{"id":4961,"date":"2020-11-04T15:06:00","date_gmt":"2020-11-04T20:06:00","guid":{"rendered":"http:\/\/maghreb-canada.ca\/?p=4961"},"modified":"2020-11-04T15:06:26","modified_gmt":"2020-11-04T20:06:26","slug":"immigration-clandestine-harrag-ou-la-vague-du-desespoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maroc-canada.ca\/?p=4961","title":{"rendered":"Immigration clandestine : Harrag (ou la vague du d\u00e9sespoir)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/imm.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4962\" src=\"http:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/imm.jpg\" alt=\"imm\" width=\"652\" height=\"402\" srcset=\"https:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/imm.jpg 652w, https:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/imm-300x185.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 652px) 100vw, 652px\" \/><\/a>La sonnette retentit dans la cour du lyc\u00e9e annon\u00e7ant la fin des cours. Le portail s\u2019ouvrait, une meute d\u00e9chain\u00e9e prenait d\u2019assaut la rue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Assis sur le perron d\u2019une maison avec mon ami Houssa, cigarette \u00e0 la main, je suivais indiff\u00e9remment des yeux cette mar\u00e9e humaine qui se dispersait dans un d\u00e9sordre chaotique. Puis, prenant mon cartable sous le bras, je suivais nonchalamment la vague.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela fait 2 semaines qui je s\u00e9chais les cours avec mon ami Houssa, mais on gardait nos habitudes d\u2019\u00e9l\u00e8ves pour \u00e9viter l\u2019ire de mon p\u00e8re. Mon p\u00e8re un pur produit de la compagne avec des mani\u00e8res grossi\u00e8res, sa spontan\u00e9it\u00e9 et son franc parler. Il travaillait comme veilleur de nuit dans une usine \u00e0 Hay Mohammadi (Casablanca).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous habitions \u00e0 Douar Tkalia, un bidonville en marge de la civilit\u00e9, une plaie purulente au c\u0153ur de la ville. C\u2019\u00e9tait aussi un ilot de non droit ou les fronti\u00e8res de la moralit\u00e9 s\u2019estompent devant les vicissitudes de la vie. La force \u00e9tait la seule valeur reconnue. Les jeunes exhibaient leurs mutilations au couteau avec une extr\u00eame fiert\u00e9. Une balafre faciale donnait plus de respectabilit\u00e9 qu\u2019un dipl\u00f4me universitaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les diff\u00e9rents se r\u00e9glaient souvent \u00e0 coup de couteaux. Une plainte \u00e0 la police \u00e9quivaut \u00e0 une d\u00e9ch\u00e9ance sociale. Le recours \u00e0 la loi \u00e9tait l\u2019argument des faibles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis n\u00e9 dans ce Douar, il y a 16 automnes. J\u2019\u00e9tais le benjamin, entre 3 s\u0153urs et 2 fr\u00e8res. Ma m\u00e8re, une dame effac\u00e9e et sans charisme, \u00e9tait l\u2019ombre de mon p\u00e8re. Son horizon \u00e9tait limit\u00e9 \u00e0 la procr\u00e9ation et \u00e0 la marmite. Mes s\u0153urs sont destin\u00e9es in\u00e9luctablement au m\u00eame dessein. Leur \u00e9ducation est ax\u00e9e essentiellement sur l\u2019art de la servilit\u00e9 au m\u00e2le.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon p\u00e8re revenait le matin de son travail, il passait la journ\u00e9e \u00e0 dormir. Il se r\u00e9veillait juste pour les pri\u00e8res. Il m\u2019emmenait parfois avec lui \u00e0 la mosqu\u00e9e. C\u2019\u00e9tait un \u00e9difice semblable aux maisons insalubres du douar sans minaret, compos\u00e9 d\u2019une grande salle r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 la pri\u00e8re et d\u2019une autre plus petite destin\u00e9e aux ablutions.\u00a0 L\u2019imam habitait dans une baraque adjacente. Il \u00e9tait jeune, constamment habill\u00e9 en tenue afghane, le pas vif et \u00e9nergique, se m\u00e9langeait rarement \u00e0 la population. Sa barbe \u00e9carlate peu fournie, lui donnait l\u2019air d\u2019un personnage de l\u00e9gende. Il avait une forte personnalit\u00e9, son \u00e9loquence et sa prolixit\u00e9 lui assuraient un charisme et un ascendant sur les habitants, particuli\u00e8rement les jeunes. Il maniait le verbe avec aisance, port\u00e9 par une voix mielleuse et insidieuse. Il est devenu une ic\u00f4ne pour les jeunes. Son discours incandescent avait beaucoup d\u2019adeptes. Il pr\u00eachait la vertu et la rectitude selon le dogme salafiste rigoureux. Il a ralli\u00e9 \u00e0 sa cause un nombre important de jeunes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon p\u00e8re avait une vision moins rigoriste de la religion, il ne me pressait pas pour satisfaire aux obligations religieuses, sauf pour le vendredi\u00a0; Ce jour \u00e9tait m\u00e9morable, la mosqu\u00e9e \u00e9tait prises d\u2019assaut par les riverains pour \u00eatre aux premi\u00e8res loges. L\u2019ext\u00e9rieur \u00e9tait aussi submerg\u00e9 par les croyants. Une pr\u00e9sence polici\u00e8re discr\u00e8te suivait avec int\u00e9r\u00eat la c\u00e9r\u00e9monie de pri\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suivais mes \u00e9tudes en 1\u00e8re ann\u00e9e du BAC. Le programme \u00e9tait ennuyeux, mes capacit\u00e9s intellectuelles \u00e9taient si limit\u00e9es que l\u2019assimilation des cours \u00e9tait quasiment impossible. Mon passage dans les diff\u00e9rents niveaux \u00e9tait pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9, l\u2019objectif principal consistait \u00e0 garder les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 l\u2019\u00e9cole malgr\u00e9 l\u2019absence d\u2019acquis et la maitrise du savoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les professeurs ne pensaient qu\u2019\u00e0 leur survie dans ce milieu devenant incubateur de violence. Chaque jour la menace reste suspendue telle l\u2019\u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s, devant l\u2019impuissance d\u2019une administration frileuse et pr\u00e9varicatrice. Ils passaient le temps \u00e0 \u00e9teindre les feux qui \u00e9clataient sporadiquement dans les salles de cours entre bandes rivales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019\u00e9tais du genre renferm\u00e9 solitaire et lunatique. Mon ami Houssa, \u00e9tait mon ombre. Il \u00e9tait rachitique, une bosse pro\u00e9minente d\u00e9formait sa cage thoracique. Il a trouv\u00e9 en moi un refuge alors que les autres l\u2019\u00e9vitaient comme la peste. On se compl\u00e9tait, l\u2019effac\u00e9 et l\u2019infirme. Nous formions un tandem combinatoire qui partage le douloureux sentiment de frustration et d\u2019ostracisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous \u00e9tions 2 fant\u00f4mes, insignifiants infr\u00e9quentables et rebutants. On n\u2019avait pas la cote aupr\u00e8s de nos camarades du lyc\u00e9e, car rien ne nous pr\u00e9disposait \u00e0 \u00eatre brillants dans une activit\u00e9 pour attirer l\u2019attention des autres. D\u2019ailleurs on s\u2019en foutait royalement de cette \u00e9cole qui veut nous apprendre la vie sur papier, alors que la vraie vie c\u2019est dehors.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous manifestions un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat total pour l\u2019\u00e9cole Houssa et moi. Les mati\u00e8res enseign\u00e9es n\u2019avaient aucun attrait qui pouvait exciter notre curiosit\u00e9. Seule la beaut\u00e9 exub\u00e9rante de la prof de fran\u00e7ais \u00e9tait une raison cr\u00e9dible pour assister \u00e0 son cours. Elle savait qu\u2019elle \u00e9tait l\u2019objet de nos phantasmes, nos yeux la d\u00e9nudaient, chaque mouvement, chaque regard \u00e9tait intercept\u00e9 avec nos capteurs sensoriels. Elle a beau mettre une djellaba, abandonner son maquillage, r\u00e9duire sa pr\u00e9sence physique au stricte minimum.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ali, le Cerbere de la classe \u00e9tait son protecteur. Il l\u2019entourait d\u2019une attention particuli\u00e8re. Personne n\u2019osait dire du mal d\u2019elle en sa pr\u00e9sence. Il l\u2019accompagnait jusqu&rsquo;\u00e0 sa voiture, faisait parfois ses courses dans le march\u00e9 anarchique du quartier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La prof portait un nom \u00e0 connotation aristocratique et pronon\u00e7ait le <i>R fassi<\/i>, sa pr\u00e9sence au sein du lyc\u00e9e \u00e9tait anachronique, d\u2019ailleurs ses absences pour raison de maladie fictive \u00e9taient r\u00e9currentes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je fl\u00e2nais en compagnie de mon ami Houssa, dans les m\u00e9andres du quartier. Tous les recoins me sont devenus familiers. Notre lieu de pr\u00e9dilection \u00e9tait une salle de jeux. Une client\u00e8le en bas \u00e2ge se refugiait dans cette salle sinistre et brumeuse par la fum\u00e9e compacte des cigarettes, du narghil\u00e9, l\u2019air d\u00e9l\u00e9t\u00e8re \u00e0 l\u2019ar\u00f4me acide ronge nos poumons. Il y avait 2 <i>mini-foot<\/i>, un billard et, en retrait, des tables sordides destin\u00e9es aux jeux de cartes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La salle ne d\u00e9semplie pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019avais une grande notori\u00e9t\u00e9 parmi les clients. J\u2019\u00e9tais imbattable au billard, plus personne ne me d\u00e9fiait. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 j\u2019ai appris \u00e0 rouler mon premier joint. C\u2019\u00e9tait un voyage sid\u00e9ral, un fleuve de diamants et d\u2019\u00e9toiles m\u2019emportait \u00e0 travers l\u2019insondable univers. Mon corps ploie sous le poids exorbitant de ma t\u00eate, multipli\u00e9 par la forte dose de cannabis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le g\u00e9rant de la salle m\u2019a foutu dehors pour \u00e9viter les ennuis en cas de complications. Le fid\u00e8le Houssa, \u00e9tait rest\u00e9 aux aguets jusqu&rsquo;\u00e0 ma reprise de conscience. Cette d\u00e9licieuse exp\u00e9rience \u00e9tait le pr\u00e9lude \u00e0 une in\u00e9luctable descente aux enfers. Des crises d\u2019hilarit\u00e9 indomptable et saugrenue me procuraient une gaiet\u00e9 \u00e9th\u00e9r\u00e9e et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Une ivresse vertigineuse et exaltante remplie la vacuit\u00e9 de mon \u00e2me avec des gerbes de lumi\u00e8res multicolores.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce jour-l\u00e0, un groupe de jeunes inconnus au quartier d\u00e9barquait dans la salle de jeux. Leurs intentions \u00e9taient belliqueuses. Le plus hardi de la meute me d\u00e9fia au billard. Un climat \u00e9lectrifi\u00e9 est install\u00e9. Les mises \u00e9taient cons\u00e9quentes, les parieurs retenaient leurs souffles. J\u2019\u00e9tais le meilleur, mais mon adversaire ne manquait pas d\u2019adresse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jeu \u00e9tait surchauff\u00e9, la mise s\u2019\u00e9leva \u00e0 mille dirhams, somme consid\u00e9rable pour les parias que nous sommes. Les spectateurs irascibles agglutin\u00e9s de part et d\u2019autre de la table de billard, suivaient avec un regard hypnotis\u00e9 le ballet des boules qui s\u2019entrechoquaient dans un univers galactique sur tapis vert.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon adversaire sentait la chance se retournait contre lui, il manifestait une nervosit\u00e9 envahissante, il d\u00e9bitait un vocabulaire trivial prodrome d\u2019une rixe violente. Le g\u00e9rant, interpos\u00e9 entre les deux groupe, apaisait l\u2019atmosph\u00e8re pas des phrases l\u00e9nifiantes. Se sentant perdant, mon adversaire dans un mouvement de col\u00e8re renversa le billard, les boules se dispersaient au sol. Les spectateurs attendaient ce geste pour faire embraser la salle de jeux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des coups de poing sont \u00e9chang\u00e9s, des cris de douleurs fusent de tous les c\u00f4t\u00e9s. Je tirais insidieusement mon coutel\u00e2t et je le plantais dans sa cuisse. Le sang giclait, un filet a \u00e9clabouss\u00e9 mon visage, ma t\u00eate ensanglant\u00e9e a raviv\u00e9e le potentiel de violence chez les bellig\u00e9rants. Une bestialit\u00e9 insoutenable se d\u00e9gageait des yeux exorbit\u00e9s. La pugnacit\u00e9 de mes camarades \u00e9tait concluante, les adversaires ont capitul\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dehors la sir\u00e8ne stridente d\u2019un fourgon de police qui s\u2019arr\u00eata devant la salle de jeux dans un nuage de poussi\u00e8re. Des policiers s\u2019introduisent dans la salle et forment un rempart devant la sortie. En file indienne, on nous embarqua dans l\u2019estafette, assis \u00e0 m\u00eame le plancher le policier poussait les derniers avec violence afin de laisser l\u2019espace n\u00e9cessaire pour fermer la porti\u00e8re. (&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On nous pr\u00e9sentait devant le procureur du Roi. C\u2019\u00e9tait un quinquag\u00e9naire, les \u00e9paules pendantes, les cernes aur\u00e9olent ses petits yeux noirs et malicieux, avait l\u2019air val\u00e9tudinaire et la mine patibulaire. Le greffier assit \u00e0 sa droite somnolait impudiquement sur une chaise en bois couverte d\u2019une peau de mouton. Il griffonnait sur un registre les paroles st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es prononc\u00e9es par le procureur. Nous allons \u00eatre poursuivis en libert\u00e9 provisoire. Mon p\u00e8re paya la caution qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 mille dirhams. Dans le couloir, il \u00e9tait l\u00e0 debout les traits tir\u00e9s le visage impassible. (&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet \u00e9v\u00e9nement a permis l\u2019\u00e9closion d\u2019un \u00eatre autre que celui que j\u2019\u00e9tais. Mes objectifs ont chang\u00e9s avec la destruction du mur de la peur, cette peur qui a d\u00e9truit mes attributs humains. D\u00e9sormais je pouvais me permettre d\u2019OSER. Oser prendre ce dont j\u2019ai besoin, sans le qu\u00e9mander. Le lyc\u00e9e est devenu une entrave \u00e0 mon \u00e9panouissement, j\u2019avais besoin de plus de libert\u00e9, pour chercher un ascenseur social autre que l\u2019\u00e9cole. Un soir, au retour de la mosqu\u00e9e, mon p\u00e8re m\u2019invita dans sa chambre. Jamais mon p\u00e8re ne s\u2019est comport\u00e9 avec moi de la sorte. Il me traitait comme un homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Mon fils, tu n\u2019es plus un enfant. Je pense que j\u2019ai fait de mon mieux pour \u00eatre un p\u00e8re digne et responsable. Tu es mon ain\u00e9, j\u2019ai nourri l\u2019espoir qu\u2019un jour tu me succ\u00e9deras pour prendre en charge notre famille. Mais je vois que tu as choisi ton chemin. A partir de cet instant tu es libre de choisir ton destin, et n\u2019oublie pas que ta famille a besoin de toi. Tu peux partir mon fils j\u2019ai gagn\u00e9 une maison mais j\u2019ai perdu un fils. (&#8230;.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mansour, le fils des voisins est venu tard le soir. Le matin sa voiture flambant neuve \u00e9tait gar\u00e9e devant la baraque, ses plaques min\u00e9ralogiques orn\u00e9es au sigle de l\u2019Union Europ\u00e9enne, focalisaient les intentions des bidonvillois. Mansour, \u00e9tait le symbole de la r\u00e9ussite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il a immigr\u00e9 en Espagne il y a 4 ans. Son p\u00e9riple est devenu une l\u00e9gende au sein des familles et surtout des jeunes. A 17 ans, Mansour a disparu sans laisser de traces. Les sp\u00e9culations farfelues alimentaient les discussions. On pr\u00e9tendait qu\u2019il a rejoint des djihadistes au Moyen-Orient d\u2019autres pr\u00e9tendent qu\u2019il est en prison\u00a0; puis une amn\u00e9sie collective \u00e0 oblit\u00e9rer son existence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un jour son fr\u00e8re Kacem, arborait fi\u00e8rement des espadrilles neuves d\u2019une grande marque. Nous \u00e9tions \u00e9tonn\u00e9s de voir des signes ostentatoires de richesses apparaitre chez la famille de Mansour. C\u2019\u00e9tait des colis charg\u00e9s de v\u00eatements et d\u2019ameublement envoy\u00e9s par Mansour. On a su par la suite qu\u2019il est en Espagne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Kacem \u00e9tait une personne saugrenue, inepte sans grande envergure. Il r\u00e9primait en lui une \u00e9nergie incandescente, masqu\u00e9e derri\u00e8re un regard r\u00e9sign\u00e9 mais perfide. Il a brav\u00e9 les dangers, surmonter son appr\u00e9hension et ses incertitudes. Il a d\u00e9fi\u00e9 le destin qui le pr\u00e9disposait \u00e0 une vie de loque, de paria. Il a enjamb\u00e9 la fosse aux requins, pour se retrouver dans la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019id\u00e9e de <i>br\u00fbler (immigrer clandestinement NDLR)<\/i>, est rest\u00e9e encr\u00e9e dans ma t\u00eate. Les parfums \u00e9pandus par Kacem laissaient une trace ind\u00e9l\u00e9bile de son passage dans les ruelles r\u00e9pugnantes, et l\u2019id\u00e9e germait et envahissait mon horizon de mani\u00e8re obsessionnelle. Un soir j\u2019ai crois\u00e9 Kacem qui rentrait chez ses parents dans un \u00e9tat d\u2019\u00e9bri\u00e9t\u00e9 avanc\u00e9. Je lui demandais poliment s\u2019il pouvait m\u2019accorder un moment. Il m\u2019a tendu un billet qui j\u2019ai refus\u00e9 avec fiert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Merci Kacem, je ne veux pas de ton argent, je veux juste que tu m\u2019indiques comment faire pour <i>br\u00fbler <\/i>vers l\u2019Espagne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Tu as de quoi noter\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai pris un bout de papier qui me servait \u00e0 rouler mes joints, et je griffonnais un num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; C\u2019est le num\u00e9ro d\u2019un passeur \u00e0 Tanger. Tu le contactes de ma part et il prendra soin de toi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai pli\u00e9 m\u00e9ticuleusement le papier et je l\u2019ai plac\u00e9 au fond de mon portefeuille. Je remerciai Kacem qui continuait son chemin les pieds flagellants, le pas incertain. Je d\u00e9tenais enfin le bout de ficelle. Le lendemain j\u2019ai appel\u00e9 le num\u00e9ro. Une voix eff\u00e9min\u00e9e avec un accent ensorceleur du nord me r\u00e9pondait. J\u2019ai d\u00e9clin\u00e9 mon identit\u00e9, mon d\u00e9sir et le nom de Kacem. J\u2019entendais uniquement la respiration de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. La communication est vite coup\u00e9e. Une semaine apr\u00e8s Kacem est venu me chercher.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Le passeur de Tanger m\u2019a contact\u00e9. Il ne veut pas de contact avec un num\u00e9ro attribu\u00e9. D\u2019ailleurs il va prendre attache avec toi bient\u00f4t. Tu dois disposer des frais de passage qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 50.000 DH, et si tu es pr\u00eat pr\u00e9pare toi pour partir \u00e0 Tanger (&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La gare routi\u00e8re des Oulad Ziane charriait une mar\u00e9e humaine cosmopolite. C\u2019\u00e9tait un univers puis\u00e9 d\u2019une l\u00e9gende du moyen \u00e2ge. Dans l\u2019enceinte, se m\u00eale une population d\u2019infortun\u00e9s. Hommes, femmes et enfants s\u2019entrechoquaient et s\u2019\u00e9vitaient comme des voitures tamponneuses. Les courtiers aux mines repoussantes intimidaient les voyageurs sous l\u2019\u0153il complice des vigiles. La correspondance vers Tanger avait un aspect enjoliveur. Les tickets \u00e0 la main nous prenions place au fond du car. Les liasses de billets enfouies au fond de mon cale\u00e7on me g\u00eanaient atrocement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le voyage se d\u00e9roulait calmement. Houssa, se laissait emporter par Morph\u00e9e dans le monde des songes, un filet de salive s\u2019\u00e9coulait sur son montant. Je le regardais avec piti\u00e9. Il est embarqu\u00e9 malgr\u00e9 lui dans cet imbroglio sans le vouloir. Il vivait en marge de l\u2019histoire, sans ambition, r\u00e9sign\u00e9 et acceptant avec intelligence son infirmit\u00e9. Mais le destin fid\u00e8le \u00e0 sa malignit\u00e9 se jouait de nous. Je sombrais moi aussi dans un d\u00e9licieux sommeil, berc\u00e9 par une chanson d\u2019Oum Kalthoum.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9veill\u00e9s par l\u2019agitation des voyageurs qui trainaient leurs sacs dans l\u2019\u00e9troit couloir du car, Houssa et moi nous glissions par la porti\u00e8re arri\u00e8re et nous fondions dans la foule danse. Je m\u2019introduisis dans une t\u00e9l\u00e9boutique et je composais le num\u00e9ro du passeur. Il me donna rendez-vous le soir devant la gare ferroviaire. Il portera un chapeau marron.\u00a0 Accabl\u00e9s par la faim, nous nous pr\u00e9cipitons sur un marchand ambulant trainant son charriot garni de mets. Je commandais deux Boccadios.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019entamai le mien avec voracit\u00e9 et sans d\u00e9licatesse. J\u2019ingurgitai avec un son bestial. Une fois rassasi\u00e9s, nous nous dirige\u00e2mes vers le centre-ville. Tanger, la ville mystique. Enfant ill\u00e9gitime du continent. Toute la finesse, la d\u00e9licatesse n\u2019avaient rien d\u2019Africain. Cap Spartel, se d\u00e9tache tel un pr\u00e9puce vers l\u2019Europe qui se d\u00e9robe timidement derri\u00e8re l\u2019imp\u00e9n\u00e9trable brouillard. Soudain l\u2019homme au chapeau marron surgit devant nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Suivez-moi, sans \u00e9veiller de soup\u00e7ons. Ici \u00e7a grouille d\u2019indicateurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous le suivions nonchalamment, on laissant une distance entre nous. Il nous conduisit dans un quartier \u00e0 l\u2019aspect louche. Les ruelles un vrai labyrinthe, s\u2019entrecoupent furtivement et plongent aussit\u00f4t dans une autre dimension. Les \u00e9choppes exposaient leurs maigres produits, un m\u00e9lange de musique envahit les ruelles submerg\u00e9es par un nombre impressionnant de badauds, notamment des subsahariens. Au fond d\u2019une impasse, l\u2019homme au chapeau s\u2019arr\u00eata devant une porte tr\u00e8s basse. Nous nous engouffrons dans un couloir \u00e9troit et obscur. L\u2019odeur infecte des urines empeste l\u2019atmosph\u00e8re. Nous p\u00e9n\u00e9trons dans une minuscule chambre. Une ampoule pendue au plafond diffuse une lumi\u00e8re terne et sans \u00e9clat. Sur le sol deux nappes en plastique couvertes pas des couvertures crasseuses et des oreillers qui ont perdus leurs couleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Vous allez loger ici le temps de pr\u00e9parer le voyage. Vous devez vous soumettre au r\u00e8glement du gite. Vos repas vous serons servi ici, ne quittez jamais votre chambre vous risquez d\u2019avoir de s\u00e9rieux probl\u00e8me avec Pitchou le g\u00e9rant. Les toilettes se trouvent au bout du couloir et je vous interdis de rentrer en contact avec les autres pensionnaires qui occupent les autres pi\u00e8ces. Maintenant passons aux choses s\u00e9rieuses, montrez-moi votre fric.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je lui remis la liasse de billets bien ficel\u00e9e dans un sachet en plastique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Il y\u2019a 50.000 DH chacun comme convenu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; C\u2019est le prix du passage, mais vous devez me payer le gite et le couvert. La journ\u00e9e c\u2019est 200 DH pour vous deux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; On n\u2019a pas assez d\u2019argent pour \u00e7a,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; C\u2019est la r\u00e8gle \u00e0 prendre ou \u00e0 laisser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019\u00e9tais abasourdi. Je regardais Houssa dans les yeux et voyais l\u2019espoir s\u2019\u00e9vaporer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Nous allons embarquez quand\u00a0? Juste pour savoir si nous pouvions vous payer\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Ici le temps ne compte pas. Plusieurs facteurs d\u00e9terminent le jour du voyage. \u00c7a pourrait \u00eatre demain ou dans une ann\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Que pouvons-nous faire pour vous pour payer notre s\u00e9jour\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Je vais voir avec le patron et je vous tiendrai au courant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il a pris l\u2019argent et quitta la chambre. Nous sommes rest\u00e9s comme hypnotis\u00e9s. Le bruit incessant des pas dans le couloir nous ramenait \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Le cri des enfants, les discussions dans une langue \u00e9trang\u00e8re n\u2019avaient rien de rassurant. Le ballet des va-et-vient ne s\u2019arr\u00eatait jamais. La demeure \u00e9tait une ruche de frelons. Un m\u00e9lange de moisissure, de sueurs et de tabac empestait. L\u2019odeur putride des toilettes rendait l\u2019air irrespirable.\u00a0 Nous restions emprisonn\u00e9s dans ce taudis durant deux semaines. La nourriture \u00e0 base de f\u00e9culents \u00e9tait indigeste. Un jour l\u2019Homme au chapeau est venu nous voir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; J\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 votre cas avec le patron. Il vous propose d\u2019acheminer un colis vers Casablanca. Cette op\u00e9ration couvrira les frais de votre s\u00e9jour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Est-ce qu\u2019on peut avoir plus de d\u00e9tails\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Moins vous en savez, mieux est.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Houssa ferait l\u2019affaire, avec son infirmit\u00e9 il n\u2019\u00e9veillera pas de soup\u00e7ons. Et vous pouvez faire un peu d\u2019argent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Que dois-je faire\u00a0? demanda Houssa<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Eh bien tu vas transporter un sac vers Casablanca, une fois l\u00e0-bas quelqu\u2019un viendra r\u00e9cup\u00e9rer le colis. C\u2019est simple et sans risque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Houssa accepta la mission. Le voyage s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 normalement et sans encombre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Houssa a remis le sac a un homme qui l\u2019attendait avec le mot d\u2019identification. Ensuite il s\u2019est rendu \u00e0 notre Bidonville sans r\u00e9ellement y mettre son pied. Il croisa une connaissance qui lui a appris qu\u2019El Khammar\u00a0 n\u2019\u00e9tait pas mort, mais il est devenu infirme suite \u00e0 une agression par des inconnus. Soulag\u00e9, Houssa rebroussa son chemin. Tard dans le soir il \u00e9tait de retour. Il d\u00e9posa un panier garnis de fruits et de boites de conserve. Il tira de sa poche une plaquette de hachich.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pitchou, \u00e9tait le cerb\u00e8re du pensionnat. Il faisait r\u00e9gner l\u2019ordre par la terreur. Arm\u00e9 de sa dague il intimidait tout le monde. On l\u2019\u00e9vitait comme la peste surtout quand il est sous l\u2019effet des comprim\u00e9s psychotropes. Un soir j\u2019ai crois\u00e9 dans le couloir Clara, une africaine sans charme. Elle portait un nourrisson sur le dos. Elle me demanda une cigarette et me gratifia avec un sourire abim\u00e9. L\u2019enfant \u00e9tait crasseux et fam\u00e9lique, je lui ai remis un billet pour le b\u00e9b\u00e9. Elle venait me rejoindre dans la chambre pour m\u2019offrir ses services.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un mois s\u2019est \u00e9coul\u00e9. L\u2019Homme au chapeau marron est venu nous demander de nous tenir pr\u00eat pour le d\u00e9part. Une effervescence inhabituelle est d\u00e9clench\u00e9e parmi les pensionnaires. Ils se d\u00e9barrassaient de leurs imp\u00e9dimentas, ne gardant que l\u2019essentiel, soit des bidons d\u2019eau, des f\u00e9vettes et du pois chiche bouillis. On confectionnait des anoraks de fortune pour \u00e9viter la mouillure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, le jour du d\u00e9part est fix\u00e9 pour demain soir. Pitchou, nous annon\u00e7ait qu\u2019une voiture viendrait nous embarquer dans l\u2019apr\u00e8s-midi. J\u2019\u00e9tais excit\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de prendre le large. Nous empruntons une fourgonnette abim\u00e9e, la caisse n\u2019avait pas de si\u00e8ges, nous \u00e9tions assis \u00e0 m\u00eame le plancher. Le conducteur un jeune, les yeux semi-ouverts sous l\u2019effet du hachich, d\u00e9marra dans un nuage de poussi\u00e8res. Le soleil amor\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 sa descente vers l\u2019oc\u00e9an. Apr\u00e8s avoir roul\u00e9 une heure environ, le v\u00e9hicule s\u2019arr\u00eata au bord de la route. Le conducteur nous somma de descendre vite et d\u2019aller nous cacher dans les bois. Nous \u00e9tions une quinzaine en majorit\u00e9 des subsahariens. Il commen\u00e7ait \u00e0 faire nuit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Homme au chapeau marron \u00e9tait l\u00e0 \u00e0 nous faire des signes. Une autre voiture est venue d\u00e9barquer un autre groupe de mis\u00e9rables. On entendait les vagues se briser sur le rivage. L\u2019odeur inimitable de la mer tonifiait nos muscles. Les enfants commen\u00e7aient \u00e0 pleurer de faim. Un jeune homme s\u2019approcha de nous, une serpe \u00e0 la main vocif\u00e9rant ses diatribes, mena\u00e7ait avec un air p\u00e9remptoire les mamans et demanda de faire taire les gosses. Un climat de terreur c\u2019est install\u00e9 parmi nous. On avait \u00e0 faire \u00e0 des fauves qui n\u2019avaient rien d\u2019humain. Nous \u00e9tions pour eux une simple marchandise \u00e0 livrer \u00e0 l\u2019autre rive. Sur le rivage 3 hommes peinaient \u00e0 gonfler le zodiac imposant et fixaient un moteur puissant. A quelques encablures de la baraque des gardes-fronti\u00e8re qui diffusait une lumi\u00e8re fade.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Regroupez-vous devant moi, disait l\u2019homme au chapeau marron. Vous allez suivre \u00e0 la lettre ces consignes sinon vous serez jet\u00e9s \u00e0 la mer. Ici on ne rigole pas. Vous allez embarquer en silence et surtout ne regardez jamais le visage du timonier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En colonne nous nous dirigeons vers le zodiac qui s\u2019agitait avec fr\u00e9n\u00e9sie au gr\u00e9 des vagues. Nous embarquions p\u00e9niblement. Nous \u00e9tions une trentaine, nombre qui exc\u00e8de les capacit\u00e9s d\u2019emport du zodiac. C\u2019\u00e9tait \u00e0 coup de pied que l\u2019installation se faisait. Les coups pleuvaient sans distinction entre hommes et femmes. La parit\u00e9 \u00e9tait appliqu\u00e9e. Les visages livides, les yeux exorbitants, qui brillaient comme des lucioles, scrutaient l\u2019horizon embu\u00e9. Houssa se collait \u00e0 moi, je sentais son haleine qui puait le poisson pourri, ses jambes qui tremblaient, je n\u2019\u00e9tais pas en meilleurs posture que lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je fouillais dans ma m\u00e9moire \u00e0 la recherche d\u2019un verset du Saint Coran, mais rien ne remontait \u00e0 la surface. Un vent froid venait fouetter nos visage sculpt\u00e9s dans du granit.\u00a0 La voute c\u00e9leste illumin\u00e9e de milliers de paillettes et l\u2019immensit\u00e9 de l\u2019oc\u00e9an m\u2019ont fait red\u00e9couvrir mon insignifiance, j\u2019\u00e9tais r\u00e9duit \u00e0 l\u2019\u00e9tat granuleux. Le timonier sans pr\u00e9liminaire appuyait sur la manette, le zodiac pointe lev\u00e9e vers l\u2019avant fondait dans le noir sur la surface insidieuse de la mer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une d\u00e9charge \u00e9lectrique traversait ma colonne. On s\u2019agrippait avec l\u2019\u00e9nergie du d\u00e9sespoir aux cordages, le buste repli\u00e9 pour offrir moins de surface aux rafales de vents charg\u00e9es d\u2019eau. Les mamans ont arrim\u00e9 leurs b\u00e9b\u00e9s solidement \u00e0 leurs poitrines jusqu&rsquo;\u00e0 l\u2019\u00e9touffement. Une peur sourde planait sur nous, j\u2019ai pris deux comprim\u00e9s psychotropes, j\u2019ai aval\u00e9 un et remis l\u2019autre \u00e0 Houssa. L\u2019effet \u00e9tait imm\u00e9diat. Les d\u00e9mons de la peur ont vite quitt\u00e9s nos esprits. Les vomissures giclaient avec atrocit\u00e9, accompagn\u00e9es de son roc d\u2019\u00e9gorg\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du coin de l\u2019\u0153il je regardais le timonier pointer sa boussole pour s\u2019orienter dans ce d\u00e9sert aquatique. Le vent devenait virulent, les vagues prenaient de l\u2019ascendant et notre zodiac jouait aux montagnes russes. Impavide, le timonier fon\u00e7ait vers ces remparts d\u2019eau qui se dressaient avec imp\u00e9tuosit\u00e9 en gardiens de l\u2019Europe. C\u2019\u00e9tait une lutte suicidaire. Le zodiac prenait l\u2019eau, avec des mouvements d\u00e9sordonn\u00e9s ou \u00e9vacuait le liquide l\u00e9tal. L\u2019\u00e9cume se collait \u00e0 l\u2019embarcation et lui donnait l\u2019aspect lugubre d\u2019un linceul.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les images nettes de ma mis\u00e9rable vie d\u00e9filaient dans ma t\u00eate. Je voulais m\u2019accrocher \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement d\u00e9licieux captivant, mais c\u2019\u00e9tait uniquement un cumul de malheurs et de frustration. Je voulais simplement me r\u00e9concilier avec DIEU avant de rejoindre les limbes. Un vague majestueuse renversa notre embarcation. Mes mains sont soud\u00e9es \u00e0 la corde. Houssa me tenait par l\u2019\u00e9paule, quelques t\u00eates apparaissaient autour de l\u2019\u00e9pave.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Houssa, me regardait dans les yeux et l\u00e0 j\u2019ai vu la d\u00e9faite le renoncement et la d\u00e9cr\u00e9pitude de la volont\u00e9. J\u2019ai essay\u00e9 de le maintenir hors de l\u2019eau, il l\u00e2cha la corde qui lui entaillait la chair et je le voyais s\u2019enfoncer dans les eaux sombres. Des fus\u00e9es \u00e9clairantes sont tir\u00e9es probablement par le timonier. Notre calvaire durait pendant une \u00e9ternit\u00e9, nos espoirs se r\u00e9duisaient au fil du temps. A ma droite un colosse noir soutenait une jeune femme qui serrait un b\u00e9b\u00e9. Le b\u00e9b\u00e9 \u00e9tait mort, il ne bougeait plus, mais la pauvre maman ne voulait pas se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence. M\u00eame mort le b\u00e9b\u00e9 donnait du courage \u00e0 cette m\u00e8re pour vaincre la mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des lumi\u00e8res puissantes paraissaient devant nous, c\u2019\u00e9tait les secours. Ils jetaient une corde que le colosse nouait au zodiac. Une \u00e9chelle de corde est d\u00e9roul\u00e9e sur le flanc de la vedette.\u00a0 La man\u0153uvre \u00e9tait p\u00e9rilleuse. Nous avons encore perdu deux autres malheureux. Sur le pont, on nous servait une boisson chaude, des infirmiers nous donnaient les premiers soins. On nous faisait descendre dans la cale. Nous \u00e9tions enferm\u00e9s dans deux cabines peu spacieuses, extenu\u00e9s nous sombrions dans un sommeil d\u00e9licieux jamais \u00e9gal\u00e9. Houssa me parlait du fond de la mer, des merveilles exub\u00e9rantes, de la paix, la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 qui font des abysses un espace sublime. Il ne regrette pas de quitter ce monde inique pour celui de l\u2019infini bonheur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Repose en Paix mon ami, mon calvaire ne fait que commencer.<\/p>\n<p><i>Par Rachid Jalal, <\/i><em>pour Maghreb Canada Express, Vol. XVIII, N\u00b011 , pages 13 \u00e0 15, Novembre 2020.<\/em><\/p>\n<div id=\"text-18\" class=\"sidebar-wrap clearfix widget_text\">\n<h3><a href=\"http:\/\/www.maghreb-canada.ca\/journal\/2020\/MCE206-11-2020.pdf\">LIRE L\u2019\u00c9DITION DU MOIS DE NOVEMBRE 2020<\/a><\/h3>\n<div class=\"textwidget\">\n<p><a href=\"http:\/\/www.maghreb-canada.ca\/journal\/2020\/MCE206-11-2020.pdf\"> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"style1\" src=\"http:\/\/www.maghreb-canada.ca\/journal\/2020\/n206.JPG\" alt=\"Maghreb Canada Express\" width=\"176\" height=\"239\" \/><\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La sonnette retentit dans la cour du lyc\u00e9e annon\u00e7ant la fin des cours. Le portail s\u2019ouvrait, une meute d\u00e9chain\u00e9e prenait d\u2019assaut la rue. Assis sur le perron d\u2019une maison avec mon ami Houssa, cigarette \u00e0 la main, je suivais indiff\u00e9remment des yeux cette mar\u00e9e humaine qui se dispersait dans un d\u00e9sordre chaotique. Puis, prenant mon [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4962,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,6,8],"tags":[],"class_list":["post-4961","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-immigration","category-maghreb","category-numero-du-mois"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4961","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4961"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4961\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4964,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4961\/revisions\/4964"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4962"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4961"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4961"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/maroc-canada.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4961"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}