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Fév 01

Maroc-diplomatie : Les jeunes diplomates marocains seraient-ils arrogants ?

Dans sa livraison du samedi 18 janvier 2018, le journal « Le Monde Afrique  », un  quotidien français de référence, a publié un  article sous le titre «  L’Union africaine, terrain de bataille diplomatique entre l’Algérie et le Maroc ». Paru  au lendemain de l’élection du Maroc au Conseil de Paix et de Sécurité  de l’Union Africaine ( CPS) pour un mandat de 2 ans ( 2018-2019) , et à la veille du  du 30ème sommet des chefs d’États et de gouvernements de l’Union Africaine( UA), dont les travaux ont eu lieu à Addis-Abeba ( Éthiopie), les 28 et 29 janvier 2018,   l’article en question avait, entres autres  objectifs,  de permettre aux lecteurs du « Monde Afrique » d’apprécier, chacun à sa manière, la manière à la quelle ont recours les diplomates marocains, présents au centre de conférence d’ Addis-Abeba,  pour mettre en œuvre « l’offensive diplomatique du Maroc en Afrique ».

Dans un de ses paragraphes, ledit article a livré  quelques indications sur le comportement et la manière d’agir  des diplomates marocains. A cet égard, les auteurs de cet article  ont cité  des propos attribués à  un « ponte africain » : «  Dans les allées du centre de conférence d’Addis-Abeba, l’offensive diplomatique du Maroc , « la fougue » et «  l’arrogance » de ses jeunes technocrates agacent certaines puissances historiques «  ils font de la communication », «  ils se sentent supérieurs », on verra si cela dure », peut-on entendre dans les couloirs. Ils vont apprendre à se calmer, balaie un ponte de l’UA », a rapporté,  textuellement, le Monde Afrique.

Le fait que le journal français susdit  a préféré ne pas révéler l’identité de ce «  ponte africain »   ne doit pas nous amener à  commettre l’erreur d’ignorer complètement cette affirmation et s’abstenir, pour une raison ou une autre, à en juger le degré de  véracité. C’est une remarque trop importante pour faire l’objet d’une impasse  qui risque de couter cher au cas où elle  s’avère vraie et bien fondée.

Ceux qui sont chargés de gérer  la politique étrangère marocaine et les outils de sa mise en œuvre concrètement doivent bien méditer ces propos tenus par des Africains, la cible première de la stratégie marocaine. C’est un jugement, ou une simple opinion,  qui doit aussi interpeller ceux qui sont chargés de gérer  le mouvement  des diplomates et leur affectation à l’étranger,  si l’on veut  vraiment évaluer correctement  le taux de réussite et le rendement  des diplomates  marocains opérant en Afrique et ailleurs. Enfin, c’est une affirmation  qui doit être bien étudiée et raisonnée   par ceux qui sont chargés de la formation au sein du ministère des affaires étrangères et plus précisément  ceux  qui sont chargés de préparer et d’exécuter  le programme de formation des nouveaux diplomates au sein de  l’Académie marocaine des Etudes diplomatiques. Un diplomate n’est pas seulement une personne  hautement cultivée et  qui  maitrise quelques langues étrangères. Un agent diplomatique (chef de mission ou un autre membre du personnel d’une  mission diplomatique) ou tout simplement un membre du personnel administratif ou technique  n’est pas seulement un bon observateur des faits et une personne qui dispose de bonnes connaissances sur l’histoire, l’économie , la culture,  les valeurs et les sensibilités …..du pays qu’il représente ou de l’État accréditaire.

Le diplomate est avant une personne qui sait écouter ses interlocuteurs, capable de maitriser ses émotions. C’est  une personne qui communique bien et qui se donne le devoir absolu de respecter autrui. Le bon diplomate doit se conformer rigoureusement et sans aucune faille  aux  lois en vigueur sur tout le territoire de l’État accréditaire. Il  doit  avoir un comportement exemplaire.  L’arrogance ne peut mener qu’aux débâcles  et à l’échec de toute action diplomatique. C’est pourquoi, le programme  de formation des jeunes  diplomates et des fonctionnaires consulaires, doit accorder une importance particulière et une place privilégiée  aux compétences morales, afin de    forger les profils et façonner la force de caractère  qu’exige l’exercice de  la fonction de diplomate.

Une bonne politique étrangère a besoin d’une diplomatie efficace et  non arrogante

A cet égard, il faut savoir  que la politique étrangère  et  la diplomatie sont deux domaines, certes complémentaires, mais très distincts  l’un de l’autre. La politique étrangère est généralement définie comme l’ensemble des choix stratégiques et politiques en matière de relations avec le reste du monde. Des choix qui doivent être  clairs, cohérents, réalistes et partant réalisables. Pour sa part,  la diplomatie  est le processus de  mise en œuvre de cette politique par l’intermédiaire des diplomates. Ainsi,  pour atteindre les objectifs escomptés en matière de relations étrangères, il ne suffit pas d’avoir opté pour  une bonne politique étrangère et une excellente stratégie d’action. Il faut aussi savoir choisir, objectivement, sans complaisance et sans indulgence souvent excessive,  les compétences professionnelles et morales  appropriées  pour que la politique étrangère puisse atteindre les objectifs arrêtés. En effet, « si l’argent est le nerf de la guerre, le diplomate devrait être le nerf de tous les combats à mener, sereinement et convenablement, contre ceux  qui, pour une raison ou une autre, s’obstinent à mettre des bâtons dans les roues de la machine diplomatique du pays qu’il représente ».

C’est pourquoi, les propos attribués à ce « ponte africain » ne doivent pas être sous-estimés. Ils doivent être bien pensés  pour pouvoir en juger le degré de véracité et en tirer les conséquences, le cas échéant.

L’arrogance est le pire ennemi de la diplomatie car,  et pour reprendre une célèbre et sage  citation de Simon de  Bignicourt, « l’arrogance   est le courage des faibles et l’esprit des imbéciles ». En outre, le manteau de l’arrogance ne couvre qu’un squelette ( selon Pierre-Claude-Victor Boiste). Les  diplomates arrogants sont trop faibles pour être en mesure de mettre en œuvre convenablement la politique étrangère du Maroc. Leur manière d’agir  et leurs présumés  mauvais comportements à l’égard des personnes et des institutions ciblées  doit faire l’objet d’une enquête purement  interne. Dans les questions fondamentales et stratégiques,  l’information « futile » ou sans importance visible à l’œil nu, et  partant  à négliger, n’existe pas. Tout est important quand il s’agit des domaines de haute importance pour le présent et le futur d’un pays.

Lors du 30ème sommet des chefs d’Etats et de gouvernements de l’Union Africaine, le Maroc a été élu , le 26 janvier 2018, nouveau membre du CPS de l’Union Africaine en obtenant 39 voix sur 55( 71% des voix), sachant qu’il s’est présenté comme candidat unique pour la région nord-africaine après le retrait de la Tunisie ( qui aurait  préféré le poste de membre non permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies) et l’Algérie ( qui aurait opté pour un poste qui lui accorde  un mandat de 3 ans au sein du CPS).  Bien qu’il soit légèrement supérieur au nombre requis pour l’élection à ce poste ( le nombre de voix requis pour cette élection est 36) , le score enregistré par le Maroc lors de ce n’est pas totalement satisfaisant.

Le Maroc pourrait faire mieux

D’ailleurs, les pays qui étaient élus avec le Maroc   au même poste ont réalisé  des scores nettement meilleurs. Ce score, qu’il faut considérer comme étriqué, vu l’ampleur des efforts entrepris par le Maroc en Afrique, devrait contraindre  les hauts responsables du ministère marocain des affaires étrangères à ne pas sous-estimer les propos du ponte africain cité par «  le Monde ». L’analyse du résultat du vote de 26 janvier dernier doit amener les responsables marocains à se poser des questions sur la perte de 16      (ou seulement 14 voix)  dans un scrutin au cours duquel le Maroc s’est présenté comme candidat régional unique.

L’analyse de la déclaration du « ponte africain » pourrait aider les responsables marocains à mieux comprendre les causes ayant conduit à un tel résultat. Enfin, il convient de préciser que ledit ponte africain  a eu recours au terme «  technocrates », en lieu et place de diplomates, pour qualifier les personnes chargées de la promotion des intérêts du Maroc en Afrique. C’est une autre  question qu’il faut bien décortiquer.

Ahmed Saber pour Maghreb Canada Express, pages 6 et 7, Vol. XVI, N° 1 et 2, Janvier-Février 2018

Pour lire  l’édition du Janvier-Février 2018, cliquer sur l’image:

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