{"id":5822,"date":"2022-10-14T11:40:16","date_gmt":"2022-10-14T15:40:16","guid":{"rendered":"https:\/\/maroc-canada.ca\/?p=5822"},"modified":"2022-10-14T12:50:40","modified_gmt":"2022-10-14T16:50:40","slug":"tableau-sombre-de-la-liberte-de-la-presse-en-algerie-ou-la-presse-independante-en-arrache-selon-ahcene-tahraoui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maroc-canada.ca\/?p=5822","title":{"rendered":"Tableau sombre de la libert\u00e9\u00a0 de la presse en Alg\u00e9rie; o\u00f9 la presse ind\u00e9pendante en arrache selon Ahcene Tahraoui"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Alors que le d\u00e9lit de presse est abrog\u00e9 par la constitution, de nombreux journalistes se font toujours arr\u00eater pour leurs \u00e9crits. Selon un rapport de RSF, &nbsp;&nbsp;m\u00e9dias et journalistes subissent de nombreuses pressions<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le jour m\u00eame de l\u2019\u00e9lection de l\u2019Alg\u00e9rie au Conseil des droits de l\u2019homme des Nations Unies pour un mandat de deux ans , Nadir Kerri, journaliste et directeur du&nbsp; journal \u00e9lectronique autojazair.dz&nbsp; est interpell\u00e9 \u00e0 Alger par les services de s\u00e9curit\u00e9 et plac\u00e9 sous contr\u00f4le judiciaire apr\u00e8s son audition par le juge d\u2019instruction du tribunal de Sidi M\u2019hamed (Alger). Son seul \u00ab&nbsp;tord&nbsp;\u00bb&nbsp;: la publication d\u2019un article &nbsp;sur la loi concernant l\u2019importation de v\u00e9hicules. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>C&rsquo;est la seconde fois qu&rsquo;un journaliste est interpell\u00e9 en l&rsquo;espace d&rsquo;un mois pour un article de presse. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le 8 septembre dernier, Belkacem Houam, journaliste du quotidien arabophone&nbsp;<em>Echorouk<\/em>, est interpell\u00e9 puis mis sous mandat de d\u00e9p\u00f4t pour un papier&nbsp;\u00e9voquant l&rsquo;arr\u00eat imm\u00e9diat des exportations vers la France des dattes du c\u00e9l\u00e8bre label alg\u00e9rien \u00abDeglet Nour\u00bb, au motif qu\u2019elles contenaient des substances nocives pour la sant\u00e9;&nbsp;\u00e0 savoir &nbsp;de forts taux r\u00e9siduels d\u2019un pesticide interdit dans l\u2019Union europ\u00e9enne. Cette&nbsp; \u00e9ni\u00e8me incarc\u00e9ration &nbsp;a suscit\u00e9 l\u2019indignation de la corporation&nbsp; qui a r\u00e9clam\u00e9, dans une p\u00e9tition, la lib\u00e9ration de leur confr\u00e8re. <\/p>\n\n\n\n<p>Le Syndicat national des journalistes (ind\u00e9pendant) &nbsp;a , pour sa part, d\u00e9nonc\u00e9 \u00ab<em>une mesure extr\u00eame, hautement disproportionn\u00e9e et qui va \u00e0 l&rsquo;encontre de tous les textes en vigueur r\u00e9gissant l&rsquo;exercice du m\u00e9tier de journaliste et des m\u00e9dias en g\u00e9n\u00e9ral en Alg\u00e9rie<\/em>\u00bb. Le 11 octobre dernier, le tribunal de Sidi M\u2019hamed a condamn\u00e9, l\u2019activiste et journaliste Fodil Boumala \u00e0 un an de prison ferme, assortie d\u2019une amende de 50.000 DA&nbsp; <strong>et \u00e0 la saisie des objets confisqu\u00e9s (t\u00e9l\u00e9phone et tablette).&nbsp;<\/strong> Fodil Boumala, &nbsp;arr\u00eat\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises et mis m\u00eame sous mandat d\u00e9p\u00f4t, a d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 six mois en prison durant le mouvement populaire anti-pouvoir&nbsp; (hirak), avant d\u2019\u00eatre acquitt\u00e9 des accusations retenues contre lui dont\u2026. \u00ab atteinte \u00e0 l\u2019unit\u00e9 nationale\u00bb&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La liste des professionnels des m\u00e9dias jet\u00e9s en prison, &nbsp;plac\u00e9s sous contr\u00f4le judiciaire &nbsp;ou emp\u00each\u00e9s de quitter le territoire national est longue alors que la &nbsp;loi alg\u00e9rienne dispose que le d\u00e9lit de presse n&rsquo;est pas passible d&rsquo;une peine de prison. Rabah Kareche, correspondant&nbsp; \u00e0 Tamanrasset de feu journal Libert\u00e9 a pass\u00e9 huit mois en prison pour un article rapportant le point de vue de citoyens de la commune de Tazrout au sujet du dernier d\u00e9coupage administratif. Le simple fait d\u2019\u00e9voquer la corruption des responsables et la r\u00e9pression des manifestations pacifiques peut valoir aux journalistes menaces et interpellations. Pis, parfois, il suffit d\u2019exprimer sur Facebook une quelconque opinion politique critique \u00e0 l\u2019\u00e9gard des autorit\u00e9s nationales ou r\u00e9gionales &nbsp;pour se retrouver derri\u00e8re les barreaux. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En dehors de Belkacem Haouam incarc\u00e9r\u00e9 depuis le 8 septembre 2022, deux journalistes, Hassan Bouras et Mohamed Mouloudj, sont en d\u00e9tention sous des accusations li\u00e9es \u00e0 l\u2019article 87 bis du code p\u00e9nal&nbsp; (liens avec des activit\u00e9s subversives ou terroristes) et non pas pour des articles ou des contenus m\u00e9diatiques. El Kadi Ihsane, &nbsp;directeur de la station alg\u00e9rienne Radio M et du site d&rsquo;information Maghreb Emergent, poursuivi pour un article de presse, a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 en juin dernier \u00e0 six mois de prison ferme. Notre confr\u00e8re a &nbsp;\u00e9t\u00e9 jug\u00e9 \u00e0 la suite d&rsquo;une plainte de l&rsquo;ancien ministre de la Communication Amar Belhimer pour un article publi\u00e9 sur le site de Radio M sur le mouvement islamiste Rachad et les protestations pro-d\u00e9mocratie en Alg\u00e9rie. <\/p>\n\n\n\n<p>Tout comme le Mouvement pour l\u2019autonomie de la Kabylie, le mouvement Rachad bas\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, est class\u00e9 comme organisation terroriste depuis mai 2021 par les autorit\u00e9s alg\u00e9riennes. El Kadi \u00e9tait &nbsp;\u00e9tait poursuivi&nbsp; dans trois affaires pour \u00ab&nbsp;diffusion de fausses nouvelles&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;atteinte \u00e0 l\u2019unit\u00e9 nationale&nbsp;\u00bb ou encore \u00ab&nbsp;appartenance \u00e0 une organisation terroriste&nbsp;\u00bb.&nbsp; Avant lui, &nbsp;d\u2019autres &nbsp;journalistes \u00e9taient et sont toujours poursuivis pour le m\u00eame chef d\u2019inculpation, &nbsp;Sa\u00efd Boudour, Djamila Loukil, Hassan Bouras, Abdelkrim Zeghil\u00e8che et Mohamed Mouloudj. Des poursuites surr\u00e9alistes rendues possibles par l\u2019amendement de l\u2019article 87 bis du Code p\u00e9nal introduit par Abdelmadjid Tebboune par ordonnance en juin 2021, soulignent des d\u00e9fenseurs des droits de l\u2019homme.\u00ab&nbsp;Les d\u00e9tentions ou poursuites judiciaires directes \u00e0 l\u2019initiative du pouvoir ex\u00e9cutif contre des journalistes dans le strict exercice de leur m\u00e9tier ne manquent bien sur pas ces derniers mois pour soutenir le sentiment qu\u2019il s\u2019agit bien d\u2019une politique de r\u00e9pression concert\u00e9e de l\u2019expression m\u00e9diatique&nbsp;\u00bb, observe&nbsp; El Kadi Ihsane dans une tribune publi\u00e9e sur le site de Radio M. <em>\u00ab&nbsp;En r\u00e9alit\u00e9, si le recours \u00e0 la case prison n\u2019est pas syst\u00e9matique, la menace contre la libert\u00e9 des journalistes pour leur travail professionnel n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi pesante depuis l\u2019extinction des assassinats par le terrorisme Djihadiste des ann\u00e9es 1990&nbsp;\u00bb, <\/em>ajoutera t-il<em> rappelant que <\/em>neuf journalistes au moins ont connu la prison sous la pr\u00e9sidence de Abdelmadjid Tebboune depuis fin d\u00e9cembre 2019 : Khaled Drareni, Hassan Bouras, Rabah Kareche,&nbsp; Merzoug Touati, Mohamed Mouloudj, Said Boudour, Moncef Ait Kaci, Ramdane Rahmouni, Belkacem Haouam, la majorit\u00e9 directement&nbsp; pour des accusations li\u00e9es \u00e0 l\u2019exercice de leur m\u00e9tier comme dans le cas des ex -correspondants de France 24&nbsp;cit\u00e9s ici<em>. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pressions politiques, financi\u00e8res et \u00e9conomiques, la situation des m\u00e9dias d\u2019opposition en Alg\u00e9rie est inqui\u00e9tante. Le quotidien Libert\u00e9, &nbsp;critique \u00e0 l\u2019\u00e9gard du pouvoir, a ferm\u00e9 ses portes en avril dernier apr\u00e8s 30 ans d\u2019exercice. Le propri\u00e9taire du journal, Issad Rebrab, plus grosse fortune du pays, 7<sup>e<\/sup> plus riche homme d\u2019Afrique pour le magazine am\u00e9ricain Forbes, en 2021, subissait des pressions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de la part du pouvoir d\u2019Alger. Son journal a \u00e9t\u00e9 m\u00eame cit\u00e9 nomm\u00e9ment par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, lors d\u2019une conf\u00e9rence de presse avec des patrons des m\u00e9dias,&nbsp; pour avoir parl\u00e9 du\u2026 ch\u00f4mage dans l\u2019\u00e9dition du jour&nbsp;!. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour Karim Kebir, journaliste \u00e0 Libert\u00e9, <em>\u00ab&nbsp;les arguments qui nous ont \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9s pour expliquer la fermeture \u00e9taient d\u2019ordre purement \u00e9conomique, et ils sont loin de convaincre tout le monde. La loi alg\u00e9rienne pr\u00e9cise un certain nombre de conditions sous lesquelles un propri\u00e9taire peut recourir \u00e0 la liquidation de son entreprise \u2013&nbsp;par exemple, lorsqu\u2019elle r\u00e9alise trois ann\u00e9es de suite un r\u00e9sultat n\u00e9gatif. Ce n\u2019est pas le cas de&nbsp;Libert\u00e9.&nbsp;Au regard de certaines attaques dont nous avons \u00e9t\u00e9 la cible de la part des autorit\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es, les causes de la fermeture me semblent plut\u00f4t politiques. En r\u00e9alit\u00e9,&nbsp;Libert\u00e9&nbsp;\u00e9tait rest\u00e9 une exception dans le champ m\u00e9diatique alg\u00e9rien, car bien qu\u2019il appartienne \u00e0 un homme d\u2019affaires, il continuait d\u2019aborder librement les dossiers \u00e9conomiques et politiques du pays. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mais ces derni\u00e8res ann\u00e9es, nous avons fait l\u2019objet d\u2019attaques \u00e0 trois reprises de la part des plus hautes autorit\u00e9s du pays. Notamment un violent communiqu\u00e9 en avril 2020, qui nous a \u00e9t\u00e9 adress\u00e9 par le ministre de la Communication de l\u2019\u00e9poque Ammar Belhimer, suite \u00e0 la publication de dossiers critiques envers la politique de gestion de la crise sanitaire li\u00e9e au Covid-19. Un de nos journalistes,&nbsp;Rabah Kar\u00e8che, a \u00e9t\u00e9 mis en prison en avril 2021, pour un reportage r\u00e9alis\u00e9 dans le sud alg\u00e9rien, et&nbsp;deux autres journalistes, arr\u00eat\u00e9s&nbsp;\u00bb,<\/em> t\u00e9moigne &nbsp;notre confr\u00e8re de Libert\u00e9. El Watan, une autre r\u00e9f\u00e9rence journalistique en Alg\u00e9rie risque de subir le m\u00eame sort. Chantages commerciaux, pressions politiques, El Watan l\u2019un des premiers journaux cr\u00e9es en Alg\u00e9rie en 1990 d\u00e9nonce sa \u00ab&nbsp;mise \u00e0 mort programm\u00e9e&nbsp;\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette situation qui s\u2019achemine vers la fermeture, selon le directeur du journal, &nbsp;est imputable au gel &nbsp;des comptes bancaires de l\u2019entreprise depuis le mois de mars dernier, mais aussi au &nbsp;tarissement des ressources publicitaires priv\u00e9es et de la suspension &nbsp;unilat\u00e9rale&nbsp; d\u2019un accord sign\u00e9 avec l\u2019Agence nationale d\u2019\u00e9dition et de publicit\u00e9 (ANEP, organisme public ayant le monopole de la publicit\u00e9 \u00e9tatique). El Watan est somm\u00e9 par les autorit\u00e9s de s\u2019acquitter &nbsp;des arri\u00e9r\u00e9s de la dette fiscale remontant \u00e0 la p\u00e9riode du&nbsp;covid, lorsque les autorit\u00e9s avaient autoris\u00e9 les entreprises \u00e0 diff\u00e9rer le paiement de leurs imp\u00f4ts. \u00ab&nbsp;On risque la fermeture du journal&nbsp;\u00bb,&nbsp;alerte le directeur de la publication.&nbsp;\u00ab&nbsp;La situation que nous vivons actuellement est li\u00e9e \u00e0 la volont\u00e9 des pouvoirs publics de nous mettre sous une pression fiscale \u00e9norme&nbsp;\u00bb, accuse t-il&nbsp;, d\u00e9plorant que &nbsp;\u00ab&nbsp;pendant la pand\u00e9mie de Covid-19, le journal n\u2019a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019aucune aide publique, contrairement \u00e0 d\u2019autres entreprises&nbsp;\u00bb.La situation de la presse dans la r\u00e9gion Afrique du Nord n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi pr\u00e9occupante, selon le dernier rapport 2022 de Reporters sans fronti\u00e8res (RSF). <\/p>\n\n\n\n<p>Les pays dans lesquels l\u2019organisation internationale a constat\u00e9 une aggravation de la situation sont l\u2019Alg\u00e9rie (134<sup>e<\/sup>\u00a0), o\u00f9 , est t-il soulign\u00e9, la libert\u00e9 de la presse recule de mani\u00e8re inqui\u00e9tante et l\u2019emprisonnement des journalistes devient chose courante, le Maroc (135<sup>e<\/sup>) qui maintient en prison trois figures importantes du journalisme en d\u00e9pit des pressions, ainsi que la Libye (143<sup>e<\/sup>\u00a0) et le Soudan. \u00ab\u00a0En Alg\u00e9rie, la situation s\u2019est consid\u00e9rablement d\u00e9grad\u00e9e en 2021\u00a0: de nombreux journalistes ont \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9s dans le pays, poursuivis en justice ou emp\u00each\u00e9s de voyager. Au Maroc, \u00ab les journalistes ind\u00e9pendants subissent une pression continue, et le pouvoir tente de mettre ce secteur aux ordres \u00bb, alors qu\u2019en Tunisie\u00a0 l\u2019ONG estime que \u00ab le coup de force du pr\u00e9sident Saied, en juillet 2021, fait craindre un recul de la libert\u00e9 de la presse \u00bb, souligne RSF dans son \u00e9valuation.<\/p>\n\n\n\n<p>Par Ahc\u00e8ne Tahraoui .<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"350\" height=\"350\" src=\"https:\/\/maroc-canada.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Ahcene-Tahraoui-e1662464452592.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5737\"\/><figcaption>Natif d\u2019Azazga, en Kabylie (Alg\u00e9rie), Ahcene Tahraoui a exerc\u00e9 dans les principaux quotidiens francophones alg\u00e9riens, Le Soir d\u2019Alg\u00e9rie, Libert\u00e9 et El Watan.&nbsp; Ses premiers papiers, il les publie au journal Horizons en 1989 alors qu\u2019il \u00e9tait encore \u00e9tudiant \u00e0 l\u2019Institut des sciences de l\u2019information et de la communication de l\u2019universit\u00e9 d\u2019Alger.  <\/figcaption><\/figure><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que le d\u00e9lit de presse est abrog\u00e9 par la constitution, de nombreux journalistes se font toujours arr\u00eater pour leurs \u00e9crits. 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