon les r\u00e9sultats d\u2019une enqu\u00eate nationale\u00a0men\u00e9e par le Haut Commissariat au Plan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9cente d\u00e9mission de l\u2019\u00e9minente f\u00e9ministe\u00a0islamique marocaine Asma Lamrabet\u00a0de son poste de directrice du Centre de recherche sur les femmes de la Ligue Mohammadia des Oul\u00e9mas t\u00e9moigne d\u2019ailleurs de l\u2019influence politique tenace des islamistes conservateurs dans la soci\u00e9t\u00e9 marocaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces derniers s\u2019appuient \u00e9galement sur des soutiens intellectuels notamment des islamistes conservateurs tels que le dirigeant du Parti de Justice et D\u00e9veloppement Abdelilah Benkirane, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019association Al Attawhid Wal Islah (Unicit\u00e9 et R\u00e9forme) Ahmed Raissouni et le dirigeant de l\u2019association Justice et Bienveillance (Al Adl wa Al Ihsane) Mohammed Abbadi. Ils ont une\u00a0grande influence\u00a0sur le pouvoir et la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019historien marocain Abdallah Laroui\u00a0en revanche a r\u00e9cemment indiqu\u00e9 que l\u2019h\u00e9ritage ne peut pas \u00eatre discut\u00e9 d\u2019un point de vue religieux\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat doit aborder cette question d\u2019un point de vue objectif, et sous l\u2019angle des droits humains\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, \u00ab\u00a0tout ce qui concerne les droits des femmes est li\u00e9 \u00e0 la religion\u00a0\u00bb indiquait Khadija Ryadi (ancienne pr\u00e9sidente de l\u2019Association marocaine des droits de l\u2019homme),\u00a0dans une d\u00e9claration\u00a0au\u00a0Washington Post\u00a0le 5\u00a0novembre 2017.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Une violence \u00e9conomique<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme le soulignent de nombreuses organisations telles que l\u2019Association d\u00e9mocratique des femmes du Maroc, la question de l\u2019h\u00e9ritage est fondamentalement \u00e9conomique et contribue \u00e0 maintenir les femmes dans une situation de d\u00e9pendance et de fragilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les hommes sont \u00e9conomiquement privil\u00e9gi\u00e9s et ont acc\u00e8s aux propri\u00e9t\u00e9s, terrains, industries et commerces tandis que, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9, les femmes subissent ces lois comme des violences \u00e9conomiques et psychologiques. Ces derni\u00e8res viennent s\u2019ajouter \u00e0\u00a0d\u2019autres formes de violences, particuli\u00e8rement en milieu rural, o\u00f9 les femmes sont tr\u00e8s vuln\u00e9rables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon les r\u00e9centes statistiques\u00a0du Haut Commissariat au Plan (HCP), 46\u00a0% des femmes ne sont pas \u00e0 l\u2019\u00e9cole, ne travaillent pas et ne suivent aucune formation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi les couches sociales les plus d\u00e9favoris\u00e9es, certaines sont oblig\u00e9es de quitter leur maison, d\u2019arr\u00eater leurs \u00e9tudes pour travailler, voire se prostituer ou mendier pour aider leur famille. Sans ressources, ni d\u2019endroit o\u00f9 aller si elles sont r\u00e9pudi\u00e9es, de nombreuses femmes pauvres deviennent sans domicile fixe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La soci\u00e9t\u00e9 doit changer de mentalit\u00e9, cesser de consid\u00e9rer une femme comme faisant partie des propri\u00e9t\u00e9s et accepter qu\u2019elle soit propri\u00e9taire, administratrice et d\u00e9cisionnaire \u00e0 part enti\u00e8re. Comment le Maroc pourrait-il atteindre son plein potentiel si la moiti\u00e9 de la population est syst\u00e9matiquement emp\u00each\u00e9e d\u2019y contribuer\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par Pr. Moha Ennaji(1) pour Maghreb Canada Express, page 13, <i>Vol. XVI, N\u00b0 06, Juin 2018<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>(1) Moha Ennaji a r\u00e9cemment publi\u00e9 \u00ab\u00a0Minorities, Women and the State in North Africa\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Muslim Moroccan Migrants in Europe\u00a0\u00bb<\/i>.<\/p>\n<div id=\"text-18\" class=\"sidebar-wrap clearfix widget_text\" style=\"text-align: justify;\">\n<h3>Pour lire\u00a0 l\u2019\u00e9dition du mois de JUIN 2018, cliquer sur l\u2019image:<\/h3>\n<\/div>\n<div class=\"textwidget\">\n<p><a href=\"http:\/\/www.maghreb-canada.ca\/journal\/2018\/MCE179-06-2018.pdf\"> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"style1\" src=\"http:\/\/www.maghreb-canada.ca\/journal\/2018\/n179.jpg\" alt=\"Maghreb Canada Express\" width=\"176\" height=\"239\" \/><\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une centaine d\u2019intellectuels marocains, dont l\u2019\u00e9crivain Leila Slimani ou l\u2019islamologue Rachid Benzine ont sign\u00e9 le 21\u00a0mars une\u00a0p\u00e9tition\u00a0pour mettre fin \u00e0 la discrimination dont sont victimes les Marocaines face aux droits de succession, demandant l\u2019abrogation de la r\u00e8gle successoral du\u00a0ta\u2019sib\u00a0inscrite dans le Code marocain de la famille. 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