{"id":5276,"date":"2021-07-08T06:45:38","date_gmt":"2021-07-08T10:45:38","guid":{"rendered":"https:\/\/maroc-canada.ca\/?p=5276"},"modified":"2021-07-08T06:57:39","modified_gmt":"2021-07-08T10:57:39","slug":"maroc-la-decarbonation-de-lindustrie-plus-quune-necessite-un-gage-de-sa-survie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maroc-canada.ca\/?p=5276","title":{"rendered":"Maroc &#8211; La d\u00e9carbonation de l\u2019industrie, plus qu\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 : un gage de sa survie"},"content":{"rendered":"\n<p>On ne le r\u00e9p\u00e9tera jamais assez, le changement climatique est une donne \u00e0 int\u00e9grer imp\u00e9rativement dans toutes les politiques publiques de l\u2019Etat en termes d\u2019att\u00e9nuation et d\u2019adaptation. A fortiori, au Maroc o\u00f9 ce fl\u00e9au mondial s\u00e9vit avec acuit\u00e9 depuis le milieu des ann\u00e9es 1970. Son impact n\u00e9gatif est on ne peut plus claire sur les ressources naturelles, l\u2019eau en particulier, les \u00e9cosyst\u00e8mes \u00e9cologiques, l\u2019avanc\u00e9e de la d\u00e9sertification, et plus globalement sur tous les secteurs socio\u00e9conomiques productifs, sans parler des impacts sociaux tels que la perte de l\u2019emploi en milieu rural et son corollaire, l\u2019exode rural engendr\u00e9s par les s\u00e9cheresses r\u00e9currentes notamment celles ayant dur\u00e9e six ann\u00e9es cons\u00e9cutives de 1979 \u00e0 1985.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/solaire.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-834\" width=\"408\" height=\"122\" srcset=\"https:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/solaire.jpg 1024w, https:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/solaire-300x90.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 408px) 100vw, 408px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Ce constat alarmant a pouss\u00e9 le Maroc \u00e0 adopter au milieu des ann\u00e9es 1980 des mesures palliatives et anticipatives dans les secteurs les plus impact\u00e9s par le changement climatique, en l\u2019occurrence l\u2019eau et l\u2019agriculture. Le Royaume a par ailleurs mis en place depuis les ann\u00e9es 1960 les soubassements d\u2019une politique de maitrise de l\u2019eau et du d\u00e9veloppement de l\u2019irrigation moderne \u00e0 grande \u00e9chelle qui ont permis au secteur de l\u2019eau d\u2019accompagner le d\u00e9veloppement socio\u00e9conomique du pays et d\u2019\u00eatre plus r\u00e9siliant face aux caprices du climat. Selon les derniers chiffres du Minist\u00e8re de l\u2019\u00e9quipement, du transport, de la logistique et de l\u2019eau, le pays compte actuellement 149 grand barrages d\u2019une capacit\u00e9 de stockage d\u2019environ 19 milliards de m3, 133 petits barrages en exploitation et 13 syst\u00e8mes de transfert d\u2019eau interbassins versants. Cette importante infrastructure hydraulique, coupl\u00e9e \u00e0 une gestion int\u00e9gr\u00e9e et participative des ressources en eau, a permis au pays de satisfaire sans grandes difficult\u00e9s malgr\u00e9 des s\u00e9cheresses r\u00e9currentes, ses besoins en eau potable, le d\u00e9veloppement de l\u2019irrigation moderne sur plus de 1,5 million d\u2019hectare et la production de l\u2019\u00e9nergie hydro\u00e9lectrique qui contribue en moyenne \u00e0 10% de la production \u00e9lectrique du pays selon l\u2019hydraulicit\u00e9 de l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais aujourd\u2019hui, le changement climatique impose au Maroc des d\u00e9fis plus ardus que de par le pass\u00e9. Aux principaux secteurs classiquement impact\u00e9s par ce fl\u00e9au tels que l\u2019eau et l\u2019agriculture pr\u00e9cit\u00e9s, s\u2019ajoutent des secteurs \u00e9mergeants comme celui de l\u2019industrie qui a connu un essor consid\u00e9rable ces derni\u00e8res ann\u00e9es dans le sillage de la mise en \u0153uvre du Plan d\u2019Acc\u00e9l\u00e9ration Industrielle (PAI 2014-2020). Ledit plan a \u00e9t\u00e9 le catalyseur du d\u00e9veloppement du secteur industriel marocain, traduit entre autres par l&rsquo;accroissement de la&nbsp;part industrielle dans le PIB national&nbsp;de 9 points, passant de 14% en 2014 \u00e0 23% en&nbsp;2020 et la cr\u00e9ation d\u2019un demi-million d\u2019emplois, pour moiti\u00e9 provenant des IDE et pour moiti\u00e9 du tissu industriel national r\u00e9nov\u00e9 (chiffres du Minist\u00e8re de l\u2019Industrie, du commerce et de l\u2019\u00e9conomie verte et num\u00e9rique marocain). A noter \u00e9galement selon la m\u00eame source que la part des exportations \u00e0 contenu technologique \u00e9lev\u00e9 et moyennement \u00e9lev\u00e9 s\u2019est situ\u00e9e \u00e0 55% en 2017, en progression de 17 points par rapport \u00e0 2007.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 cette prouesse industrielle qui honore le Maroc, le changement climatique s\u2019invite encore une fois chez les faiseurs de la politique publique en apportant une contrainte de taille: le verdissement des produits industriels faute d\u2019\u00eatre p\u00e9nalis\u00e9s par la taxe carbone qui se profile \u00e0 l\u2019horizon tr\u00e8s proche. L\u2019Europe, un des principaux clients du Maroc, compte en effet instaurer en 2023 une taxe carbone sur ses importations en produits et services. C\u2019est une menace r\u00e9elle pour des secteurs cl\u00e9s comme l\u2019automobile, l\u2019a\u00e9ronautique, voire l\u2019industrie extractive qui constituent l\u2019ossature de l\u2019industrie marocaine. C\u2019est donc une course contre la montre que doit engager le Maroc pour d\u00e9carboniser son industrie s\u2019il veut pr\u00e9server ses acquis et les renforcer davantage dans le futur. Pour y parvenir, la d\u00e9carbonation, terme qui a pris le dessus sur la d\u00e9carbonisation, est sans le moindre doute une mesure urgente \u00e0 adopter par le pays pour pr\u00e9server les avantages comparatifs de ses produits industriels.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2018\u2019C\u2019est le moment ou jamais de mobiliser une partie des \u00e9nergies renouvelables du Maroc au service d\u2019un ancrage industriel\u2019\u2019, dixit le ministre de l\u2019Industrie, du commerce et de l\u2019\u00e9conomie verte et num\u00e9rique, Moulay Hafid Elalamy. Le comment reste tout de m\u00eame une question cruciale et urgente pos\u00e9e \u00e0 toutes les parties prenantes, gouvernement, parlement et secteur priv\u00e9 qui doivent tous mutualiser leurs moyens et efforts pour apporter les bonnes solutions. Car, il s\u2019agit bien de politiques publiques ad\u00e9quates et concert\u00e9es \u00e0 adopter, de mesures incitatives \u00e0 accorder aux acteurs priv\u00e9s, de texte de loi \u00e0 promulguer et de fonds d\u2019investissements publics et priv\u00e9s \u00e0 lever, ensemble pour un objectif commun&nbsp;: d\u00e9velopper les \u00e9nergies renouvelables et les orienter vers l\u2019industrie destin\u00e9e \u00e0 l\u2019export. Ce challenge est loin d\u2019\u00eatre facile \u00e0 gagner sans une vision strat\u00e9gique concert\u00e9e sur les besoins et l\u2019usage des \u00e9nergies renouvelables actuellement produites et projet\u00e9es au Maroc. Le Royaume envisage en effet de produire 52% de son \u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 partir de sources renouvelables \u00e0 l\u2019horizon 2030.<\/p>\n\n\n\n<p>A aujourd\u2019hui, les puissances install\u00e9es en \u00e9nergie renouvelable sont de 700 MW pour le solaire,&nbsp;r\u00e9partis entre 5 centrales, 1012 MW pour l\u2019\u00e9olien,&nbsp;r\u00e9partis entre 10 parcs en exploitation et 1770 MW pour l\u2019hydro\u00e9lectricit\u00e9&nbsp;r\u00e9partis entre 29 barrages et Stations de Transfert d\u2019Energie par Pompage (STEP). Le d\u00e9fi est de savoir par exemple comment orienter la production \u00e9lectrique de la m\u00e9ga-centrale solaire Noor Ouarzazate vers les industries exportatrices, distantes quand m\u00eame de centaines de Km du lieu de production? la m\u00eame question se pose par rapport \u00e0 la production du parc \u00e9olien de la dorsale calcaire pr\u00e8s de Tanger qui a par contre l\u2019avantage d\u2019\u00eatre \u00e0 proximit\u00e9 g\u00e9ographique de l\u2019usine de Renault&nbsp;? D\u2019autre part, qu\u2019on est-il des futurs projets destin\u00e9s eux aussi \u00e0 produire de l\u2019\u00e9nergie propre comme Noor Midelt, projet plus ambitieux que Noor Ouarzazate (800 MW de puissance solaire install\u00e9e pour Midelt contre 580 pour Ouarzazate), ou les parcs \u00e9oliens inscrits dans la strat\u00e9gie 2010-2030 des \u00e9nergies renouvelables&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Ind\u00e9pendamment de ce que peut faire le Maroc pour d\u00e9carboniser sa production industrielle et am\u00e9liorer ainsi sa comp\u00e9titivit\u00e9 et renforcer son attractivit\u00e9, l\u2019Union Europ\u00e9enne, premier bastion des exportations nationales avec une part de 65%, s\u2019est fix\u00e9e l\u2019objectif d\u2019atteindre la neutralit\u00e9 carbone d\u2019ici 2050 et compte imposer une taxe carbone \u00e0 ses fronti\u00e8res d\u2019ici 2023. Ainsi, les produits ne respectant pas des normes environnementales \u00e9lev\u00e9es seront p\u00e9nalis\u00e9s sur le march\u00e9 europ\u00e9en. Ce risque est \u00e0 prendre au s\u00e9rieux d\u00e8s maintenant par le Maroc pour ne pas perdre ses avantages comparatifs sur ce grand march\u00e9 europ\u00e9en, ce qui lui permettra de se pr\u00e9munir contre une chute drastique de ses exportations industrielles.<\/p>\n\n\n\n<p>La clairvoyance royale a permis au Maroc de s\u2019orienter tr\u00e8s t\u00f4t vers les \u00e9nergies renouvelables qui constituent un atout majeur pour gagner le pari de la r\u00e9silience industrielle, pourvu que le pays sache orienter sa production \u00e9lectrique \u2018propre\u2019 vers le secteur industriel. En fait, il est plus sens\u00e9 d\u2019affecter cette \u00e9nergie \u00e0 une usine industrielle que de l\u2019injecter dans le r\u00e9seau national. Heureusement que le ministre de l\u2019Industrie, du commerce et de l\u2019\u00e9conomie verte et num\u00e9rique, Moulay Hafid Elalamy en est conscient au vu d\u2019une de ses derni\u00e8res d\u00e9clarations. Mais, qu\u2019en est-il pour les autres acteurs&nbsp;dont la contribution est aussi cruciale que le minist\u00e8re de tutelle?<\/p>\n\n\n\n<p>En somme, le pays est cit\u00e9 en exemple pour son engagement ferme dans la lutte contre le changement climatique conform\u00e9ment \u00e0 ses engagements pris dans le cadre de l\u2019Accord de Paris sur le climat en 2015. Le Royaume gagnerait toutefois \u00e0 afficher la m\u00eame volont\u00e9 pour assurer une r\u00e9silience du secteur industriel aux d\u00e9fis du changement climatique et de la d\u00e9carbonation en particulier. Dot\u00e9 d\u2019une enveloppe budg\u00e9taire de 34 MMDH, le Plan de relance industrielle 2021\/2023, visant \u00e0 substituer \u00e0 l\u2019importation les industries marocaines, est une chance pour se saisir de cette question, avec bien entendu le concours de toutes les parties prenantes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Par\u00a0Mohamed Alaoui,<\/em><\/strong> <em>D<\/em><strong><em>r, Ing., <\/em><\/strong><em>Expert Senior en eau et  d\u00e9veloppement durable<\/em>,  <em>pour Maghreb Canada Express, Vol. XIX, N\u00b007 , pages 11-12 , Juillet 2021<\/em> <\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/maghreb-canada.ca\/journal\/2021\/MCE214-07-2021.pdf\">POUR LIRE L\u2019\u00c9DITION DU MOIS DE JUILLET 2021, CLIQUER SUR L&rsquo;IMAGE :<\/a><\/h3>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"https:\/\/maghreb-canada.ca\/journal\/2021\/MCE214-07-2021.pdf\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/maghreb-canada.ca\/journal\/2021\/n214.JPG\" alt=\"Maghreb Canada Express\"\/><\/a><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On ne le r\u00e9p\u00e9tera jamais assez, le changement climatique est une donne \u00e0 int\u00e9grer imp\u00e9rativement dans toutes les politiques publiques de l\u2019Etat en termes d\u2019att\u00e9nuation et d\u2019adaptation. 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