Au lendemain d’un scrutin législatif , jugé par certains observateurs comme « crucial pour l’avenir politique du Royaume« , le Conseil national des droits de l’homme (CNDH) a livré, ce 24 septembre 2026, son verdict sur la régularité des opérations électorales.
Par la voix de sa présidente, Amina Bouayach, l’institution qualifie les élections du 23 septembre 2026 de « globalement normales et transparentes » . Derrière cette formule de conciliation apparente, le rapport préliminaire des observateurs dresse pourtant le constat d’une démocratie marocaine à la croisée des chemins, tiraillée entre une neutralité administrative saluée et de profonds défis structurels et technologiques.
L’ombre de l’abstention : le signal d’alarme du 38,08 %
Le chiffre résonne comme le principal enseignement de ce scrutin : avec un taux de participation historiquement bas de 38,08 %, le Maroc enregistre sa plus faible mobilisation électorale depuis l’adoption de la Constitution de 2011. Pour le CNDH, cette désaffection massive des urnes ne saurait être ignorée. Elle traduit une crise de confiance persistante des citoyens envers les institutions représentatives et l’offre politique actuelle, érigeant le réengagement démocratique en urgence nationale.
Sur le terrain, la neutralité des autorités administratives a été largement validée par les 3 006 observateurs mandatés, et le climat général est resté pacifique. Toutefois, la transparence absolue promise reste suspendue aux conclusions des enquêtes judiciaires en cours. Le Conseil a en effet insisté sur la nécessité de faire toute la lumière sur les 93 réclamations enregistrées, et plus particulièrement sur le très sensible «dossier de l’urne de Tanger», dont l’élucidation s’avère indispensable pour préserver la crédibilité du processus.
Utilisation « préoccupante » de l’Intelligence Artificielle
La grande nouveauté de cette séquence électorale réside indéniablement dans la mutation des stratégies d’influence. Le CNDH a pointé du doigt une utilisation préoccupante de l’Intelligence Artificielle, précisant que 27,5 % des contenus suspects analysés en ligne intégraient des technologies de manipulation numérique. Plus grave encore, ces attaques ont massivement ciblé les candidates à travers la création d’images et de récits mensongers, illustrant une violence politique d’un nouveau genre.
Parallèlement, la sphère numérique a été le théâtre d’une exploitation exacerbée de la foi. Le Conseil a recensé plus de 2.300 contenus digitaux et 44 incidents de terrain où la religion a été instrumentalisée à des fins partisanes. Certains discours ont franchi le seuil de la polarisation identitaire, tentant de diviser l’électorat entre Croyants et mécréants ; une dérive fermement condamnée par les observateurs au nom du pluralisme démocratique.
Sous-représentation des femmes, des jeunes et des minorités
Sur le plan de la représentativité, le rapport du CNDH met en lumière un paradoxe persistant. Si les femmes ont constitué un moteur visible de la campagne (représentant 36,47 % du volume global des candidatures), elles demeurent systématiquement exclues des positions de tête de liste et restent confinées à un rôle de figuration dans les instances décisionnelles des partis. Les jeunes ont subi un sort analogue : les dispositions censées favoriser leur émergence sur les listes indépendantes étant restées lettre morte.
Le constat est encore plus sévère pour les personnes en situation de handicap, dont la participation politique est jugée marginale, plombée par un manque criant d’accessibilité physique dans les bureaux de vote à travers le pays.
Plaidoyer pour un sursaut législatif
Face à ces dysfonctionnements, le CNDH appelle à une refonte globale du système, préconisant notamment l’inscription ouverte et continue sur les listes électorales, l’imposition de quotas stricts aux partis pour l’accès des femmes et des jeunes aux têtes de listes, et une mise aux normes d’accessibilité des infrastructures de vote. Enfin, le Conseil invite à une évaluation rigoureuse du mécanisme de vote par procuration pour les Marocains résidant à l’étranger (MRE), afin de garantir leur pleine inclusion dans le paysage politique national.
À l’aube d’une nouvelle législature, les conclusions du CNDH rappellent que si la logistique du vote est désormais maîtrisée, la maturité démocratique du pays dépendra de sa capacité à inclure ses citoyens et à réguler ses nouveaux espaces numériques.
Notes compilées par Rahal El Yaqoubi.