{"id":7539,"date":"2026-01-19T10:47:41","date_gmt":"2026-01-19T15:47:41","guid":{"rendered":"https:\/\/maroc-canada.ca\/?p=7539"},"modified":"2026-01-19T10:47:41","modified_gmt":"2026-01-19T15:47:41","slug":"quand-le-football-met-lafrique-face-a-ses-propres-contradictions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maroc-canada.ca\/?p=7539","title":{"rendered":"Quand le football met l\u2019Afrique face \u00e0 ses propres contradictions"},"content":{"rendered":"\n<p>Par Abderrafie Hamdi<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La Coupe d\u2019Afrique est d\u00e9sormais derri\u00e8re nous. Le S\u00e9n\u00e9gal a remport\u00e9 le troph\u00e9e, il est rentr\u00e9 \u00e0 Dakar avec la coupe, et tout un peuple a c\u00e9l\u00e9br\u00e9 ses joueurs. Cette joie est l\u00e9gitime, presque vitale. Dans des soci\u00e9t\u00e9s soumises \u00e0 de fortes tensions \u00e9conomiques et sociales, les moments de bonheur collectif sont rares et pr\u00e9cieux. Le football offre parfois cette parenth\u00e8se, cette respiration qui suspend, l\u2019espace de quelques heures, le poids du quotidien. \u00c0 ce titre, la victoire s\u00e9n\u00e9galaise m\u00e9rite d\u2019\u00eatre salu\u00e9e sans r\u00e9serve.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La d\u00e9faite du Maroc appelle un autre registre de r\u00e9flexion <\/h2>\n\n\n\n<p>Les raisons sportives existent, bien s\u00fbr : choix tactiques, gestion du match, efficacit\u00e9, concentration. Ce sont des questions qui rel\u00e8vent des techniciens, et il leur appartient d\u2019en tirer les enseignements. Mais s\u2019arr\u00eater l\u00e0 serait passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019essentiel. Car ce qui a entour\u00e9 cette comp\u00e9tition, avant m\u00eame le coup d\u2019envoi et tout au long du tournoi, d\u00e9passe largement la seule dimension sportive.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Maroc a abord\u00e9 cette Coupe d\u2019Afrique avec un niveau de pr\u00e9paration rarement atteint sur le continent. Infrastructures modernes, stades aux normes internationales, r\u00e9seaux de transport efficaces, organisation fluide, s\u00e9curit\u00e9 ma\u00eetris\u00e9e, offre h\u00f4teli\u00e8re solide, logistique \u00e9prouv\u00e9e : rien de tout cela n\u2019a \u00e9t\u00e9 improvis\u00e9. Ce travail s\u2019inscrit dans une strat\u00e9gie de long terme, nourrie par l\u2019exp\u00e9rience de comp\u00e9titions internationales r\u00e9centes et par une volont\u00e9 assum\u00e9e de hisser le pays \u00e0 un certain standard. La Coupe d\u2019Afrique a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de cette dynamique, et les faits sont l\u00e0 : sur le plan organisationnel, les r\u00e9sultats parlent d\u2019eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le terrain sportif, le parcours marocain des derni\u00e8res ann\u00e9es confirme cette trajectoire. Performances remarqu\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, titres dans les cat\u00e9gories de jeunes, pr\u00e9sence constante parmi les \u00e9quipes qui comptent : il s\u2019agit d\u2019un processus construit, fond\u00e9 sur l\u2019investissement, la formation et une meilleure gouvernance. Pourtant, ce chemin n\u2019a pas suscit\u00e9 l\u2019adh\u00e9sion tranquille que l\u2019on aurait pu attendre. Il a, au contraire, \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9 d\u2019un climat de suspicion, parfois virulent, \u00e9manant de plusieurs acteurs africains et arabes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Quand la politique vient spolier le sport <\/h2>\n\n\n\n<p>Certaines attitudes, notamment celles venues d\u2019Alg\u00e9rie, s\u2019inscrivent dans un contentieux politique ancien et assum\u00e9. Elles ne surprennent gu\u00e8re. Ce qui interpelle davantage, en revanche, c\u2019est l\u2019extension de cette d\u00e9fiance \u00e0 d\u2019autres pays, \u00e0 des responsables sportifs, \u00e0 des commentateurs, voire \u00e0 des institutions. Comme si la r\u00e9ussite marocaine d\u00e9rangeait au-del\u00e0 des rivalit\u00e9s classiques. Comme si elle mettait mal \u00e0 l\u2019aise.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce malaise r\u00e9v\u00e8le quelque chose de plus profond. Le succ\u00e8s de l\u2019autre agit souvent comme un miroir brutal. Il renvoie chacun \u00e0 ses propres \u00e9checs, \u00e0 ses retards, \u00e0 ses promesses non tenues. Face \u00e0 cette comparaison implicite, le soup\u00e7on devient une protection. On doute de l\u2019arbitrage, on conteste l\u2019organisation, on suspecte les infrastructures, on cherche des explications ext\u00e9rieures. Non parce que les faits l\u2019imposent, mais parce que reconna\u00eetre la r\u00e9ussite d\u2019autrui oblige \u00e0 regarder en face ses propres insuffisances.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cela s\u2019ajoute une crise de confiance structurelle. L\u00e0 o\u00f9 les institutions sont fragiles, marqu\u00e9es par le client\u00e9lisme ou la corruption, il devient difficile de croire \u00e0 l\u2019existence d\u2019un syst\u00e8me qui fonctionne correctement. L\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019une comp\u00e9tition bien organis\u00e9e, d\u2019un cadre impartial, d\u2019un \u00c9tat capable de g\u00e9rer un \u00e9v\u00e9nement complexe sans tricher para\u00eet suspecte. Le doute devient r\u00e9flexe, presque culturel, nourri par une exp\u00e9rience collective o\u00f9 la r\u00e8gle est souvent contourn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe aussi un rapport probl\u00e9matique \u00e0 la d\u00e9faite et aux r\u00e8gles communes. La d\u00e9mocratie ne se limite pas \u00e0 des proc\u00e9dures \u00e9lectorales ; elle repose sur une culture de l\u2019acceptation, de la responsabilit\u00e9 et du respect du cadre partag\u00e9. L\u00e0 o\u00f9 cette culture est fragile, la contestation permanente devient la norme. On remet en cause le r\u00e9sultat, puis le processus, puis le contexte lui-m\u00eame. Accepter la d\u00e9faite est v\u00e9cu comme une humiliation, non comme une \u00e9tape normale de la comp\u00e9tition.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Rester au dessus de la m\u00eal\u00e9e<\/h2>\n\n\n\n<p>Cette Coupe d\u2019Afrique a ainsi fonctionn\u00e9 comme un r\u00e9v\u00e9lateur. Elle a montr\u00e9 que le football africain reste travers\u00e9 par des tensions politiques, sociales et symboliques qui exc\u00e8dent largement le jeu. Au lieu d\u2019\u00eatre un espace de rivalit\u00e9 saine et de c\u00e9l\u00e9bration collective, il devient parfois un th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 se projettent des frustrations internes non r\u00e9solues, des complexes historiques, des peurs face \u00e0 la r\u00e9ussite.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le Maroc, le pi\u00e8ge serait de c\u00e9der \u00e0 un discours de victimisation ou, \u00e0 l\u2019inverse, \u00e0 une posture de sup\u00e9riorit\u00e9. Ni l\u2019un ni l\u2019autre ne sont utiles. La relation avec l\u2019Afrique ne se construit ni dans la plainte ni dans l\u2019arrogance. Elle suppose lucidit\u00e9, constance et confiance. Le continent n\u2019est pas homog\u00e8ne : certains se r\u00e9jouissent sinc\u00e8rement des succ\u00e8s marocains, d\u2019autres les vivent comme une concurrence, d\u2019autres encore comme une remise en cause symbolique de leur propre r\u00e9cit national.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enjeu est donc de continuer \u00e0 avancer sans s\u2019excuser de r\u00e9ussir, tout en comprenant les r\u00e9sistances que cette r\u00e9ussite peut susciter. Transformer la performance en opportunit\u00e9 de coop\u00e9ration plut\u00f4t qu\u2019en ligne de fracture. Le football, dans ce contexte, joue un r\u00f4le r\u00e9v\u00e9lateur. Apr\u00e8s le coup de sifflet final, il ne dit pas seulement qui a gagn\u00e9 ou perdu. Il raconte aussi les fragilit\u00e9s, les peurs et les contradictions d\u2019un continent encore en apprentissage face \u00e0 la r\u00e9ussite de l\u2019un des siens.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Abderrafie Hamdi La Coupe d\u2019Afrique est d\u00e9sormais derri\u00e8re nous. Le S\u00e9n\u00e9gal a remport\u00e9 le troph\u00e9e, il est rentr\u00e9 \u00e0 Dakar avec la coupe, et tout un peuple a c\u00e9l\u00e9br\u00e9 ses joueurs. Cette joie est l\u00e9gitime, presque vitale. 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