{"id":4933,"date":"2020-10-07T14:13:31","date_gmt":"2020-10-07T18:13:31","guid":{"rendered":"http:\/\/maghreb-canada.ca\/?p=4933"},"modified":"2020-10-07T14:14:09","modified_gmt":"2020-10-07T18:14:09","slug":"4933","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maroc-canada.ca\/?p=4933","title":{"rendered":"Nouvelle litt\u00e9raire : M&rsquo;Barek , le Gommeur"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/hammam.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4929\" src=\"http:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/hammam.jpg\" alt=\"hammam\" width=\"625\" height=\"377\" srcset=\"https:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/hammam.jpg 625w, https:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/hammam-300x181.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 625px) 100vw, 625px\" \/><\/a>Je m\u2019appelle M\u2019Barek, j\u2019ai 17 ANS. Ni mon nom, ni mon arbre g\u00e9n\u00e9alogique ne vous seront utiles. Je suis un simple jeune d\u00e9s\u0153uvr\u00e9, de la r\u00e9gion de ZAGORA. Des poils \u00e9pars commencent \u00e0 peine \u00e0 envahir mon menton. Je suis l\u2019ain\u00e9 d\u2019une famille de six enfants. Mon p\u00e8re est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 l\u2019an dernier emport\u00e9 par la tuberculose. Ma m\u00e8re, s\u2019adapte difficilement \u00e0 son veuvage. Ses yeux ont perdu leur \u00e9clat, la femme s\u2019est \u00e9teinte en elle .Elle se meurt \u00e0 petit feu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre douar, est une grande \u00e9cole de survie. Le souci majeur de tous les m\u00e9nages c\u2019est de trouver quoi se mettre sous les dents, le reste n\u2019est qu\u2019un d\u00e9tail. Les Hommes ont d\u00e9sert\u00e9s ce hameau rustique et inf\u00e9cond, seules les femmes avec leurs prog\u00e9nitures y demeurent. Les ruelles sont constamment d\u00e9sertes. Des vieillards qui se comptent sur les bouts des doigts adoss\u00e9s au mur de pis\u00e9, les paupi\u00e8res closes, prenaient un bain de soleil. Des chiens fam\u00e9liques, les langues pendues somnolaient sous l\u2019ombre d\u2019un vieil olivier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0La seule \u00e9cole du Douar, restait en permanence ferm\u00e9e en raison de l\u2019indisponibilit\u00e9 d\u2019enseignants. Les parents n\u2019\u00e9taient non plus motiv\u00e9s pour y envoyer leurs enfants. La primaut\u00e9 est \u00e0 la survie au d\u00e9triment du savoir. Les enfants contribuent au bien \u00eatre de la famille. Ils participaient aux divers travaux de la paysannerie. Je maniai la pioche depuis longtemps. Le travail de la terre n\u2019avait plus de secret pour moi. J\u2019\u00e9tais parmi les rares gar\u00e7ons \u00e0 demeurer au Douar.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon cousin Mouha est venu pour la f\u00eate du sacrifice. Dans sa chaumi\u00e8re c\u2019\u00e9tait la joie. Son \u00e9pouse IZZA \u00e9clatait de bonheur, ses enfants habill\u00e9s avec du neuf, s\u2019exhibaient de mani\u00e8re ostentatoire devant le reste des enfants m\u00e9dus\u00e9s. Le mouton achet\u00e9 par Mouha \u00e9tait imposant. Il a fait des envieux parmi les habitants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ma m\u00e8re d\u00e9pit\u00e9e, accueillait la f\u00eate du sacrifice dans l\u2019indiff\u00e9rence. Mon oncle, malgr\u00e9 sa pr\u00e9carit\u00e9 nous offrait un jeune bouc pour l\u2019immolation. Je me sentais inutile devant le d\u00e9sarroi de ma m\u00e8re et la tristesse de mes petits fr\u00e8res et s\u0153urs. La nuit \u00e9tait longue, je r\u00e9fl\u00e9chissais \u00e0 notre situation d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Au matin autour de la table basse, je demandais \u00e0 ma m\u00e8re d\u2019\u00e9tudier avec mon cousin Mouha la possibilit\u00e9 d\u2019aller travailler avec lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Mon fils tu es encore jeune pour le travail des hommes\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me sens capable d\u2019ex\u00e9cuter tous les travaux d\u2019ailleurs je m\u2019occupe admirablement des terres, du labour et des moissons,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Travailler en ville n\u2019a rien \u00e0 voir avec ce que tu fais ici. L\u00e0-bas tu dois te prendre en charge tout seul,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai confiance en mon cousin Mouha, c\u2019est quelqu\u2019un de bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Demain je vais lui parler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019attendais demain avec un grand espoir. Toute la journ\u00e9e \u00e9tait consacr\u00e9e \u00e0 un d\u00e9licieux et interminable r\u00eave.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ma m\u00e8re revenait de chez mon cousin, le visage inexpressif comme d\u2019habitude.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai parl\u00e9 \u00e0 ton cousin il est d\u2019accord pour t\u2019emmener avec lui, mais il exige le s\u00e9rieux et la rectitude, autrement il va t\u2019exp\u00e9dier au Douar \u00e0 la premi\u00e8re bavure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Des \u00e9motions ambivalentes enflammaient mon corps et mon c\u0153ur, tel un \u00e9talon, chevauchant sans bride ni \u00e9trier. Une partie de mon r\u00eave se r\u00e9alisa. Mes fr\u00e8res et s\u0153urs formaient un cercle autour de ma m\u00e8re en train de pr\u00e9parer mon sac. Un silence \u00e2pre r\u00e9gnait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au petit matin, le bus essouffl\u00e9 remontait avec peine la pente qui m\u00e8ne \u00e0 la gare des Oulad Ziane. Etourdis par ce long p\u00e9riple, je d\u00e9ambule les escaliers derri\u00e8re mon cousin. Une mar\u00e9e humaine dans un d\u00e9sordre chaotique se bousculait dans tout les sens. Mes yeux riv\u00e9s sur mon cousin de peur de le perdre dans cet oc\u00e9an. Nous nous sommes extirp\u00e9s de cette m\u00e9lasse avec nos impedimenta.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dehors un air frais nous caressait les visages. Mon cousin hua un triporteur pour nous ramener vers son chantier. La zone vie \u00e9tait situ\u00e9e \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du chantier. Des baraquements destin\u00e9s \u00e0 h\u00e9berger les ouvriers \u00e9taient faits de briques et de t\u00f4les. La porte \u00e9tait confectionn\u00e9e de morceaux de bois. A l\u2019int\u00e9rieur, une forte odeur de b\u00e9ton, de sueur et de cuisine rendait l\u2019air irrespirable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quatre ouvriers occupaient cette baraque. A l\u2019entr\u00e9e, le n\u00e9cessaire de cuisine \u00e9tait dispos\u00e9 sur une table. Au fond, des lits sur\u00e9lev\u00e9s sur des briques, des sacs et des ballots sont accroch\u00e9s aux murs. La baraque \u00e9tait un vrai capharna\u00fcm. Les ouvriers sont en majorit\u00e9 originaires de notre Douar. Le soir je me suis blotti dans un recoin, dans un inconfort indescriptible. A l\u2019aube l\u2019activit\u00e9 reprenait. Les toilettes \u00e9taient prises d\u2019assaut. Les autres \u00e9taient aux aguets avec un rictus de douleurs mictionnelles. L\u2019odeur chatoyante du th\u00e9 \u00e0 la menthe s\u2019\u00e9chappait des baraques, une faim insatiable brulait mon estomac.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s un petit d\u00e9jeuner frugal, mon cousin Mouha a mis sa tenue de ville. J\u2019ai endoss\u00e9 mon sac et on a quitt\u00e9 le chantier \u00e0 destination le centre-ville. Nous avons emprunt\u00e9s un bus d\u2019une v\u00e9tust\u00e9 criante. J\u2019\u00e9tais comprim\u00e9 dans une p\u00e2te humaine, l\u2019odeur putride et suffocante des aisselles m\u2019empoisonnait les poumons. Nous traversions des quartiers d\u2019un luxe ostentatoire, d\u2019autres d\u2019une mis\u00e8re noire. Nous sommes expuls\u00e9s du bus \u00e0 l\u2019arr\u00eat par une vague humaine d\u00e9cha\u00een\u00e9e. Nous marchions dans un boulevard d\u2019une beaut\u00e9 et d\u2019une richesse insultantes pour mon douar poussi\u00e9reux. Nous croisions des gens d\u2019une d\u00e9licatesse et d\u2019une finesse remarquables. Les \u00e9choppes aux devantures all\u00e9chantes exhibaient une vari\u00e9t\u00e9 de produits dont je ne soup\u00e7onnais m\u00eame pas l\u2019existence. Des dames \u00e9l\u00e9gamment v\u00eatue laissaient derri\u00e8res elles l\u2019odeur exaltante et voluptueuse de parfum.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mouha s\u2019arr\u00eata devant un bain maure. Un homme ruisselant de sueur, une serviette d\u00e9fraichie couvrait son bassin, est venu \u00e0 notre rencontre. C\u2019\u00e9tait un proche de mon cousin originaire lui aussi de notre Douar. Nous p\u00e9n\u00e9tr\u00e2mes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une vapeur dense envahissait la grande salle. Des baquettes en bois \u00e9taient install\u00e9es pour recevoir des corps endoloris \u00e0 la recherche de chaleur relaxante. Derri\u00e8re le comptoir, un vieux Monsieur le chapelet \u00e0 la main remuait ses l\u00e8vres dans un d\u00e9tachement complet de la r\u00e9alit\u00e9.\u00a0 Dans un coin en retrait se sont r\u00e9unis les GOMMEURS en majorit\u00e9 d\u2019une couleur basan\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; M\u2019Barek, c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 tu vas travailler. Tu suivras \u00e0 la lettre les recommandations de Madani, il s\u2019occupera de toi comme son propre fils.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Madani\u00a0r\u00e9pliqua\u00a0: tu n\u2019as rien \u00e0 craindre, ici nous constituons une famille. J\u2019ai connu ton d\u00e9funt p\u00e8re c\u2019\u00e9tait un homme brave.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Madani me remet un sachet en plastique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 c\u2019est ton mat\u00e9riel de travail\u00a0: un gant et une \u00e9ponge mais tu as besoin de beaucoup de patience et de t\u00e9nacit\u00e9 pour tenir dans cette fournaise. Je te souhaite de tout mon c\u0153ur r\u00e9ussite et bonheur mon petit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019\u00e9tais \u00e9mu devant tant de bont\u00e9 et de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 venant de ce colosse \u00e0 la peau mat. Il inspirait confiance, ses paroles sont une interminable litanie de louanges \u00e0 Dieu, une t\u00e2che sombre orne le milieu de son front signe de pi\u00e9t\u00e9 et de d\u00e9votion. Il avait tant de retenue et de modestie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je partageais une petite chambre \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du bain avec un coll\u00e8gue. Mon travail se r\u00e9sumait dans un premier temps au nettoyage et ramassage des sceaux. Ma journ\u00e9e commen\u00e7ait avant l\u2019aube. Je devais inspecter le bain, m\u2019assurer de la salubrit\u00e9 et la propret\u00e9 des salles au nombre de trois, une chaude, une ti\u00e8de et l\u2019autre froide, ainsi que de la contenance du bassin d\u2019eau chaude et de la chaleur diffuse par le sol. Mon coll\u00e8gue s\u2019occupait du brasier au sous-sol. Je le voyais uniquement aux moments du repas et le soir, au coucher.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les clients commen\u00e7aient \u00e0 venir au petit matin avec une cadence lente. Madani, \u00e9tait souvent le premier \u00e0 se pr\u00e9senter. Il se mettait aussit\u00f4t au service des clients qui manifestaient le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre fourbit. Chaque fois qu\u2019un client demande le service d\u2019un GOMMEUR, Madani me demandait d\u2019assister \u00e0 l\u2019op\u00e9ration pour apprendre le m\u00e9tier. Sur le sol incandescent, des corps dans des postures impudiques et irr\u00e9v\u00e9rencieuses, se pr\u00e9lassaient avec indiff\u00e9rence. Dans les coins sombres, certains, le dos rond et face au mur se rasaient sans vergognes les aisselles et le pubis. Les fronti\u00e8res de la d\u00e9cence s\u2019estompent dans ce milieu humide et d\u00e9l\u00e9t\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au bout d\u2019une semaine je me sentais capable d\u2019ex\u00e9cuter les taches de GOMMAGE, SAVONNAGE ET ETIREMENT.\u00a0 Madani me confia mon premier client. C\u2019\u00e9tait un homme ch\u00e9tif, \u00e2g\u00e9 et indolent. Je l\u2019accompagnais jusqu&rsquo;\u00e0 la salle chaude. J\u2019ai asperg\u00e9 un espace d\u2019eau bouillante et j\u2019ai invit\u00e9 le vieux \u00e0 se pr\u00e9lasser sur le sol chaud pour ramollir sa peau morte. Dans la salle ti\u00e8de, je marquais un espace avec des sceaux pleins d\u2019eau. Cet espace allait me servir de lieu d\u2019ouvrage. Le vieux \u00e9tendu sur le ventre, bras et jambes \u00e9cart\u00e9s s\u2019abandonnait \u00e0 mes mains peu expertes. Mon corps, perl\u00e9 d\u2019une nu\u00e9e de gouttelettes, luisait sous la lumi\u00e8re fade d\u2019une ampoule impuissante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le gant enfil\u00e9, je commen\u00e7ais le GOMMAGE de cette \u00e9pave humaine. Ce corps que je polissais, aux contours irr\u00e9guliers et dissonants, demeurait coi. Je m\u2019attaquais d\u2019abord au dos. Je frottais avec \u00e9nergie et des squames en forme de filaments noirs se d\u00e9tachaient de cette peau rid\u00e9e. Les jambes squelettiques et dess\u00e9ch\u00e9es \u00e9taient aussi crasseuses que le reste du corps. J\u2019avais le souffle coup\u00e9. Le vieux savourait insidieusement la mue. Le gommage termin\u00e9, je rin\u00e7ais le vieux avec une flotte d\u2019eau ti\u00e8de, les joyeux, extraits de cette peau d\u00e9fraichie, sont charri\u00e9s par le torrent qui s\u2019engouffrait dans l\u2019\u00e9gout. Je suis sorti dehors, je me suis allong\u00e9 sur un banc dans la grande salle d\u2019accueil. Souffrant de dyspn\u00e9e, je reprenais lentement mon souffle et mes esprits. Madani est venu s\u2019enqu\u00e9rir de mon \u00e9tat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; C\u2019est dur M\u2019Barek, mais tu vas t\u2019habituer. Essai surtout de rafraichir ton corps d\u00e8s que possible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019entendais \u00e0 peine ses paroles. Une fois mes fonctions biologiques r\u00e9tablies, je rejoignais mon client, qui \u00e0 conserver sa position de moine. Je commen\u00e7ais \u00e0 le savonner. Il me demandait de l\u2019\u00e9tirer, j\u2019entendais ses os et ses articulations craquer sous la pression que j\u2019exer\u00e7ais sur lui. J\u2019avais peur de lui causer une luxation. Le vieux commen\u00e7ait \u00e0 faire des mouvements bizarres. Il fr\u00f4lait intentionnellement mon b\u00e9lier. J\u2019ai devin\u00e9 le dessein de ce vieux pervers, qui me souriait avec une gueule hideuse. J\u2019ai vite mis un terme \u00e0 cette f\u00e2cheuse exp\u00e9rience. Je me sentais souill\u00e9 moi l\u2019Homme naturel , imbu des valeurs ancestrales de pudeur et de d\u00e9cence. J\u2019ai r\u00e9prim\u00e9 ma rage, raval\u00e9 ma col\u00e8re. On m\u2019avait pr\u00e9venu de la d\u00e9ch\u00e9ance et la perversit\u00e9 des villes, mais la subir aussi rapidement c\u2019\u00e9tait choquant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0J\u2019ai pris ma place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres GOMMEURS, qui \u00e9taient curieux de savoir comment mon bapt\u00eame s\u2019est d\u00e9roul\u00e9. Les poumons en feu, je r\u00e9pondais de mani\u00e8re \u00e9vasive et absconse. Le vieux pervers titubant et fumant sortait du bain. Il me lan\u00e7ait un regard mena\u00e7ant, le mien \u00e9tait rebutant. Le vieux se changea vite et me paya une gracieuse obole. Ma premi\u00e8re exp\u00e9rience symbolisait une fracture entre l\u2019HOMME PUR et celui corrompu par les incommodit\u00e9s de la vie citadine. En ce jour ind\u00e9l\u00e9bile j\u2019ai perdu mon innocence, ma virginit\u00e9 et surtout mon humanit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un mois s\u2019est \u00e9coul\u00e9 depuis que j\u2019ai atterris dans ce temple du corps. Je suis devenu tr\u00e8s demand\u00e9 par les clients, qui appr\u00e9ciaient mes services. Le corps objet de mon travail, n\u2019avait plus de secret pour moi. Je diff\u00e9renciais les peaux selon la couleur, la structure et la luisance. A chaque cat\u00e9gorie j\u2019exer\u00e7ais la pression idoine pour \u00e9viter l\u2019irritation. Je rendais aux corps souill\u00e9s leur splendeur et leur aur\u00e9ole. Les rides l\u00e9zarderaient mes mains et les plantes de mes pieds, des ulc\u00e9rations purulentes au niveau de mes orteils me faisaient souffrir surtout au contact avec des d\u00e9tergents. Mon corps pourrissait pour radouber les \u00e9paves humaines qui faisaient naufrage dans ce temple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mouha, est venu me rendre visite. Madani n\u2019a pas cess\u00e9 dans son discours fleuve \u00e0 \u00e9taler mes aptitudes et ma rectitude. J\u2019\u00e9tais flatt\u00e9 devant tant d\u2019\u00e9loges. Mouha, laissait apparaitre un air approbateur.\u00a0 J\u2019ai remis mes \u00e9conomies \u00e0 mon cousin pour les faire parvenir \u00e0 ma m\u00e8re. Pour la premi\u00e8re fois je me sentais UTILE. Un mois dans la fournaise et l\u2019humidit\u00e9 \u00e0 polir des peaux et nettoyer des coins sordides, pour enfin de compte r\u00e9colter quelques billets crasseux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Par Rachid Jalal, <\/i><em>pour Maghreb Canada Express, Vol. XVIII, N\u00b010 , pages 12-13, Octobre 2020.<\/em><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.maghreb-canada.ca\/journal\/2020\/MCE205-10-2020.pdf\">LIRE L\u2019\u00c9DITION DU MOIS D&rsquo;OCTOBRE 2020<\/a> :<\/h3>\n<div class=\"textwidget\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.maghreb-canada.ca\/journal\/2020\/MCE205-10-2020.pdf\"> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"style1\" src=\"http:\/\/www.maghreb-canada.ca\/journal\/2020\/n205.JPG\" alt=\"Maghreb Canada Express\" width=\"176\" height=\"239\" \/><\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je m\u2019appelle M\u2019Barek, j\u2019ai 17 ANS. Ni mon nom, ni mon arbre g\u00e9n\u00e9alogique ne vous seront utiles. Je suis un simple jeune d\u00e9s\u0153uvr\u00e9, de la r\u00e9gion de ZAGORA. Des poils \u00e9pars commencent \u00e0 peine \u00e0 envahir mon menton. Je suis l\u2019ain\u00e9 d\u2019une famille de six enfants. Mon p\u00e8re est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 l\u2019an dernier emport\u00e9 par la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4623,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6,8],"tags":[],"class_list":["post-4933","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-maghreb","category-numero-du-mois"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4933","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4933"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4933\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4935,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4933\/revisions\/4935"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4623"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4933"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4933"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4933"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}