Par Abderrafie Hamdi (Rabat, Maroc)
Le 1er janvier 2027, un nouveau Secrétaire général prendra les rênes des Nations unies. L’échéance approche, les candidatures émergent, mais une interrogation domine : le monde veut-il encore d’un Secrétaire général capable d’incarner une vision, ou s’est-il résigné à une fonction d’ajustement, au service d’équilibres qui le dépassent ?
Un chiffre résume ce basculement. En 2016, seize candidats étaient en lice pour succéder à Ban Ki-moon. Aujourd’hui, ils ne seraient que quatre ou cinq. Cette contraction n’est pas anodine. Elle traduit une perte d’attractivité d’un poste dont l’autorité réelle semble s’être progressivement érodée.
Le contexte international y est pour beaucoup. Les crises s’accumulent — du Moyen-Orient à l’Europe — sans que l’ONU ne parvienne à en être le centre de gravité. Le retour d’un discours souverainiste, porté notamment par Donald Trump, contribue à marginaliser davantage le multilatéralisme. Dans ce climat, certaines thématiques, naguère structurantes, comme les droits de l’homme, semblent perdre de leur centralité.
C’est dans cette tension que se lisent les candidatures en présence. Celle de Michelle Bachelet porte une double signification : un atout historique — être une femme dans une organisation qui n’en a jamais nommé — et une fragilité politique — celle d’un profil fortement associé aux droits de l’homme, dans un moment où cette question n’est plus au cœur des priorités des grandes puissances.
À l’inverse, la candidature de Macky Sall, malgré ses fragilités politiciennes internes, mérite une lecture plus stratégique. Elle s’inscrit dans une continuité africaine qu’il serait hasardeux d’ignorer. L’Afrique a déjà donné deux Secrétaires généraux, Boutros Boutros-Ghali et Kofi Annan, et elle demeure aujourd’hui l’un des espaces où les attentes envers le multilatéralisme sont les plus fortes.
Dans un monde en recomposition, où les équilibres hérités de 1945 sont de plus en plus contestés, porter un candidat africain ne relève pas seulement d’une logique de rotation. C’est reconnaître que la légitimité de la gouvernance mondiale passe par une meilleure prise en compte des dynamiques du Sud.
À cet égard, même une candidature fragilisée peut être utile. Elle remet au centre une question longtemps différée : celle de la réforme du Conseil de sécurité. Pourquoi ne pas envisager, au-delà du P5, une évolution vers un « P6 » intégrant un membre permanent africain ? Une telle évolution ne serait pas une concession, mais une adaptation nécessaire à la réalité du monde.
Reste l’essentiel. Un Secrétaire général fort n’existe que si les États acceptent qu’il le soit. Or, tout indique aujourd’hui une préférence pour des profils d’équilibre — moins missionnaires que gestionnaires, moins porteurs de rupture que garants d’une stabilité fragile. Autrement dit, une fonction qui tend à se rapprocher de celle d’un fonctionnaire international, plus que d’un acteur politique à part entière.
Alors, la question demeure entière : le monde veut-il encore être gouverné… ou simplement administré ? Entre ambition et prudence, le prochain Secrétaire général devra trancher — ou s’adapter.
Sera-t-il un missionnaire, porteur d’une vision capable d’interpeller les puissances ? Ou un fonctionnaire, chargé d’accompagner un ordre international qu’il ne maîtrise plus ?
Le choix, au fond, ne lui appartiendra pas totalement : Il sera celui des États… Et peut-être, celui d’un monde qui hésite encore entre agir… et subir.