{"id":4612,"date":"2020-02-19T18:23:20","date_gmt":"2020-02-19T23:23:20","guid":{"rendered":"http:\/\/maghreb-canada.ca\/?p=4612"},"modified":"2020-02-19T18:23:20","modified_gmt":"2020-02-19T23:23:20","slug":"litterature-philosophie-hommage-a-albert-camus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maroc-canada.ca\/?p=4612","title":{"rendered":"Litt\u00e9rature \/ Philosophie : Hommage \u00e0 Albert Camus"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/camus.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft  wp-image-4613\" src=\"http:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/camus.jpg\" alt=\"camus\" width=\"163\" height=\"205\" srcset=\"https:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/camus.jpg 381w, https:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/camus-239x300.jpg 239w\" sizes=\"auto, (max-width: 163px) 100vw, 163px\" \/><\/a>Camus nous a quitt\u00e9 il y a soixante ans; Quoi de\u00a0 plus naturel que de lui rendre hommage, pour son grand talent d\u2019\u00e9crivain, mais aussi pour son engagement pour la libert\u00e9 dans tous les domaines. \u00ab <i>Si je ne puis arriver \u00e0 dire tr\u00e8s simplement des choses que je sais, que nous savons, \u00eatre \u00e9videntes et vraies, le reste est inutile <\/i>\u00bb, \u00e9crivait-il \u00e0 son ami Nicola Chiaromonte en novembre 1958.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour l&rsquo;\u00e9crivain, n\u00e9 en 1913 et appartenant \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration confront\u00e9e aux guerres, \u00e0 l&rsquo;oppression concentrationnaire et aux totalitarismes, le service de la v\u00e9rit\u00e9 et celui de la libert\u00e9 sont, selon ses propres termes, les deux charges qui font la grandeur de son m\u00e9tier d&rsquo;\u00e9crivain.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><b>La fin du R\u00eave alg\u00e9rien<\/b><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Singulier signe du destin, Camus s\u2019en va quelques jours avant que l\u2019Alg\u00e9rie n\u2019entre avec la semaine des barricades du m\u00eame mois de janvier 1960, dans un cycle de terreur qu\u2019il avait\u00a0 annonc\u00e9 et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment tent\u00e9 d\u2019interrompre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les pieds noirs se r\u00e9voltent contre l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, les attentats et les massacres se succ\u00e8dent, OAS contre FLN, musulmans contre europ\u00e9ens. C\u2019est bient\u00f4t la fin de son r\u00eave alg\u00e9rien, na\u00eff, \u00e9galitaire, fraternel, et utopique. Cette Alg\u00e9rie qui explique l\u2019homme qu\u2019il est devenu et o\u00f9 pour lui tout a commenc\u00e9 quarante-six ans plut\u00f4t.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme la terre enti\u00e8re, le roman qui m\u2019a marqu\u00e9 et m\u2019a accompagn\u00e9 toute ma vie est sans aucun doute \u00ab\u00a0L\u2019Etranger\u00a0\u00bb. Alice Kaplan dans son livre \u00ab\u00a0<i>En qu\u00eate de l\u2019Etranger<\/i>\u00a0\u00bb, se demande\u00a0: \u00ab\u00a0Comment un jeune homme, qui n\u2019a pas encore trente ans, a-t-il pu \u00e9crire dans un h\u00f4tel miteux de Montmartre un chef-d\u2019\u0153uvre qui, des d\u00e9cennies apr\u00e8s, continue \u00e0 captiver des millions de lecteurs ? Alice Kaplan raconte cette histoire d\u2019une r\u00e9ussite inattendue d\u2019un auteur d\u00e9s\u0153uvr\u00e9, gravement malade, en temps d\u2019occupation ennemie. \u00ab J\u2019ai bien vu \u00e0 la fa\u00e7on dont je l\u2019\u00e9crivais qu\u2019il \u00e9tait tout trac\u00e9 en moi. \u00bb Le lecteur rep\u00e8re les premiers signes annonciateurs du roman dans les carnets et la correspondance de Camus, traverse les ann\u00e9es de son \u00e9laboration progressive, observe d\u2019abord l\u2019\u00e9crivain au travail, puis les mots sur la page, accompagne l\u2019auteur mois apr\u00e8s mois, comme par-dessus son \u00e9paule, pour entendre l\u2019histoire du roman de son point de vue.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><b>Le pire qui fut \u00e9crit sur les pieds noirs<\/b><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand j\u2019\u00e9tais au lyc\u00e9e, je devais rendre une dissertation sur \u00ab\u00a0<i>L\u2019Etranger\u00a0<\/i>\u00bb de Camus, je me demandais, comment un homme (Meursault dans le roman), peut-il tirer sur quelqu\u2019un juste parce qu\u2019il a re\u00e7u un coup de soleil. Plus tard, j\u2019ai compris que c\u2019\u00e9tait plus profond que \u00e7a. Et pour moi, \u00ab\u00a0L\u2019Etranger\u00a0\u00bb, est le pire livre qu\u2019on ait pu \u00e9crire sur les pieds noirs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Camus voulait changer la vie, et non le monde dont il faisait sa divinit\u00e9. Et comme l\u2019a bien analys\u00e9 le philosophe Rapha\u00ebl Enthoven\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Ce n&rsquo;est pas par l\u00e2chet\u00e9, ni par indiff\u00e9rence que Camus s&rsquo;abstient de communier dans l&rsquo;amour universel et r\u00e9pugne aux ferveurs collectives, mais par une folie d&rsquo;\u00e9quit\u00e9 <\/i>\u00bb.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><b>Un \u00e9crivain\u00a0 du peuple<\/b><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 ceux qui cherchent un sens \u00e0 la vie, Camus r\u00e9pond qu&rsquo;on ne sort pas du ciel qui nous contient. \u00c0 ceux qui se d\u00e9solent de l&rsquo;absurde, Camus raconte que le monde est beau et que cela suffit \u00e0 remplir le c\u0153ur d&rsquo;un homme. \u00c0 ceux qui souhaitent la tyrannie parce que l&rsquo;Homme n&rsquo;est pas \u00e0 la hauteur du bien qu&rsquo;on lui veut, Camus dit qu&rsquo;il faut aimer les hommes avant les id\u00e9es. Aux partisans de la haine, il d\u00e9crit la gratitude. Aux indign\u00e9s et aux sectateurs d&rsquo;un \u00ab autre monde possible \u00bb qui s&rsquo;endorment, sereins, sur l&rsquo;oreiller des contestations incontestables, Camus enseigne que la v\u00e9ritable exigence est le contraire de la radicalit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa solitude n&rsquo;est jamais celle du misanthrope. Son combat n&rsquo;est pas celui du r\u00e9volutionnaire. \u00c0 l&rsquo;inverse de ceux dont le go\u00fbt de l&rsquo;absolu s&rsquo;\u00e9panouit dans l&rsquo;inefficacit\u00e9 pratique, les h\u00e9ros de Camus baissent rarement les bras dans une bataille qu&rsquo;ils savent sinon perdue d&rsquo;avance, du moins toujours \u00e0 recommencer. Car enfin, c&rsquo;est dans la r\u00e9volte elle-m\u00eame que Camus cherche \u00ab<i>l&rsquo;intransigeance ext\u00e9nuante de la mesure<\/i>\u00bb, c&rsquo;est par elle qu&rsquo;il veut emp\u00eacher que le monde ne se d\u00e9fasse, et c&rsquo;est au nom du courage qu&rsquo;il se m\u00e9fie des enrag\u00e9s. Albert Camus soigne le d\u00e9sespoir par le sentiment qu&rsquo;il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire d&rsquo;esp\u00e9rer pour entreprendre ; c&rsquo;est le seul homme normal que je connaisse.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que j\u2019aimais chez Camus, c\u2019est d\u2019abord le fait que ce soit un \u00e9crivain qui vient du peuple, Il n&rsquo;a jamais renonc\u00e9 \u00e0 une exigence litt\u00e9raire mais il refusait l&rsquo;herm\u00e9tisme des id\u00e9es et d&rsquo;un langage qui ne serait pas accessible au peuple. Camus a toujours eu le souci de rester fid\u00e8le \u00e0 ses origines, \u00e0 son milieu tr\u00e8s pauvre et il a travaill\u00e9 \u00e0 partir du langage pour d\u00e9livrer un message au monde: ne jamais se r\u00e9signer \u00e0 l&rsquo;ordre des choses telles qu&rsquo;elles sont mais en m\u00eame temps ne pas sombrer dans l&rsquo;illusion d&rsquo;un id\u00e9alisme vain. Camus part de la r\u00e9alit\u00e9 telle qu&rsquo;elle est, il voulait changer la vie mais non le monde. C&rsquo;est un beau message \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 nous sommes revenus de grandes utopies qui se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es catastrophiques pour le monde et o\u00f9 nous avons besoin d&rsquo;un espoir, d&rsquo;une \u00e9nergie, d&rsquo;une volont\u00e9 de vivre pour transformer, am\u00e9liorer la vie des gens.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><b>Au sujet de <\/b><b><i>La Peste<\/i><\/b><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son roman \u00ab\u00a0La Peste\u00a0\u00bb, Camus d\u00e9nonce toutes les menaces qui peuvent peser sur une soci\u00e9t\u00e9 et de tous les risques de pourrissement de l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9. Et face \u00e0 cela, la solution c&rsquo;est l&rsquo;action, c&rsquo;est agir et \u00eatre ensemble pour agir. C&rsquo;est un message qu&rsquo;on peut appliquer \u00e0 beaucoup de situations et de menaces politiques r\u00e9elles d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Celui qui a le plus de pouvoir a le devoir de faire le plus, et la possibilit\u00e9 de faire le plus, mais, en m\u00eame temps, il faut agir pas \u00e0 pas et il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire d&rsquo;esp\u00e9rer pour entreprendre. M\u00eame dans un monde absurde, on peut agir. Le seul sens d&rsquo;un monde absurde finalement c&rsquo;est l&rsquo;action.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><b>Refuser de mentir\u00a0 et r\u00e9sister \u00e0 l\u2019oppression<\/b><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que j\u2019appr\u00e9ciais aussi chez Camus, c\u2019est son engagement sans faille en tant qu\u2019\u00e9crivain pour d\u00e9fendre la libert\u00e9. Dans son discours du prix Nobel, il revient sur le mythe de l&rsquo;\u00e9crivain solitaire, dans sa tour d&rsquo;ivoire, au-dessus des hommes tel un albatros.\u00a0\u00ab L\u2019art n\u2019est pas un moyen <i>\u00e0 mes yeux une r\u00e9jouissance solitaire. Il est un moyen d\u2019\u00e9mouvoir le plus grand nombre d\u2019hommes en leur offrant une image privil\u00e9gi\u00e9e des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l\u2019artiste \u00e0 ne pas s\u2019isoler; il le soumet \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 la plus humble et la plus universelle.<\/i>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, il insiste sur l&rsquo;engagement de l\u2019\u00e9crivain:\u00a0\u00ab<i>\u00a0Par d\u00e9finition, il ne peut se mettre aujourd\u2019hui au service de ceux qui font l\u2019histoire: il est au service de ceux qui la subissent.\u00a0<\/i>\u00bb Avant de rajouter:\u00a0\u00ab\u00a0<i>Quelles que soient nos infirmit\u00e9s personnelles, la noblesse de notre m\u00e9tier s\u2019enracinera toujours dans deux engagements difficiles \u00e0 maintenir \u2014 le refus de mentir sur ce que l\u2019on sait et la r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019oppression.\u00a0<\/i>\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, il conclut en r\u00e9sumant :\u00a0\u00ab\u00a0<i>Du m\u00eame coup, apr\u00e8s avoir dit la noblesse du m\u00e9tier d\u2019\u00e9crire, j\u2019aurais remis l\u2019\u00e9crivain \u00e0 sa vraie place, n\u2019ayant d\u2019autres titres que ceux qu\u2019il partage avec ses compagnons de lutte, vuln\u00e9rable mais ent\u00eat\u00e9, injuste et passionn\u00e9 de justice, construisant son \u0153uvre sans honte ni orgueil \u00e0 la vue de tous, toujours partag\u00e9 entre la douleur et la beaut\u00e9, et vou\u00e9 enfin \u00e0 tirer de son \u00eatre double les cr\u00e9ations qu\u2019il essaie obstin\u00e9ment d\u2019\u00e9difier dans le mouvement destructeur de l\u2019histoire.<\/i>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Par\u00a0 Mustapha Bouhaddar\u00a0 pour Maghreb Canada Express<\/i>,<i> <\/i><em>page 13, Vol. XVIII, N\u00b001-02 , Janvier-F\u00e9vrier 2020.<\/em><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Pour lire\u00a0 le num\u00e9ro double Janvier-F\u00e9vrier 2020, cliquer sur l\u2019image :<\/h2>\n<div class=\"textwidget\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.maghreb-canada.ca\/journal\/2020\/MCE197-02-2020.pdf\"> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"style1\" src=\"http:\/\/www.maghreb-canada.ca\/journal\/2020\/n197.JPG\" alt=\"Maghreb Canada Express\" width=\"176\" height=\"239\" \/><\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Camus nous a quitt\u00e9 il y a soixante ans; Quoi de\u00a0 plus naturel que de lui rendre hommage, pour son grand talent d\u2019\u00e9crivain, mais aussi pour son engagement pour la libert\u00e9 dans tous les domaines. \u00ab Si je ne puis arriver \u00e0 dire tr\u00e8s simplement des choses que je sais, que nous savons, \u00eatre \u00e9videntes [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4613,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7,8],"tags":[],"class_list":["post-4612","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-monde","category-numero-du-mois"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4612","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4612"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4612\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4614,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4612\/revisions\/4614"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4613"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4612"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4612"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4612"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}