{"id":4683,"date":"2020-04-13T13:00:07","date_gmt":"2020-04-13T17:00:07","guid":{"rendered":"http:\/\/maghreb-canada.ca\/?p=4683"},"modified":"2020-04-13T13:53:20","modified_gmt":"2020-04-13T17:53:20","slug":"nouvelle-litteraire-les-mouchoirs-de-la-deperdition","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maroc-canada.ca\/?p=4683","title":{"rendered":"Nouvelle litt\u00e9raire : Les mouchoirs de la d\u00e9perdition"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/mouchoirs.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4688\" src=\"http:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/mouchoirs.jpg\" alt=\"mouchoirs\" width=\"296\" height=\"592\" srcset=\"https:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/mouchoirs.jpg 296w, https:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/mouchoirs-150x300.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 296px) 100vw, 296px\" \/><\/a>Mon visage vous ai certainement familier. J\u2019ai pignon sur Boulevards Zerktouni et Anfa. (Casablanca,. NDLR) Je suis la jeune fille avec un enfant sur le dos, qui vend des mouchoirs. Il est impossible que vos regards ne viennent pas s\u2019agripper sur mon corps \u00e9lanc\u00e9. Je suis belle et ce n\u2019est pas une boutade narcissique.\u00a0 Je suis tr\u00e8s bien sculpt\u00e9e, mes attributs de f\u00e9minit\u00e9 sont ind\u00e9niablement parfaits, h\u00e9ritage d\u2019une m\u00e8re \u00e0 la beaut\u00e9 l\u00e9gendaire. La nature s\u2019est donn\u00e9e du mal pour me doter d\u2019un corps et d\u2019un charme fatal et ensorceleur, alors que j\u2019\u00e9tais destin\u00e9 \u00e0 m\u2019abimer dans les rues assassines de Casablanca<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai 17 ans, mon nom est Houriya. Je suis n\u00e9e un jour de printemps, dans un bidonville \u00e0 l\u2019or\u00e9e de Casablanca. C\u2019est une colonie de mis\u00e9reux, de marginaux et de fanatiques, que les vicissitudes de la vie ont charri\u00e9es vers ce hameau maudit. Les gens survivent dans la pr\u00e9carit\u00e9 et au renoncement \u00e0 leur humanit\u00e9. Les familles sont entass\u00e9es, empil\u00e9es dans des cabanes lugubres.\u00a0 Les charrettes, les animaux et les parasites, cohabitent avec les \u00eatres humains. Les armoiries de notre bourgade c\u2019\u00e9tait la barbe et le voile. Mes parents \u00e9taient de modestes parias qui se sont retrouv\u00e9s par pur hasard dans ce ghetto. Ils sont originaires des Rhamnas dans la r\u00e9gion du Haouz. Ils ont subi de plein fouet les affres de la s\u00e9cheresse qui a s\u00e9vit pendant des lustres dans ces contr\u00e9es inhospitali\u00e8res. Ils \u00e9taient contraints de s\u2019extirper dans la douleur de leur matrice, et venaient renforcer les rangs des \u00e9paves humaines qui d\u00e9ambulent sans objectifs dans les ruelles tortueuses du bidonville.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon p\u00e8re \u00e9tait colporteur. Il passait sa journ\u00e9e \u00e0 faire \u00e9couler sa marchandise \u00e0 Derb Omar. Il rentrait le soir \u00e9puis\u00e9 et parfois dans une rage incommensurable lorsqu\u2019on lui confisque sa charrette. Ma m\u00e8re s\u2019occupait de moi et de notre petit enclos. Notre logis se r\u00e9duisait a une petite baraque en t\u00f4le, sans \u00e9lectricit\u00e9 ni eau courante. On faisait nos besoins dans un bocal, le soir il est d\u00e9vers\u00e9 dans une d\u00e9charge. La pestilence empestait de mani\u00e8re insoutenable. Notre organisme s\u2019est accommod\u00e9 a vivre en harmonie avec cet environnement sordide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La vie devient intenable. Mon p\u00e8re devenu impotent, a sombr\u00e9 dans une d\u00e9pression profonde. Il a perdu son aur\u00e9ole, il n\u2019est plus le m\u00e2le dominant. Son statut \u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9branl\u00e9 le jour ou ma m\u00e8re \u00e0 quitter le foyer pour aller travailler et renflouer le maigre budget de la famille. Elle \u00e0 trouver un emploi chez Hajja SFIA. C\u00e9l\u00e8bre femme dans notre bidonville. C\u2019est une NEGGAFA, elle arrangeait et organisait les mariages. Ma m\u00e8re s\u2019occupait uniquement du trousseau de la mari\u00e9e. Elle veillait sur la garde robe et les bijoux que la mari\u00e9e allait arborer dans sa nuit de noces. Notre quotidien c\u2019est am\u00e9lior\u00e9. Ma m\u00e8re est devenue le catalyseur de la famille. Apres quelques ann\u00e9es nous avons chang\u00e9s notre taudis par une demeure moins abjecte et plus spacieuse, mais les stigmates de la mis\u00e8re persistaient. Ma m\u00e8re recevait beaucoup de femmes pour diverses raisons, il y a celles qui cherchaient des maris pour leurs filles, d\u2019autres qui voulaient c\u00e9l\u00e9brer un mariage. Elle a acquis une notori\u00e9t\u00e9 resplendissante parmi les familles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019\u00e9tais une ombre. Je passais inaper\u00e7ue entre les baraques pour aller a mon \u00e9cole. J\u2019\u00e9tais toujours habill\u00e9e d\u2019une robe, mais avec un pantalon. C\u2019\u00e9tait l\u2019habit sacr\u00e9 de toutes les filles. Il donnait une assurance pudeur et avortait toute tentative d\u2019attouchement ou de libertinage. Ma m\u00e8re me d\u00e9fendait d\u2019avoir des amies. J\u2019\u00e9tais un simple \u00e9lectron libre. Je jouais souvent en solitaire et\u00a0 j\u2019inventais des personnages\u00a0 pour me tenir compagnie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<b>M\u00c8RE VOLAGE<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Omar, un jeune loubard qui venait d\u2019\u00eatre \u00e9largit de la prison, tenait un commerce de cigarettes au d\u00e9tail, devant l\u2019\u00e9picier du coin, qui accepta sa pr\u00e9sence avec la peur au ventre. Omar, l\u2019air patibulaire, \u00e9tait bien b\u00e2ti et d\u2019une extr\u00eame irascibilit\u00e9. Il \u00e9tait la terreur du bidonville. Chaque fois que je passais devant lui il me gratifiait d\u2019une friandise, je trouvais bizarre son geste, lui qui faisait r\u00e9gner une peur bleue chez les habitants. Un jour il est venu frapper \u00e0 notre porte, quand j\u2019ai ouvert, il \u00e9tait l\u00e0. J\u2019ai paniqu\u00e9 mais il m\u2019a rassur\u00e9 avec un sourire ensorceleur. Il m\u2019a remit un panier imposant. Ma m\u00e8re m\u2019a demand\u00e9 de ne rien dire \u00e0 mon p\u00e8re. Les visites d\u2019Omar sont devenues plus fr\u00e9quentes. Ma m\u00e8re l\u2019invitait parfois \u00e0 entrer et me chargeait de faire des courses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ma m\u00e8re \u00e0 n\u00e9glig\u00e9 mon p\u00e8re, sa chambre est devenue insalubre, l\u2019air d\u00e9l\u00e9t\u00e8re. Sur son corps des escarres purulentes faisaient irruption. Au retour de l\u2019\u00e9cole je rentrais directement pour le nettoyer et le soigner m\u00eame de fa\u00e7on rudimentaire. Une fois je l\u2019ai trouv\u00e9 les yeux inond\u00e9s de larmes, j\u2019avais de la peine pour nous. Ma m\u00e8re sans pudeur recevait Omar chez nous. Les\u00a0 voisins voyaient d\u2019un mauvais \u0153il cette relation, mais ravalaient leur rage de peur de s\u2019attirer les foudres d\u2019Omar.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Omar a c\u00e9d\u00e9 son commerce \u00e0 un autre lascar. Il a achet\u00e9 une camionnette, et chang\u00e9 sa garde robe d\u00e9fraichie. A la maison, ma m\u00e8re est devenue d\u2019une humeur acari\u00e2tre, elle se perdait dans des r\u00e9flexions, se nourrissait sans app\u00e9tit. Cette attitude alarmante \u00e9tait prodrome d\u2019un d\u00e9sastre. Un jour notre Moqadem est venu nous remettre une convocation de la police. Ma m\u00e8re a paniqu\u00e9, elle m\u2019a prise dans ses bras. Je sentais ses larmes s\u2019\u00e9couler sur mes cheveux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le matin ma m\u00e8re s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9e au commissariat. Accus\u00e9e du vol des bijoux de SFIA la NAGGAFF, elle est \u00e9crou\u00e9e apr\u00e8s un interrogatoire muscl\u00e9. Quand j\u2019ai appris la nouvelle, le monde s\u2019est \u00e9coul\u00e9 autour de moi, une vague d\u2019amertume m\u2019emportait vers les abimes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<b>L\u2019ERRANCE<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0J\u2019avais 15 ans lorsque je me suis retrouv\u00e9e seule. Un p\u00e8re impotent, une m\u00e8re en prison, une soci\u00e9t\u00e9 cruelle, tous les ingr\u00e9dients \u00e9taient r\u00e9unis pour faire de moi la loque que je suis. Nous avons pu tenir pendant un mois mon p\u00e8re et moi dans une mis\u00e8re noire. Les voisins, aussi indigents que nous, subvenaient bien que mal \u00e0 nos besoins alimentaires, avec une grande r\u00e9serve.\u00a0 Nous sommes les p\u00e9trifi\u00e9s du bidonville. Un mur d\u2019exclusion est \u00e9difi\u00e9 entre nous et eux sans pourtant se d\u00e9partir de leur solidarit\u00e9 g\u00e9n\u00e9reuse. Le propri\u00e9taire est venu un jour accompagn\u00e9 des gens de l\u2019Assistance Sociale pour embarquer mon p\u00e8re vers le centre de bienfaisance de Tit Mellil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Allong\u00e9 sur une civi\u00e8re rouill\u00e9e, mon p\u00e8re ou ce qu\u2019il on restait, ne r\u00e9alisait pas que notre univers a implos\u00e9 et que l\u2019\u00e9nergie de gravitation \u00e0 lib\u00e9rer les d\u00e9mons dans le cosmos de l\u2019incertitude et de l\u2019errance. Le soir venu, ma peur croissait graduellement, mes membres sont glac\u00e9s et j\u2019\u00e9tais paralys\u00e9e.\u00a0 Mes facult\u00e9s sensorielles \u00e9taient d\u00e9cupl\u00e9es. Je pouvais clairement distingu\u00e9e les ronflements des voisins ainsi que la bataille que se livraient les chats et les souris dans les caniveaux. Je serrais fortement mes genoux contre ma poitrine. Je sentais ma s\u00e8ve s\u2019\u00e9couler sur le sol, je me vidais de mon essence, j\u2019\u00e9tais r\u00e9duite \u00e0 une simple coquille vide.\u00a0 Mes paupi\u00e8res refusaient de s\u2019agglutiner. Le petit matin pointait a l\u2019horizon. J\u2019entendais la voix stridente du muezzin appelant les fideles \u00e0 la pri\u00e8re d\u2019el Fajr.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon angoisse se dissipait, mon corps refusait encore de m\u2019ob\u00e9ir, c\u2019est avec une \u00e9nergie sans \u00e9gale que j ai pu \u00e9chapper au sol.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le propri\u00e9taire accompagn\u00e9 d\u2019un serrurier est venu pour changer la serrure. Je lui ai demand\u00e9 les larmes dans les yeux, de m\u2019h\u00e9berger un certain temps. Il m\u2019a transperc\u00e9 d\u2019 un regard belliqueux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Tu quittes ma maison imm\u00e9diatement sinon je te tire par les cheveux\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Je n\u2019ai nulle part ou aller, je t\u2019en conjure de me garder le temps trouver un refuge,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Hors de question que tu restes, d\u2019ailleurs le nouveau locataire viendra s\u2019installer cette semaine,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Devant l\u2019intransigeance de ce monstre cupide, j\u2019ai vite empaquet\u00e9e mes d\u00e9risoires affaires, la rage dans l\u2019\u00e2me. J\u2019ai quitt\u00e9 cette demeure sans regrets. Je me suis dirig\u00e9e vers le bain maure pour demander l\u2019hospitalit\u00e9 \u00e0 Mi Rkiya. C\u2019\u00e9tait la seule option qui s\u2019offrait \u00e0 moi.\u00a0 Mi Rkiya, \u00e9tait une femme imposante, avec un corps surdimensionn\u00e9. Elle \u00e9tait despotique, et faisait r\u00e9gner un ordre ind\u00e9fectible dans le bain. Lorsque je venais avec ma m\u00e8re, elle nous r\u00e9servait un accueil particulier, c\u2019\u00e9tait \u00e0 cause de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 ma m\u00e8re. Elle habitait une minuscule chambre \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du bain. Elle s\u2019engouffrait avec peine \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Je me suis pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 elle. Elle connaissait mon calvaire\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Qu\u2019est ce qui t\u2019am\u00e8ne Houriya\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Mi Rkiya, tu connais mon histoire. Je n\u2019ai nulle part ou aller, si tu peux m\u2019h\u00e9berger le temps de trouver une solution\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Ma fille je suis d\u00e9sol\u00e9e, je t\u2019aime bien mais tu sais que je vis dans l\u2019exig\u00fcit\u00e9 et la pr\u00e9carit\u00e9, je n\u2019ai pas de quoi te nourrir,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Mi Rkiya, prends moi, que Dieu te vienne en aide, si tu me chasses je serais d\u00e9vor\u00e9e par les loups. Je ferais tout ce que tu me demanderas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Assise sur son imposant post\u00e9rieur, elle sombra dans une profonde r\u00e9flexion, j\u2019\u00e9tais l\u00e0 toute petite, la t\u00eate bien coinc\u00e9e entre mes \u00e9paules, mes yeux riv\u00e9s sur ses l\u00e8vres charnues, j\u2019attendais le verdict.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Ma fille tu restes avec moi le temps de trouver une solution. Tu vas t\u2019occuper de la chambre et tu pr\u00e9pares les repas. Ici on se r\u00e9veille \u00e0 5 H du matin, pour mettre au point le bain avant l\u2019arriv\u00e9e des clientes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; MI RIKIYA, je t\u2019ob\u00e9irai au doigt et \u00e0 l\u2019\u0153il.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La journ\u00e9e \u00e9tait \u00e9puisante. Le soir apr\u00e8s le d\u00e9part de la derni\u00e8re cliente, arm\u00e9es\u00a0 de nos serpilli\u00e8res nous nettoyons le bain. C\u2019\u00e9tait \u00e9c\u0153urant. Un amas de cheveux, de poils de pubis et des aisselles trainaient partout, des lames de rasoirs coll\u00e9es aux murs pr\u00e9sentaient un r\u00e9el danger, apr\u00e8s j\u2019ai pris une douche, mes muscles se sont rel\u00e2ch\u00e9s. Mi Rkiya, est entr\u00e9e pour faire son tour d\u2019inspection. J\u2019\u00e9tais nue, elle a pos\u00e9e son regard impudique sur mon corps, j\u2019ai vite enfil\u00e9e ma robe. Arborant un sourire de satisfaction, elle ferma la porte, et regagna la petite chambre. Je la suivais comme un somnambule.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai vite aval\u00e9e mon diner, une simple miche de pain et l\u2019huile d\u2019olive avec un verre de th\u00e9. Mi Rkiya, me lib\u00e9ra un petit espace pour dormir. J\u2019\u00e9tais coinc\u00e9e entre le mur et\u00a0 l\u2019insondable panse du mastodonte. J\u2019\u00e9tais anesth\u00e9si\u00e9e par la fatigue, mais les caresses insistantes sur mon corps m\u2019ont r\u00e9veill\u00e9e. Mi Rkiya, avait gliss\u00e9e sa main dans ma culotte, j\u2019ai ressentie une colonie de fourmis qui remontait mon \u00e9chine. J\u2019ai pris un malin plaisir \u00e0 ce jeu pervers sans y participer. Mi Rkiya, satisfaire d\u2019avoir trouv\u00e9e une esclave pour assouvir sa vacuit\u00e9 libidinale. Je suis devenue son objet f\u00e9tiche, elle \u00e0 l\u00e2cher les brides a ses penchants lubriques. Elle commen\u00e7ait \u00e0 m\u2019entourer d\u2019une magnanimit\u00e9 et d\u2019une tendresse sans \u00e9quivoque. Je suis dispens\u00e9e des charges domestiques ingrates, je m\u2019occupais d\u00e9sormais des repas et de la vaisselle. Mi Rkiya, pr\u00eatait une attention \u00e0 ma garde robe, particuli\u00e8rement \u00e0 ma lingerie fine. J\u2019ai compris que mon corps \u00e9tait une valeur monnayable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une lassitude \u00e9motionnelle commen\u00e7ait \u00e0 s\u2019installer dans notre couple pervers. Mi Rkiya, devenait acari\u00e2tre. Elle explosait dans une col\u00e8re meurtri\u00e8re, crachant une diatribe d\u00e9gradante, au moindre faux pas. J\u2019ai sue que la fongibilit\u00e9 de mon corps a atteint ses limites et que la braise qui mettait en \u00e9moi la dame s\u2019est \u00e9teinte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; \u00c9coute ma fille, je suis incapable \u00e0 continuer de te prendre en charge. A pr\u00e9sent tu es une jeune fille, tu peux te d\u00e9brouiller seule. Plusieurs foyers cherchent des bonnes, tu trouveras certainement une famille d\u2019accueil plus prosp\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Mi Rkiya, que Dieu te b\u00e9nisse, garde moi encore avec toi\u00a0!!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Je te donnerai un peu d\u2019argent qui te permettra de tenir le temps de trouver du travail. Demain matin tu PARS.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le ciel s\u2019est effondr\u00e9 sur ma t\u00eate, j\u2019\u00e9tais d\u00e9sempar\u00e9e, l\u2019horizon obstru\u00e9 ne pr\u00e9sageait rien de bon. J\u2019avais tellement envie de croupir en prison avec ma m\u00e8re pour purger la sentence de mis\u00e8re. Que vais-je devenir\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai tir\u00e9 mon lourd fardeau vers l\u2019\u00e9picerie de Massoud, qui r\u00e9gnait en maitre sur le commerce du d\u00e9tail. C\u2019\u00e9tait un type peu recommandable. Il \u00e9tait \u00e0 la fois l\u2019indicateur des flics et l\u2019usurier du bidonville. Sa boutique servait aussi \u00e0 son h\u00e9bergement. Je me suis affaiss\u00e9e \u00e0 cot\u00e9 de sa boutique, mon visage \u00e9tait d\u00e9compos\u00e9 par l\u2019intensit\u00e9 du chagrin qui rongeait mon c\u0153ur. Massoud, m\u2019invita \u00e0 rentrer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Le d\u00e9sarroi avait d\u00e9sormais un visage, c\u2019\u00e9tait le mien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Que t\u2019arrive t-il Houriya\u00a0? me questionna Massoud,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Mi Rkiya m\u2019as chass\u00e9e de chez elle, et je n\u2019ai nulle part ou aller,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Oh la maquerelle elle a os\u00e9e\u00a0? C\u2019est injuste de mettre une jeune fille \u00e0 la rue, mais si tu es docile et espi\u00e8gle tu gagneras une place au soleil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je fondis en chaudes larmes, mes sanglots \u00e9touffaient le r\u00e2le qui se faufilait dans ma gorge, Massoud, tira de sa poche un morceau d\u2019\u00e9toffe qu\u2019il utilisait pour ses besognes peu scrupuleuses en mati\u00e8re de propret\u00e9. Il s\u00e9cha mes larmes abondantes et introduit des doigts dans mes cheveux et tira ma t\u00eate sur son torse qui sentait l\u2019odeur des boites de sardines, la pestilence de son hal\u00e8ne me donnait la naus\u00e9e. D\u00e9sarm\u00e9e par mon chagrin, mon libre arbitre est d\u00e9sactiv\u00e9, l\u2019\u00e9picier plonge\u00e2t sa main dans mes soutiens gorges et prenait sauvagement mes seins, un cri de douleur l\u2019oblige\u00e2t \u00e0 retirer sa sale main.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis retourn\u00e9e \u00e0 ma place devant l\u2019\u00e9picerie quand Piko se pointa devant le comptoir et demanda un tube de colle. Massoud, empocha l\u2019argent et lui remettait discr\u00e8tement le tube.\u00a0 Piko, \u00e9tait un jeune enfant de la rue. Il avait presque une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, mais paraissait plus jeune dans son corps ch\u00e9tif et crasseux. Sa coupe de cheveux l\u00e9gendaire \u00e9tait sa v\u00e9ritable identit\u00e9. Il laissait deux nattes tress\u00e9es tomb\u00e9es devant ses yeux \u00e0 l\u2019instar des mangas japonais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Piko, je peux te parler\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Tu es qui toi\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Je suis Houriya, fille de Si-Rbouti,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Ah c\u2019est toi la fille de celle qui a pris l\u2019or de SFIA,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai rougie de honte, mais les stigmates de l\u2019opprobre sont d\u00e9sormais tatou\u00e9s sur mon front. Je suis la fille de la voleuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Que puis- je pour toi\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Mi Rkiya, m\u2019a chass\u00e9e de chez elle, et je n\u2019ai pas ou aller, est ce que tu peux m\u2019aider\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Tu sais au moins ou tu mets les pieds\u00a0? La rue c\u2019est l\u2019enfer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Mais tu as de l\u2019exp\u00e9rience, tu peux \u00eatre mon guide et mon protecteur,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; La rue c\u2019est la jungle, il faut d\u2019abords se r\u00e9approprier les instincts de pr\u00e9dation, sinon l\u2019esp\u00e9rance de vie est insignifiante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Mais toi tu as fais tes preuves, ton nom inspire le respect et la crainte, donc si tu me parraines j\u2019ai rien \u00e0 craindre,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; C\u2019est d\u2019accord mais tu dois comprendre que tu t\u2019embarques dans une voie sans issue. Tu vas perdre ton humanit\u00e9, tu seras simple limicole qui vit dans la crasse et se nourrit de d\u00e9tritus et d\u2019immondices. Si tu tiens \u00e0 faire partie de ma bande, tu vas prendre l\u2019aspect d\u2019un gar\u00e7on. Tu te couperas les cheveux, et tu vas cacher ta poitrine et mettre des habits amples. Personne ne doit savoir que tu es une fille sauf moi, d\u00e9sormais ton pr\u00e9nom c\u2019est Fatmi. Je passerai te prendre au coucher du soleil. Allez vas te changer<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant le coucher du soleil j\u2019\u00e9tais devant l\u2019\u00e9picerie de Massoud, m\u00e9connaissable. Je portais des haillons, sur ma t\u00eate ras\u00e9e, un bonnet confectionn\u00e9 \u00e0 partir de la jambe d\u2019un vieux pantalon. Mon travestissement \u00e9tait r\u00e9ussi, m\u00eame Mi Rkiya, venue faire une course ne m\u2019a pas reconnue. Enfin Piko venait titubant dans ma direction. Il m\u2019inspecta avec ses yeux inject\u00e9s de sang, son sourire approbateur signifi\u00e2t sa satisfaction. Il m\u2019invita \u00e0 le suivre. C\u2019\u00e9tait mes premiers pas vers la descente aux enfers. Je suivais mon protecteur en me tenant derri\u00e8re lui. La nuit chassa le jour, les r\u00e9verb\u00e8res sont allum\u00e9s. Nous remontions le Boulevard d\u2019Anfa. Les passants nous \u00e9vitaient. Nous sommes la hantise des gens, les femmes changeaient de trottoir \u00e0 notre approche. Je me suis sentie imbue d\u2019une force et d\u2019une intr\u00e9pidit\u00e9 in\u00e9gal\u00e9es. Piko, plongeait sa t\u00eate dans les bacs \u00e0 ordures \u00e0 la recherche d\u2019un hypoth\u00e9tique repas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la razzia des chats. Nous nous sommes arr\u00eat\u00e9s devant une belle demeure. C\u2019\u00e9tait une villa abandonn\u00e9e, sur le Boulevard d\u2019Anfa. Un chef d\u2019\u0153uvre architectural laiss\u00e9 \u00e0 l\u2019usure du temps. Piko, se retourna vers moi et disait\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Voila notre demeure, tu seras log\u00e9e comme une princesse. Le reste de la bande se trouve \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, personne ne doit savoir que tu es une fille, c\u2019est clair Fatmi,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Je me ferai discr\u00e8te ne t\u2019en fais pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous empruntions une petite ouverture dans le mur d\u2019enceinte, et nous traversions le jardin sauvage. A l\u2019int\u00e9rieur une odeur f\u00e9tide me prenait \u00e0 la gorge. Des lumi\u00e8res fades s\u2019\u00e9chappaient des chambres sans portes. Chaque chambre \u00e9tait occup\u00e9e par un nombre variable de gar\u00e7ons, recroquevill\u00e9s sur des couches \u00e0 base de cartons et de jutes. Le sol \u00e9tait encombr\u00e9 par le pl\u00e2tre effondr\u00e9 du plafond, des boites de conserves rouill\u00e9es, des bouteilles en plastique jonchent le parterre. C\u2019\u00e9tait une vraie porcherie. Piko, m\u2019indiqua la chambre qui allait \u00eatre ma demeure. A l\u2019int\u00e9rieur deux gamins de presque 9 et 14 ans sont allong\u00e9s sur une couche crasseuse l\u2019air absent, dans un r\u00e9el d\u00e9tachement de la r\u00e9alit\u00e9. Ils respiraient \u00e0 peine. Piko me tira par la main avec brutalit\u00e9 et m\u2019allongea sur sa couche crasseuse. Il commen\u00e7a \u00e0 d\u00e9boutonner mon pantalon, j\u2019ai repouss\u00e9e ses mains. Son regard torve et intimidant, \u00e0 inhib\u00e9 mes d\u00e9fenses. Il m\u2019a mis sur le ventre, saisie d\u2019une vive douleur,\u00a0 j\u2019ai sentie ma chair se d\u00e9chirer. Je pleurais sans larmes, sans voix, la derni\u00e8re fibre d\u2019humanit\u00e9 s\u2019est bris\u00e9e en moi. Une fois assouvit, la b\u00eate se vautra sur le dos le visage inexpressif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; On fera toujours pareil pour \u00e9viter d\u2019avoir des gosses \u00e0 charge<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il prenait son chiffon imbib\u00e9 de colle et sniffait, son corps est devenu l\u00e9thargique. Piko voyage dans un monde qu\u2019il a confectionn\u00e9 de douleur et souffrance. J\u2019arrivais mal \u00e0 fermer les yeux dans ce taudis. Les rats circulaient librement, ils venaient s\u2019approvisionner des restes. Les deux races vivaient en bonne intelligence et parfaite harmonie. Ils ont \u00e9limin\u00e9s les fronti\u00e8res de l\u2019incompr\u00e9hension et des pr\u00e9jug\u00e9s. J\u2019\u00e9tais gel\u00e9e sous la couverture en lambeaux que je disputais avec Piko. Un vent glacial me flagellait le visage et la faim me tenaillait l\u2019estomac.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dehors, la stridulation du grillon insouciant,\u00a0 mettait mes nerfs \u00e0 vif.\u00a0 La circulation devenait plus intense avec le lever du jour. Le vacarme s\u2019intensifiait, les gosses de la bande commen\u00e7aient \u00e0 faire bouger leurs membres ankylos\u00e9s. La vie reprenait. Piko, les yeux lourds, la bave s\u00e8che sur sa joue sculpt\u00e9e par des balafres, me d\u00e9goutaient au point que j allais vomir. Son hal\u00e8ne n\u2019avait rien d\u2019humain, ses dents abim\u00e9s par la carie, il \u00e9tait le portrait fid\u00e8le d\u2019un d\u00e9mon \u00e9chapp\u00e9 de l\u2019enfer. C\u2019\u00e9tait tout simplement une buse d\u2019\u00e9gout envelopp\u00e9e par de la chair. Nous sortions en file indienne, par le m\u00eame trou. Notre destination \u00e9tait le march\u00e9 Badr. Notre meute forte de 11 gar\u00e7ons, de 9 \u00e0 26 ans faisait r\u00e9gner la terreur\u00a0 au march\u00e9 situ\u00e9 au quartier de Bourgogne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous prenions nos positions avant l\u2019ouverture des commerces. Piko, en grand strat\u00e8ge assignait \u00e0 chacun sa mission. Il fallait intimider les clients pour amener les marchands \u00e0 nous payer une dime. Je me tenais \u00e0 l\u2019\u00e9cart, la horde ne m\u2019a pas adopt\u00e9, j\u2019\u00e9tais encore l\u2019\u00e9tranger. Je devais faire mes preuves pour gravir les \u00e9chelons de respectabilit\u00e9. La cons\u00e9cration consiste \u00e0 spolier \u00e0 la bande adverse d\u2019un territoire. Les rixes \u00e9taient notre quotidien. Les gar\u00e7ons, les sens aux aguets, avaient sous la main soit un coutelas ou un tesson pour r\u00e9pondre \u00e0 tout imp\u00e9ratif et sans d\u00e9lai. Votre ville et notre savane, vous vivez, nous survivons. Mais nous cohabitons dans l\u2019indiff\u00e9rence et l\u2019ignorance de l\u2019autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai v\u00e9cue dans la peur, la faim et l\u2019incertitude pendant six mois. Ma peau a d\u00e9velopp\u00e9e une croute \u00e9paisse et dure. La pugnacit\u00e9 des punaises, s\u2019est inclin\u00e9e devant l\u2019inviolabilit\u00e9 de ma peau. Ma poitrine est devenue plate \u00e0 cause du bandage. Les techniques de survie n\u2019ont plus de secrets pour moi. Mon vocabulaire outrageant et sulfureux est devenu riche. J\u2019ai re\u00e7ue au cours des batailles plusieurs coups sur la t\u00eate. Je me prot\u00e9geais le visage des lames de rasoir, que je recevais g\u00e9n\u00e9ralement sur l\u2019avant bras. L\u2019hiver \u00e9tait notre vrai ennemi. Nos corps sont livr\u00e9s \u00e0 une torture r\u00e9currente. Nous dormions accol\u00e9s sur une couche pour r\u00e9chauffer nos corps, on \u00e9vitait de mettre du feu pour \u00e9viter l\u2019ignition de nos corps satur\u00e9s de colle inflammable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un jour, comme les autres, nous avons pris nos postes de surveillance autour du march\u00e9. Un gar\u00e7on, lan\u00e7a un sifflet d\u2019alerte. La horde s\u2019est r\u00e9unie autour de Piko.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Pr\u00e9parez-vous \u00e0 affronter la bande de Ould Jarmouniya, il vient avec ses acolytes nous prendre notre territoire. Je vais m\u2019occuper de lui et vous, montrez leur qui nous sommes. Allez chacun \u00e0 son poste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ould Jarmouniya, accompagn\u00e9 d\u2019un balaise enti\u00e8rement balafr\u00e9, suivi d\u2019une quinzaine de jeunes loubards, prenait d\u2019assaut nos positions. Nous \u00e9tions en sous effectif.\u00a0 La t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 de Piko c\u00e9dait devant le rapport de force en notre d\u00e9faveur. Nos lignes ont vite \u00e9t\u00e9 investies par les assaillants. Piko, maitris\u00e9 par Ould Jarmouniya, s\u2019\u00e9coulait sous l\u2019avalanche des coups. Son corps ensanglant\u00e9 gisait inanim\u00e9 sur le trottoir. Une ambulance l\u2019a embarqu\u00e9 vers les urgences de l\u2019h\u00f4pital SOUFFI. Nos amis se sont dispers\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le soir nous nous sommes retrouv\u00e9s dans notre gite. Deux bless\u00e9s par coups de couteaux se tordaient de douleur, leurs plaies \u00e9taient couvertes\u00a0 d\u2019un pansement qui avait certainement servi plusieurs fois. Au milieu de la nuit, Ould Jarmouniya, faisait irruption avec ses acolytes dans notre logis. Ils nous d\u00e9logeaient \u00e0 coups de pied, m\u00eame les bless\u00e9s n\u2019\u00e9taient pas \u00e9pargn\u00e9s. Accul\u00e9e au fond de la pi\u00e8ce j\u2019\u00e9tais prise en tenaille par les cerb\u00e8res, arm\u00e9s de barres de fer, ils s\u2019appr\u00eataient \u00e0 me fracasser la t\u00eate, voyant la mort en face j\u2019ai cri\u00e9 de toutes mes forces\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Bande de l\u00e2ches, vous vous attaquez aux filles\u00a0!!!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Devant ma r\u00e9action impr\u00e9visible, Ould Jarmouniya, m\u2019empoigna par les cheveux et glissa brutalement sa main dans mon pantalon. Un sourire r\u00e9v\u00e9rencieux se dessinait sur sa figure infest\u00e9e de pustules. Il \u00e9tait fier de son troph\u00e9e de guerre. Il me poussait violemment sur une couche.et me d\u00e9shabilla avec\u00a0 une violence inou\u00efe. Il se jetait sur moi sous les ricanements de ses sbires. Il m\u2019\u00e9crasait avec son corps pouilleux et hideux. L\u2019odeur de l\u2019alcool a brul\u00e9 empestait de sa gueule, je suffoquais, mais le porc \u00e9tait insensible \u00e0 mes supplications, il me prenait avec rage et bestialit\u00e9. Je sentais mon corps se dissoudre dans la douleur. Les autres en rut formaient un cercle au tour de l\u2019autel du sacrifice. J\u2019\u00e9tais t\u00e9tanis\u00e9e de peur, mon corps subissait les assauts de ses animaux suivant un ordre hi\u00e9rarchique. Apr\u00e8s la fin de la besogne, ils tir\u00e8rent leurs chiffons imbib\u00e9s de colle et commen\u00e7aient leur ascension dans l\u2019univers des brumes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai int\u00e9gr\u00e9e la bande d\u2019Ould Jarmouniya. J\u2019\u00e9tais son ombre, sans pourtant me r\u00e9server \u00e0 son usage personnel. J\u2019\u00e9tais un bien de la bande.\u00a0 L\u2019intumescence de mon ventre devenait visible. J\u2019\u00e9tais enceinte, le b\u00e9b\u00e9 se d\u00e9veloppait ind\u00e9pendamment de moi. Il occupait mon ventre sans que je sois responsable de lui. Je menai la vie tumultueuse et suicidaire des enfants de la rue. Le b\u00e9b\u00e9 s\u2019ent\u00eatait a venir dans ce monde.\u00a0 Un soir de printemps j\u2019ai sentie une douleur atroce au bas du vente. J\u2019ai alert\u00e9e Ould Jarmouniya. Il \u00e0 piqu\u00e9 une crise de nerfs. Il m\u2019a demand\u00e9 de d\u00e9guerpir en me mena\u00e7ant avec son couteau. J\u2019ai demand\u00e9 l\u2019aide d\u2019un jeune de la bande. Il m\u2019a \u00e9paul\u00e9 et soutenu jusqu&rsquo;\u00e0 l\u2019h\u00f4pital SOUFFI. Le type de la s\u00e9curit\u00e9, rebut\u00e9 par notre pr\u00e9sence nous demandait\/<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Vous voulez quoi\u00a0?\u00a0 d\u2019un air acerbe,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Elle va accoucher bient\u00f4t, s\u2019il vous plait aider nous,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Allez vous assoir l\u00e0-bas, je vais appeler l\u2019infirmi\u00e8re,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me tordais de douleur. Les gens qui attendaient sur les bancs, nous regardaient avec un air d\u2019amertume et de d\u00e9go\u00fbt. Une femme parlait d\u2019une voix audible avec sa voisine\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Il faut que l\u2019\u00c9tat proc\u00e8de \u00e0 la st\u00e9rilisation de ces b\u00eates.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Mon dieu que va devenir ce pauvre gosse\u00a0? r\u00e9torquait l\u2019autre<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une infirmi\u00e8re imposante venait nonchalamment dans notre direction. Elle mastiquait un chewing-gum avec vulgarit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Suis-moi. me demandait-elle avec un air d\u00e9senchant\u00e9,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une stagiaire d\u2019origine africaine, assurait la garde. Elle me demandait de m\u2019allonger sur la civi\u00e8re. L\u2019infirmi\u00e8re assurait la traduction. Elle m\u2019examinait avec d\u00e9licatesse et respect. Elle \u00e9tait noire de peau mais son c\u0153ur \u00e9tait rose. Elle \u00e0 remplie un billet d\u2019hospitalisation dans le service de maternit\u00e9. On m\u2019avait install\u00e9e apr\u00e8s moult tergiversation du major du service, qui voulait \u00e9pargner \u00e0 son service un rebut de la soci\u00e9t\u00e9. J\u2019\u00e9tais admise dans une chambre sordide et mal \u00e9clair\u00e9e. Les contractions devenaient plus insistantes. On me descendait dans la salle d\u2019accouchement. J\u2019\u00e9tais r\u00e9vuls\u00e9e. C\u2019\u00e9tait un abattoir.\u00a0 La sage femme \u00e9tait\u00a0 violente et impudique, elle me traitait de tous les noms avec un langage exub\u00e9rant. Apres un travail surhumain j\u2019ai accouch\u00e9e d\u2019une fille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la chambre\u00a0j\u2019ai re\u00e7ue la visite d\u2019une jeune et douce dame. Elle \u00e9tait membre d\u2019une association qui s\u2019occupe des m\u00e8res c\u00e9libataires. Elle m\u2019a fait savoir qu\u2019ils ont prit en charge mes besoins et ceux du b\u00e9b\u00e9. Chaque jour, elle m\u2019apportait des friandises, du linges et surtout des couches pour le b\u00e9b\u00e9. Depuis que je suis dans la rue je n\u2019ai jamais v\u00e9cue un confort pareil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jour de ma sortie, la dame est venue avec sa voiture pour me ramener au refuge des m\u00e8res c\u00e9libataires. J\u2019\u00e9tais accueillie par une dame qui gardait des traits de noblesse malgr\u00e9 les affres du temps qui a dessin\u00e9 des sillons sur son front.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Sois la bienvenue chez toi ma fille, on va s\u2019occuper de toi et te faire oublier l\u2019enfer que tu as v\u00e9cu,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ma fille pleurait a tue t\u00eate dans mes bras.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On va commencer par t installer dans ta chambre, ensuite notre infirmi\u00e8re va t\u2019apprendre comment prendre soin du b\u00e9b\u00e9. Seulement je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser qu\u2019ici pas de cigarette, pas d\u2019alcool pas de colle. J\u2019esp\u00e8re que c\u2019est clair.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai fais un signe approbateur de la t\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis devenue une autre personne, mes d\u00e9boires ne sont qu\u2019un lointain cauchemar. Avec le soutien de l\u2019\u00e9quipe, j\u2019ai pris gout \u00e0 la vie. J\u2019\u00e9tais \u00e9panouie. Ma fille AHLAM, est devenue ma raison d\u2019\u00eatre. Un jour, je fl\u00e2nais avec ma fille dans le quartier de mon calvaire, j\u2019ai crois\u00e9e par hasard\u00a0 Ould Jarmouniya. Il m\u2019a pris pas la main et m\u2019a demand\u00e9 de le suivre. J\u2019avais une peur bleue. J\u2019ai obtemp\u00e9r\u00e9e dans l\u2019espoir de l\u00e9nifier son humeur acrimonieuse. Il a pris dans ses mains ma fille. J\u2019avais peur qu\u2019il lui fasse du mal. Son hal\u00e8ne mettait en feu ses fragiles poumons, elle piquait une crise de pleurs qui l\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 la d\u00e9poser dans sa poussette. A l\u2019abri, dans un espace abandonn\u00e9, il me prenait de force. Ma r\u00e9sistance \u00e9tait vaine devant la d\u00e9termination du fauve. Il me mettait son chiffon de colle sous le nez. L\u2019odeur sublime de la colle venait chatouiller mes narines, jamais un parfum ne pourrait \u00e9galer l\u2019onctuosit\u00e9 et la subtilit\u00e9 de cette ode de libert\u00e9 et de rupture avec le r\u00e9el. Le cri de ma fille me parvenait de si loin, mes jambes refusaient de me porter. Au prix d\u2019un effort surhumain, j\u2019ai ramp\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la poussette. Elle avait faim. J\u2019ai plant\u00e9 maladroitement\u00a0 la t\u00e9tine dans sa bouche. Elle s\u2019est calm\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9mons ont encore une fois \u00e9lus domicile en moi. Je suis retourn\u00e9e dans mon troupeau. Nos odeurs nous identifient, nos blessures nous stigmatisent et le n\u00e9ant nous engloutit. Mon monde ne reconnait ni les fronti\u00e8res ni les interdits. J\u2019ai collect\u00e9e un peu d\u2019argent aupr\u00e8s des\u00a0 m\u00e9c\u00e8nes qui fr\u00e9quentaient la Mosqu\u00e9e Badr. Ils avaient plut\u00f4t piti\u00e9 de mon b\u00e9b\u00e9, et je profitais perfidement de leur cr\u00e9dulit\u00e9. J\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 un petit commerce de mouchoirs que j\u2019\u00e9coulais aux croisements des grands boulevards. Les b\u00e9n\u00e9fices \u00e9taient certes modestes mais me permettaient de subvenir aux besoins de ma fille. IL arrive parfois qu\u2019on confisque ma marchandise pour dime non pay\u00e9e au flic. Je me faufilais entre les voitures, ma fille sur le dos, dans un nuage de fum\u00e9e, je harcelais les conducteurs\u00a0 surtout les femmes. Je liquidais mes mouchoirs souvent par solidarit\u00e9 et piti\u00e9 des conducteurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les mouchoirs sont mon voilier. Ils me permettent\u00a0 de naviguer dans l\u2019oc\u00e9an houleux, sans balise, sans espoir, seulement, au loin, le sourire \u00e9tincelant de ma petite AHLAM, m\u2019indique le chemin.<\/p>\n<p><em>Par R. Jalal pour Maghreb Canada Express<\/em>, (\u00c9dition \u00e9lectronique) <em>Vol. XVIII, N\u00b004 , pages 12 \u00e0 14, Avril 2020.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>Eu \u00e9gard \u00e0 la conjoncture sp\u00e9ciale relative \u00e0 la COVID-19, Maghreb Canada Express sursoit temporairement \u00e0 l&rsquo;\u00c9dition Papier du journal.<\/p>\n<p>Par contre nos clients habituels ne sont pas factur\u00e9s pour leur publicit\u00e9 sur cette \u00e9dition \u00e9lectronique<\/p><\/blockquote>\n<div class=\"textwidget\">\n<h2>Pour lire l\u2019\u00c9dition \u00e9lectronique du mois d&rsquo;avril 2020 , cliquer sur l\u2019image :<\/h2>\n<\/div>\n<div class=\"textwidget\">\n<p><a href=\"http:\/\/www.maghreb-canada.ca\/journal\/2020\/MCE199-04-2020.pdf\"> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"style1\" src=\"http:\/\/www.maghreb-canada.ca\/journal\/2020\/n199.JPG\" alt=\"Maghreb Canada Express\" width=\"176\" height=\"239\" \/><\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mon visage vous ai certainement familier. J\u2019ai pignon sur Boulevards Zerktouni et Anfa. (Casablanca,. NDLR) Je suis la jeune fille avec un enfant sur le dos, qui vend des mouchoirs. Il est impossible que vos regards ne viennent pas s\u2019agripper sur mon corps \u00e9lanc\u00e9. Je suis belle et ce n\u2019est pas une boutade narcissique.\u00a0 Je [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4623,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6,8,13],"tags":[],"class_list":["post-4683","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-maghreb","category-numero-du-mois","category-tribune-libre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4683","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4683"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4683\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4697,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4683\/revisions\/4697"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4623"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4683"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4683"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4683"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}