{"id":7312,"date":"2025-11-17T19:42:08","date_gmt":"2025-11-18T00:42:08","guid":{"rendered":"https:\/\/maroc-canada.ca\/?p=7312"},"modified":"2025-11-17T19:42:08","modified_gmt":"2025-11-18T00:42:08","slug":"maroc-afrique-fete-de-lindependance-et-temps-de-verite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maroc-canada.ca\/?p=7312","title":{"rendered":"Maroc \u2013 Afrique : F\u00eate de l\u2019ind\u00e9pendance et temps de v\u00e9rit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p>Par <strong><em>Abderrafie Hamdi <\/em><\/strong>(Rabat, Maroc)<\/p>\n\n\n\n<p>Le 18 novembre, le Maroc comm\u00e9more son ind\u00e9pendance. Soixante-dix ans se sont \u00e9coul\u00e9s depuis ce moment fondateur qui a restitu\u00e9 au pays sa souverainet\u00e9 et rendu \u00e0 ses citoyens une part essentielle de leur dignit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mais cette date marocaine r\u00e9sonne bien au-del\u00e0 des fronti\u00e8res nationales <\/h2>\n\n\n\n<p>Elle appartient \u00e0 une m\u00e9moire africaine plus vaste, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la majorit\u00e9 des pays du continent luttaient encore pour briser le joug colonial ou cherchaient \u00e0 poser les premi\u00e8res pierres de leurs \u00c9tats modernes. L\u2019Afrique des ann\u00e9es 1950 \u00e9tait une Afrique amput\u00e9e. Presque partout, il n\u2019existait ni syst\u00e8me \u00e9ducatif structur\u00e9, ni infrastructures sanitaires dignes de ce nom, ni capacit\u00e9 de d\u00e9veloppement autonome. <\/p>\n\n\n\n<p>Le continent servait avant tout de r\u00e9servoir de mati\u00e8res premi\u00e8res pour des \u00e9conomies europ\u00e9ennes en pleine expansion. Les richesses circulaient dans un seul sens : du Sud vers le Nord. L\u2019ind\u00e9pendance formelle n\u2019a pourtant pas suffi \u00e0 refermer cette parenth\u00e8se. Les soldats et administrateurs coloniaux ont quitt\u00e9 le continent, mais les logiques de domination, elles, ont perdur\u00e9. Comme l\u2019a \u00e9crit le grand penseur k\u00e9nyan Ali Mazrui : \u00ab <em>Le colonialisme n\u2019a pas quitt\u00e9 l\u2019Afrique lorsque ses soldats sont partis, mais lorsque le continent s\u2019est lib\u00e9r\u00e9 de son langage et de son r\u00e9cit.<\/em> \u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Autrement dit, l\u2019apr\u00e8s-ind\u00e9pendance a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par un ensemble plus subtil mais non moins d\u00e9terminant de d\u00e9pendances \u00e9conomiques, juridiques et mon\u00e9taires : accords commerciaux asym\u00e9triques, endettement structurel, pr\u00e9pond\u00e9rance de multinationales \u00e9trang\u00e8res, contr\u00f4le des fili\u00e8res mini\u00e8res et \u00e9nerg\u00e9tiques, sans oublier les nouvelles fronti\u00e8res europ\u00e9ennes qui se ferment aujourd\u2019hui aux jeunes Africains apr\u00e8s avoir longtemps \u00e9t\u00e9 ouvertes \u00e0 l\u2019exploitation de leurs ressources. Deux g\u00e9n\u00e9rations plus tard, une autre Afrique est en train d\u2019\u00e9merger. <\/p>\n\n\n\n<p>Les indicateurs de scolarisation ont progress\u00e9, les syst\u00e8mes de sant\u00e9 se sont consolid\u00e9s, les universit\u00e9s se sont renouvel\u00e9es et une nouvelle \u00e9lite intellectuelle et politique s\u2019affirme. L\u2019Europe vieillit, s\u2019inqui\u00e8te de ses d\u00e9serts d\u00e9mographiques et de sa perte d\u2019influence, tandis que l\u2019Afrique se projette dans l\u2019avenir avec une \u00e9nergie d\u00e9mographique unique, des \u00e9conomies en transition rapide et des ressources naturelles devenues strat\u00e9giques dans l\u2019\u00e9conomie mondiale. <\/p>\n\n\n\n<p>Le XXI? si\u00e8cle, qu\u2019on le veuille ou non, sera aussi un si\u00e8cle africain. Ce renversement historique ravive une question longtemps tenue \u00e0 distance : comment penser la v\u00e9rit\u00e9 et l\u2019\u00e9quit\u00e9 dans la relation entre l\u2019Afrique et le reste du monde ? Il ne s\u2019agit ni de r\u00e9clamer vengeance ni de relire le pass\u00e9 avec la col\u00e8re du pr\u00e9sent, mais de comprendre la profondeur des blessures laiss\u00e9es par des si\u00e8cles de captation et de domination. Les chiffres parlent d\u2019eux-m\u00eames. <\/p>\n\n\n\n<p>Selon plusieurs \u00e9tudes acad\u00e9miques, la Grande-Bretagne aurait extrait plus de 260 milliards de dollars du Kenya, 250 trillions d\u2019\u00c9gypte, 900 milliards du Nigeria et plus de 1,5 trillion d\u2019Afrique du Sud. La France, elle, aurait accumul\u00e9 plus de 5 trillions de dollars au cours de son empire africain, entre exploitation mini\u00e8re, fiscalit\u00e9 forc\u00e9e et transferts \u00e9conomiques massifs. L\u2019histoire est tout aussi lourde en Libye, confront\u00e9e \u00e0 la politique coloniale brutale de l\u2019Italie, ou au Congo, transform\u00e9 en propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e du roi L\u00e9opold II, o\u00f9 le pillage syst\u00e9matique a atteint des niveaux rarement \u00e9gal\u00e9s. En ce sens, les mots de Frantz Fanon r\u00e9sonnent encore : \u00ab L\u2019Europe est riche de ce qu\u2019elle a vol\u00e9 \u00e0 l\u2019Afrique. \u00bb <\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ce n\u2019est pas une accusation morale, mais un constat \u00e9conomique<\/h2>\n\n\n\n<p>Et aucune r\u00e9conciliation durable ne peut se construire en faisant abstraction de cette r\u00e9alit\u00e9. Face \u00e0 cet h\u00e9ritage, l\u2019Afrique a besoin de deux d\u00e9marches simultan\u00e9es : l\u2019une institutionnelle, port\u00e9e par les \u00c9tats et par l\u2019Union africaine, pour documenter le pass\u00e9, chiffrer les pr\u00e9judices, envisager des m\u00e9canismes de r\u00e9paration et red\u00e9finir les termes d\u2019une coop\u00e9ration \u00e9quilibr\u00e9e ; l\u2019autre citoyenne, culturelle et acad\u00e9mique, visant \u00e0 r\u00e9\u00e9crire l\u2019histoire du continent selon ses propres cat\u00e9gories, et non \u00e0 travers les prismes europ\u00e9ens qui ont longtemps fa\u00e7onn\u00e9 les imaginaires et les manuels scolaires. Car avant de parler de r\u00e9paration, il faut d\u2019abord parler de r\u00e9cit. Et avant de parler d\u2019\u00e9quit\u00e9, il faut redonner voix \u00e0 ceux dont l\u2019histoire a \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Afrique d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019est plus celle que les propagandes coloniales ont caricatur\u00e9e : elle est un espace g\u00e9opolitique incontournable, un r\u00e9servoir d\u00e9mographique sans \u00e9quivalent, un acteur strat\u00e9gique des transitions \u00e9nerg\u00e9tique, num\u00e9rique et industrielle. La question n\u2019est donc plus de savoir si l\u2019Afrique doit demander la v\u00e9rit\u00e9 et la justice, mais comment le faire : dans un esprit de responsabilit\u00e9, sans rupture inutile, mais avec la conviction que toute relation saine exige honn\u00eatet\u00e9, respect et reconnaissance. <\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans cet esprit qu\u2019une id\u00e9e m\u00e9rite d\u2019\u00eatre port\u00e9e : celle d\u2019un \u00ab Jour africain de la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb. Un jour o\u00f9 le continent affirmerait que la m\u00e9moire n\u2019est pas un fardeau mais une boussole. Un jour o\u00f9 l\u2019Europe reconna\u00eetrait que l\u2019histoire ne peut \u00eatre unilat\u00e9rale. Un jour o\u00f9 l\u2019Afrique dirait qu\u2019elle ne r\u00e9clame ni excuses humiliantes ni gestes symboliques creux, mais une \u00e9quit\u00e9 r\u00e9elle dans le partenariat futur. Les nations ne se grandissent jamais en niant leur pass\u00e9. Elles se grandissent lorsqu\u2019elles ont le courage de le regarder en face.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Abderrafie Hamdi (Rabat, Maroc) Le 18 novembre, le Maroc comm\u00e9more son ind\u00e9pendance. Soixante-dix ans se sont \u00e9coul\u00e9s depuis ce moment fondateur qui a restitu\u00e9 au pays sa souverainet\u00e9 et rendu \u00e0 ses citoyens une part essentielle de leur dignit\u00e9. 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