
Par Moha Ennaji,
Chercheur universitaire et écrivain,
(Fès, Maroc)
La réunion quadripartite tenue le dimanche , 8 février 2026 à Madrid, la première depuis 2019, s’est déroulée sous médiation américaine et a réuni, durant près de quatre heures, les représentants du Maroc, de l’Algérie, de la Mauritanie et du Front Polisario. Elle s’inscrivait dans le cadre de la relance des consultations liées au processus onusien visant le règlement du différend régional autour du Sahara marocain, avec pour objectif d’esquisser les contours d’un accord relatif à la mise en œuvre du Plan d’autonomie.
L’un des faits marquants de cette rencontre a été la présentation particulièrement structurée et technique du ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita. Son exposé s’est concentré sur les compétences et marges de manœuvre prévues au bénéfice des populations des provinces du Sud, notamment en matière d’institutions représentatives, d’organisation judiciaire et de gestion des finances publiques. Appuyée par des supports visuels et par un document officiel de quarante pages détaillant l’ensemble du projet d’autonomie, cette intervention a été saluée par les médiateurs américains, Massad Boulos et Waltz, ainsi que par la délégation mauritanienne. En revanche, les représentants algériens et du Front Polisario ont semblé déstabilisés par un débat demeuré strictement technique et non idéologique tout au long des échanges.
Ces consultations se sont tenues à l’ambassade des États-Unis à Madrid, en présence de responsables américains et onusiens, dans le cadre d’efforts visant à promouvoir une solution politique conforme aux références établies par le Conseil de sécurité des Nations unies. À cette occasion, la délégation marocaine a réaffirmé que la version actualisée de la proposition d’autonomie constitue, conformément à la résolution 2797 adoptée le 31 octobre 2025, le cadre réaliste et unique d’un règlement politique viable, sous souveraineté marocaine.
Il convient de souligner que l’implication américaine marque une évolution notable du positionnement de Washington, passé d’un rôle de soutien politique à celui d’acteur directement engagé dans la facilitation des discussions. Cette dynamique confère un nouvel élan au dossier après plusieurs années d’impasse et traduit la volonté de l’administration américaine de favoriser des avancées politiques concrètes dans un horizon temporel défini.
Un nouveau cycle de négociations, toujours sous médiation américaine, est prévu à Washington. Selon des sources proches de l’administration américaine, cette étape pourrait constituer un moment décisif du processus, la Maison Blanche affichant l’ambition de parvenir à un accord final formalisé.
Dans ce contexte, la clarification de la position marocaine, conjuguée au travail des envoyés spéciaux américains, a contribué à réduire certains blocages persistants, notamment la reconnaissance du rôle de l’Algérie en tant que partie prenante aux négociations et l’évolution de la posture du Front Polisario, ouvrant ainsi la voie à une éventuelle conclusion du processus.
Par ailleurs, ces premières discussions, après une longue période de stagnation, se sont déroulées dans un climat globalement apaisé, sans rancœur ni échanges verbaux conflictuels, selon les observateurs.
Certaines analyses interprètent cette relance diplomatique comme une opportunité pour dépasser un conflit ayant durablement pesé sur les relations régionales, tandis que d’autres estiment que la participation algérienne aux négociations s’explique également par des contraintes externes, notamment des pressions politiques et diplomatiques exercées par les États-Unis. Ces lectures soulignent la nécessité, pour la diplomatie marocaine, de maintenir une vigilance accrue afin de préserver l’intégrité du cadre d’autonomie tel que reconnu par les Nations unies.
D’autres lectures estiment que la participation algérienne aux négociations quadripartites s’explique particulièrement par la crainte de sanctions américaines, le risque d’un isolement international comparable à celui du Venezuela, ainsi que l’éventualité d’une qualification du Front Polisario comme organisation terroriste. Dans cette perspective, la présence de l’Algérie et du Polisario à Madrid ne relèverait pas nécessairement d’une adhésion pleine et entière à une logique de compromis politique.
La question demeure toutefois de savoir si l’engagement renforcé des États-Unis permettra de débloquer durablement ce dossier, après l’échec de précédentes tentatives de médiation. Plusieurs observateurs estiment néanmoins que la conjoncture internationale actuelle témoigne d’une détermination accrue des grandes puissances à mettre un terme à ce différend postiche, et que le Maroc est appelé à tirer parti de ce contexte pour préserver ses droits et son intégrité territoriale dans le cadre de sa souveraineté pleine et entière.