{"id":4174,"date":"2019-01-29T14:35:13","date_gmt":"2019-01-29T19:35:13","guid":{"rendered":"http:\/\/maghreb-canada.ca\/?p=4174"},"modified":"2019-01-30T14:40:07","modified_gmt":"2019-01-30T19:40:07","slug":"debat-societe-lappropriation-culturelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maroc-canada.ca\/?p=4174","title":{"rendered":"D\u00e9bat \/ Soci\u00e9t\u00e9 : L\u2019Appropriation Culturelle"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est devenu une tradition incontournable, chaque p\u00e9riode apporte son lot de \u00abnouvelles terminologies\u00bb, le vocabulaire des qu\u00e9b\u00e9cois s\u2019enrichit chaque ann\u00e9e. Apr\u00e8s les termes\u00a0: kirpan, accommodement, ostentatoire, niqab, charte des valeurs, test des valeurs\u2026etc., un nouveau est venu d\u00e9velopper davantage notre th\u00e9saurus, et j\u2019ai nomm\u00e9\u00a0: l\u2019appropriation culturelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je pense qu\u2019il y a quelqu\u2019un, quelque part, qui joue avec le dictionnaire, il l\u2019ouvre, les yeux band\u00e9s, il pointe son doigt sur une page au hasard et l\u00e0\u2026s\u2019il trouve un mot un peu bizarre, il le met sur la place publique, comme la derni\u00e8re trouvaille, l\u2019appropriation culturelle, et ce, afin de d\u00e9chainer les passions et les querelles byzantines, susciter des d\u00e9bats souvent \u00e9motifs et polaris\u00e9s du fait non seulement des grands enjeux soulev\u00e9s \u00a0\u2013 propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, libert\u00e9 d\u2019expression, vivre-ensemble \u2013 mais \u00e9galement de malentendus et de m\u00e9connaissance du ph\u00e9nom\u00e8ne. D\u2019ailleurs, plusieurs d\u00e9finitions peuvent en \u00eatre propos\u00e9es, mais la plupart se rejoignent sur la notion d\u2019une utilisation et transformation d\u2019\u00e9l\u00e9ments (r\u00e9cits, symboles, concepts, savoirs\u2026) d\u2019une culture marginalis\u00e9e par une culture dominante.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">(N\u00e9o) Police des moeurs<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec cette nouvelle tendance de police des m\u0153urs, les r\u00e9seaux sociaux sont un bon moyen d\u2019apprendre un tas de choses sur ce qu\u2019il faut faire et ce qu\u2019il ne faut pas. Et c\u2019est peut-\u00eatre gr\u00e2ce \u00e0 Twitter ou Facebook, au c\u0153ur d\u2019un scandale que vous avez entendu parler d\u2019appropriation culturelle pour la premi\u00e8re fois. Qu\u2019est-ce que c\u2019est, l\u2019appropriation culturelle? Et pourquoi est-ce si mal vu?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, les emprunts, les m\u00e9tissages et les \u00e9changes culturels sont des ph\u00e9nom\u00e8nes universels qui ont marqu\u00e9 l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 et lui ont permis de multiples avanc\u00e9es. Il semble donc important, pour d\u2019autres personnes, de poursuivre ces \u00e9changes entre les cultures, ainsi que de pr\u00e9server leur libert\u00e9 de cr\u00e9ation. Certains craignent en effet un basculement du c\u00f4t\u00e9 de la censure et un repli sur elles-m\u00eames de certaines communaut\u00e9s, censure et repli qui seraient nuisibles \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 et \u00e0 la possibilit\u00e9 de s\u2019inspirer de patrimoines que d\u2019aucuns jugent appartenir \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 dans son ensemble et non \u00e0 des groupes culturels en particulier. N\u00e9es aux \u00c9tats-Unis dans les ann\u00e9es 1980, c\u2019est surtout depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es que les controverses li\u00e9es \u00e0 la question de l\u2019appropriation culturelle ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9clater dans la sph\u00e8re publique qu\u00e9b\u00e9coise. Dans quelle mesure ces d\u00e9bats prennent-ils une saveur particuli\u00e8re au Qu\u00e9bec du fait de sa propre histoire et de ses propres d\u00e9fis identitaires?<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">L\u2019annulation des spectacles SL?V et Kanata.<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au d\u00e9but du mois de juillet 2018, le spectacle SL?V, \u00e9labor\u00e9 autour de chants d\u2019esclaves afro-am\u00e9ricains par Betty Bonifassi et Robert Lepage et pr\u00e9sent\u00e9 dans le cadre du Festival international de jazz de Montr\u00e9al, avait sem\u00e9 la controverse pendant une dizaine de jours avant d&rsquo;\u00eatre finalement annul\u00e9 par l&rsquo;organisation. Quelques jours apr\u00e8s, des manifestations avaient eu lieu face au Th\u00e9\u00e2tre du Nouveau Monde, o\u00f9 le public pouvait aller voir cette \u00ab\u00a0odyss\u00e9e th\u00e9\u00e2trale \u00e0 travers les chants d&rsquo;esclaves \u00bb\u00a0jusqu&rsquo;au 14 juillet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, la troupe de SL?V est majoritairement de couleur blanche alors qu&rsquo;elle joue sur l&rsquo;h\u00e9ritage de la communaut\u00e9 afro-am\u00e9ricaine. Seules deux personnes du casting sont noires. Le chanteur am\u00e9ricain Moses Sumney a annul\u00e9 sa venue au festival le 3 juillet pour montrer son d\u00e9saccord avec le spectacle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">SL?V \u00e9tait au c\u0153ur d&rsquo;une controverse, alors que de nombreuses voix se sont \u00e9lev\u00e9es contre la pr\u00e9sentation du spectacle qui repr\u00e9sente, estiment-elles, une appropriation raciste de la culture noire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la fin du mois de juillet 2018, Le spectacle Kanata, de Robert Lepage et Ariane Mnouchkine, est annul\u00e9. Kanata entendait pr\u00e9senter une relecture de l&rsquo;histoire du Canada \u00e0 travers les rapports entre les Blancs et les Autochtones. L&rsquo;absence de com\u00e9diens issus des communaut\u00e9s autochtones avait cr\u00e9\u00e9 une controverse autour du spectacle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 les demandes d&rsquo;artistes autochtones (notamment avec une lettre ouverte publi\u00e9e dans Le Devoir) et une rencontre entre 35\u00a0personnalit\u00e9s autochtones, Ariane Mnouchkine et Robert Lepage \u00e0 Montr\u00e9al, les deux metteurs en sc\u00e8ne avaient refus\u00e9 tout changement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ghislain Picard, chef de L&rsquo;Assembl\u00e9e des Premi\u00e8res Nations Qu\u00e9bec-Labrador (APNQL), tenait \u00e0 rappeler que les nations elles-m\u00eames sont les seules gardiennes de leurs cultures, de leurs langues et de leurs traditions. L&rsquo;APNQL, \u00e0 partir de ce principe, respecte et soutient la responsabilit\u00e9 des Premi\u00e8res Nations de d\u00e9cider des meilleurs v\u00e9hicules pour faire valoir leurs sp\u00e9cificit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Les th\u00e8mes abord\u00e9s par Kanata sont autant de blessures encore tr\u00e8s vives chez beaucoup de membres des Premi\u00e8res Nations. Ce n&rsquo;est pas uniquement de notre pass\u00e9 dont il est question, mais aussi de notre pr\u00e9sent qui demeure tr\u00e8s souffrant pour beaucoup. La sensibilit\u00e9 est \u00e0 fleur de peau. Tous, et en particulier les femmes et hommes de th\u00e9\u00e2tre impliqu\u00e9s, doivent le r\u00e9aliser et surtout en tenir compte face aux r\u00e9actions soulev\u00e9es\u00a0\u00bb, ajoute Ghislain Picard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Philip S. S.\u00a0Howard, professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 McGill\u00a0: \u00ab\u00a0Si l\u2019intention est d\u2019honorer l\u2019histoire de l\u2019autre, de rendre hommage (pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 propos de SL?V), et que l\u2019autre te dit \u201cNon, \u00e7a n\u2019honore pas mon histoire\u201d, c\u2019est le signal, il me\u00a0semble, qu\u2019il faut \u00e9couter. Pas s\u2019ancrer dans sa position.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Qu\u2019est-ce que l\u2019appropriation culturelle ?<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">On parle d\u2019appropriation culturelle lorsqu\u2019une culture dite dominante emprunte les aspects de la culture d\u2019un autre groupe dit domin\u00e9 en les sortant de leur contexte pour son propre int\u00e9r\u00eat. C\u2019est la d\u00e9finition la plus basique, la plus simple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais pour aller plus loin et pour surtout, ne pas confondre avec l\u2019\u00e9change culturelle, l\u2019appropriation culturelle sous-entend une dynamique de pouvoir. Amandla Stenberg, actrice et activiste disait \u00e0 ce propos: que serait l\u2019Am\u00e9rique si nous aimions les Noirs comme nous aimons la culture noire?<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">D\u2019o\u00f9 vient le concept d\u2019appropriation culturelle ?<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le concept \u00e9merge \u00e0 la fin du XXe\u00a0si\u00e8cle aux \u00c9tats-Unis, dans la foul\u00e9e de la critique postcoloniale. Le Danois Kenneth Coutts-Smith greffe d\u2019abord en 1976 l\u2019id\u00e9e marxiste d\u2019appropriation de classe \u00e0 ce qu\u2019il nomme le colonialisme culturel, selon Oxford Reference, dans son livre Some General Observations on the Concept of Cultural Colonialism.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le terme \u00ab\u00a0appropriation culturelle\u00a0\u00bb fraie ensuite dans les universit\u00e9s am\u00e9ricaines. Il d\u00e9crit la saisie, l\u2019adoption inappropri\u00e9e et l\u2019absence de reconnaissance lors de l\u2019utilisation de coutumes, de pratiques, d\u2019id\u00e9es,\u00a0etc. d\u2019un peuple par des membres d\u2019une autre communaut\u00e9, typiquement plus dominante. Des notions d\u2019exploitation, de colonisation, mais aussi de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle le sous-tendent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019importation de cette sensibilit\u00e9 au Qu\u00e9bec s\u2019est remarqu\u00e9e il y a quelques ann\u00e9es seulement\u00a0; c\u2019est autour du mouvement Idle No More (2013) qu\u2019elle est devenue r\u00e9currente. Elle a \u00e9t\u00e9 beaucoup port\u00e9e ici par le militantisme et les voix autochtones. Un militantisme moins d\u00e9velopp\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 francophone, les communaut\u00e9s autochtones se retrouvant plus souvent autour de la langue anglaise, voire de l\u2019espagnol.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le concept d\u2019appropriation culturelle est maintenant \u00e9tudi\u00e9 dans les universit\u00e9s, souvent par le truchement des cultural studies. Le sociologue Joseph Yvon Th\u00e9riault croit que \u00ab\u00a0la force des universit\u00e9s am\u00e9ricaines dans le monde fait que leurs concepts, \u00e9labor\u00e9s \u00e0 partir de la situation am\u00e9ricaine, tendent \u00e0 vouloir s\u2019imposer dans des contextes qui ne sont pas les leurs. Un contexte permet de comprendre ce qui se passe en un lieu particulier\u00a0; et quelque chose se perd lorsqu\u2019on le transporte, car on ne transporte pas les rapports sociaux\u00a0\u00bb, croit le professeur \u00e0 l\u2019UQAM.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Les raisons pour lesquelles l\u2019appropriation culturelle est mal vue.<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand \u2018\u2019l\u2019appropriateur\u2019\u2019 emprunte la culture, il ne le fait dans les r\u00e8gles de l\u2019art. Il emprunte surtout les st\u00e9r\u00e9otypes qui vont avec. Pour mieux vous faire comprendre, prenons pour exemple le spectacle de Katy Perry. Elle voulait rendre hommage \u00e0 la culture japonaise pour sa performance de \u00ab\u00a0Unconditionnally\u00a0\u00bb. Mais tout ce qu\u2019elle a fait, c\u2019est accentuer le st\u00e9r\u00e9otype sur les asiatiques en\u00a0chantant l\u2019amour \u00e9ternel mais en jouant l\u2019image d\u2019un objet sexuel passif et soumis d\u2019une femme asiatique. Alors que les asiatiques souffrent de harc\u00e8lement sexuel, de rencontres qui tournent au vinaigre \u00e0 cause de cette image de femme passive et soumise qu\u2019on leur donne.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">L\u2019appropriation culturelle banalise la violence historique.<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019appropriation culturelle adopte la culture d\u2019un peuple qui continue \u00e0 \u00eatre stigmatis\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019appropriation culturelle permet\u00a0\u00e0 certaines personnes d\u2019\u00eatre r\u00e9compens\u00e9es pour des choses dont les cr\u00e9ateurs n\u2019ont jamais eu de cr\u00e9dit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019appropriation culturelle, c\u2019est du profit au d\u00e9triment du peuple dont on s\u2019approprie les \u00e9l\u00e9ments.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Peut-on faire de l\u2019appropriation culturelle sans s\u2019en rendre compte ?<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Mme Roots, \u00e9crivaine et activiste afro-f\u00e9ministe, cela arrive. Il y a plusieurs degr\u00e9s de l\u2019appropriation culturelle. En France, nous sommes \u00e9lev\u00e9s dans un pays occidental avec un pass\u00e9 colonial, ce qui explique certaines consid\u00e9rations coloniales \u00e0 l\u2019\u00e9gard de certaines cultures ou pays. Ces m\u00eames consid\u00e9rations sous-entendent qu\u2019il existe des sous-cultures : se d\u00e9guiser en \u201cindien\u201d pour imiter les peuples am\u00e9rindiens d\u00e9cim\u00e9s; en \u201cafricain\u201d ou \u201czoulou\u201d pour imiter un st\u00e9r\u00e9otype raciste de tout un continent, en \u201cchinois\u201d, etc.; induit que des traits culturels sont bons \u00e0 \u00eatre caricatur\u00e9s pour le divertissement ou le commerce (mode, graphisme, etc.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019appropriation culturelle est donc d\u00e9shumanisante. Maintenant, la question est : que fait une personne lorsqu\u2019on fait en sorte qu\u2019elle s\u2019en rende compte ? Fait-elle le choix de le perp\u00e9trer en connaissance de cause ou d\u2019y rem\u00e9dier ?<\/p>\n<h2 style=\"text-align: left;\">Quelle est la diff\u00e9rence entre l\u2019appropriation culturelle et l\u2019appr\u00e9ciation culturelle ?<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux d\u00e9pendent du contexte dans lequel elles s\u2019effectuent. Porter un hijab ou mettre un bindi (marque port\u00e9e sur le front par la plupart des hindous.) dans un pays o\u00f9 c\u2019est une norme, c\u2019est respecter la culture du pays en question. On ne mime pas pour soi ou par divertissement, mais bien par respect pour autrui dans le pays d\u2019accueil. L\u2019appr\u00e9ciation culturelle implique et reconna\u00eet les communaut\u00e9s concern\u00e9es l\u00e0 o\u00f9 l\u2019appropriation culturelle les nie et s\u2019effectue dans une logique coloniale (i.e. les communaut\u00e9s caricatur\u00e9es sont le plus souvent les peuples ex-colonis\u00e9s ou discrimin\u00e9s, etc.).<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">L\u2019appropriation culturelle n\u2019est pas un \u00e9change culturel.<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019appropriation culturelle d\u00e9rive de l\u2019imp\u00e9rialisme, du capitalisme, de l\u2019oppression et de l\u2019assimilation. L\u2019imp\u00e9rialisme cr\u00e9e et maintient une relation culturellement, \u00e9conomiquement et parfois territorialement in\u00e9gale bas\u00e9e sur la domination et la subordination. L\u2019imp\u00e9rialisme est possible par la subordination de groupes de personnes et leur d\u00e9possession de tout ce qui a de la valeur, d\u00e9tenu par ces personnes colonis\u00e9es. Dans le cadre de l\u2019appropriation culturelle, la ressource en question est la culture dont les personnes sont d\u00e9poss\u00e9d\u00e9es. Les personnes de couleur. Les objets et traditions des cultures marginalis\u00e9es sont vues par la culture dominante comme exotiques, tendance, d\u00e9sirables et profitables. Dans le processus d\u2019assimilation (exigence de la culture dominante pour int\u00e9grer les marginaux (on n\u2019int\u00e8gre jamais les marginalis\u00e9s en fin de compte, on exige qu\u2019ils les changent)), les communaut\u00e9s marginalis\u00e9es perdent leurs marqueurs culturels et sont fondues dans la culture dominante. Ce processus est exacerb\u00e9 quand ces marqueurs sont appropri\u00e9s par la culture dominante, encore plus violemment quand cela est fait d\u2019une mani\u00e8re \u00e0 tourner ces marqueurs en ridicules. Il est na\u00eff de croire en un \u00e9change mutuel dans de telles relations de pouvoir. Quand la culture dominante acc\u00e8de aux marqueurs culturels de la culture marginalis\u00e9e, il n\u2019y a plus de marqueurs de culture \u00ab marginale \u00bb, cette culture est gob\u00e9e par la culture dominante. Cette m\u00eame culture dominante \u00e0 laquelle on pousse les personnes issues de cultures marginalis\u00e9es \u00e0 s\u2019assimiler. La culture marginale\u00a0est vendable, elle a un int\u00e9r\u00eat commercial, elle est un outil marketing, elle est capitalis\u00e9e, et pas au profit des personnes qui en sont issues. \u00a0O\u00f9 est l\u2019\u00e9change ?<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Appropriation ou m\u00e9tissage culturel ?<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le probl\u00e8me majeur r\u00e9side dans la fragilit\u00e9 de la ligne de d\u00e9marcation entre appropriation positive (appr\u00e9ciation) et appropriation \u00ab n\u00e9gative \u00bb. S\u2019il est n\u00e9cessaire de conjuguer l\u2019emprunt des codes d\u2019une culture avec une connaissance profonde de son patrimoine historique, on peut aussi imaginer quelles seraient les cons\u00e9quences d\u2019une d\u00e9nonciation syst\u00e9matique de leur emploi par tel ou tel groupe socio-culturel. Le Jazz ou le Hip-Hop serait alors l\u2019apanage des peuples noirs, le Rai des maghr\u00e9bins, et la vari\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise celui des franco-fran\u00e7ais. Un paradigme raciste, qui nous priverait surtout d\u2019un potentiel cr\u00e9atif \u00e9norme. Depuis l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9, la cr\u00e9ation artistique a \u00e9volu\u00e9 au rythme du m\u00e9tissage des inspirations, donnant naissance au Jazz manouche, au Kezomba, ou l\u2019\u00c9lectro-Chaabi. La culture est un flot nourri en permanence d\u2019influences ext\u00e9rieures, lui donner le statut\u00a0\u00ab d\u2019intouchable \u00bb r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 une certaine cat\u00e9gorie de personnes, la tuerait par essence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019autre part, \u00ab criminaliser \u00bb cette rencontre revient \u00e0 renier son potentiel d\u2019hommage et de valorisation. A l\u2019instar de l\u2019artiste londonienne Hannah Habibi qui change l\u2019image des femmes musulmanes dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 travers ses \u0153uvres d\u00e9cal\u00e9es et ludiques. On peut donc s\u2019interroger du bien-fond\u00e9 de l\u2019annulation d\u2019une exposition destin\u00e9e au Kimono au Mus\u00e9e des Beaux-arts de Boston, ou de celle d\u2019un cours de yoga \u00e0 l\u2019universit\u00e9 d\u2019Ottawa.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00f4le de la culture n\u2019est-il pas de lever les barri\u00e8res au lieu de dresser des murs, dans le combat pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits ?<\/p>\n<p><b>R\u00e9f\u00e9rences\u00a0<\/b>:<\/p>\n<p><i>Le blog de missafrica : blogdemissafrica.com; lesglorieuses.fr; griaac.uqam.ca;, lemonde.fr; kulturiste.net; Catherine Lalonde (le Devoir).<\/i><\/p>\n<p><i><strong>Par\u00a0Nasser Bensefia<\/strong> pour Maghreb Canada Express,, <\/i><em>pages 4-5, Vol. XVII, N\u00b01 et 02 , Janvier-F\u00e9vrier\u00a0 2019.<\/em><\/p>\n<h2>Pour lire\u00a0 l\u2019\u00e9dition de Janvier-F\u00e9vrier 2019, cliquer sur l\u2019image:<\/h2>\n<h3>JANVIER-F\u00c9VRIER 2019<\/h3>\n<div class=\"textwidget\">\n<p><a href=\"http:\/\/www.maghreb-canada.ca\/journal\/2019\/MCE186-02-2019.pdf\"> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"style1\" src=\"http:\/\/www.maghreb-canada.ca\/journal\/2019\/n186.jpg\" alt=\"Maghreb Canada Express\" width=\"176\" height=\"239\" \/><\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est devenu une tradition incontournable, chaque p\u00e9riode apporte son lot de \u00abnouvelles terminologies\u00bb, le vocabulaire des qu\u00e9b\u00e9cois s\u2019enrichit chaque ann\u00e9e. Apr\u00e8s les termes\u00a0: kirpan, accommodement, ostentatoire, niqab, charte des valeurs, test des valeurs\u2026etc., un nouveau est venu d\u00e9velopper davantage notre th\u00e9saurus, et j\u2019ai nomm\u00e9\u00a0: l\u2019appropriation culturelle. Je pense qu\u2019il y a quelqu\u2019un, quelque part, qui [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4099,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,5,7,8,13],"tags":[],"class_list":["post-4174","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-canada","category-immigration","category-monde","category-numero-du-mois","category-tribune-libre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4174","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4174"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4174\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4175,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4174\/revisions\/4175"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4099"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4174"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4174"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4174"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}