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Avr 02

Tout (ou presque) sur l’initiative pour l’Adaptation de l’Agriculture Africaine (AAA)

Photo: Dr Mohamed Badraoui, Directeur général de l’INRA, président du Comité scientifique de l’initiative AAA,

badraouiLancée en avril 2016 par le Maroc, l’initiative pour l’Adaptation de l’Agriculture Africaine (AAA) groupa 27 pays au moment où elle fut soumise à la COP22, en novembre 2016.

Ayant comme objectif principal la réduction de la vulnérabilité de l’Afrique et de son agriculture face aux changements climatiques, cette initiative favorise et encourage la mise en oeuvre de projets concrets et innovants en matière de gestion des sols, de maîtrise de l’eau agricole, de gestion des risques climatiques et de renforcement des capacités et solutions de financement.

L’initiative est une réponse importante non seulement au changement climatique, mais aussi à l’insécurité alimentaire. Elle ambitionne en outre de mettre l’Adaptation de l’Agriculture Africaine au coeur des enjeux des débats et des négociations sur le climat et obtenir une répartition équitable des fonds climat.

Pour ce, elle met de l’avant 4 grandes familles d’actions pour faire face aux incidences des changements climatiques :

  • Gestion des sols ;
  • Maîtrise de l’eau agricole ;
  • Gestion des risques climatiques ;
  • Renforcement des capacités et solutions de financement .
  1. Gestion des sols

L’AAA promeut et soutient trois grandes solutions pour améliorer la gestion des sols :

¨ Fertilité des sols et fertilisation des cultures;

¨ Arboriculture et agroforesterie;

¨ Innovations agro-écologiques et séquestration du carbone.

1.1 Fertilité des sols et fertilisation des cultures

Principales solutions et préconisations proposées par l’AAA :

  • Le développement des systèmes d’information sur la fertilité des sols : adoption des nouvelles technologies de cartographie des sols et de compilation numérique ; mise en place d’observatoires de la fertilité des sols et de la fertilisation des cultures ;
  • La gestion des systèmes : amélioration de la fixation biologique de l’azote atmosphérique permettant une meilleure disponibilité de l’azote dans les sols en adoptant des rotations à base de légumineuses alimentaires et fourragères ; mise en place de cultures hydroponiques ; développement de l’agriculture biologique ; traitement de l’acidité des sols grâce à l’application de roches phosphatées ; réhabilitation des parcours ; etc
  • L’amélioration des ressources en éléments nutritifs : valorisation des déchets organiques en agriculture et gestion des résidus de cultures ; traitement et réutilisation des eaux usées ; déchets solides et sous-produits agricoles pour la production des composts ; amélioration des systèmes d’approvisionnement et de distribution des engrais  etc

1.2 Arboriculture et agroforesterie

Principales solutions et préconisations proposées par l’AAA :

  • La gestion intégrée des systèmes de cultures en agroforesterie et arboriculture : amélioration de la conduite technique ; promotion de l’agroforesterie périurbaine ; domestication des espèces autochtones et introduction des espèces d’intérêt économique ;
  • La gestion intégrée des systèmes pastoraux : développement des parcours et régulation des flux de transhumants ; sécurisation des zones à vocation pastorale et des espaces pastoraux stratégiques ; développement/exécution de protocoles d’aménagement/réhabilitation des parcours ; création et traitement des points d’eau pour l’abreuvement du cheptel ;
  • La gestion intégrée des systèmes forestiers : amélioration de la gestion des paysages forestiers et partage des gains ; mise en place de programmes d’afforestation / reforestation à grande échelle ; création de parcs forestiers nationaux pour le stockage du carbone et la sauvegarde de la biodiversité ; mise en œuvre des aménagements durables des forêts naturelles et renforcement des efforts de reforestation/plantation .

1.3 Innovations agro-écologiques et séquestration du carbone

L’AAA propose en ce sens les principales solutions d’agro-écologie et de séquestration du carbone suivantes :

  • Mise en place d’une agriculture de conservation basée sur le travail mécanique minimal du sol (pas de labour ni de semis direct), la couverture permanente du sol par un mulch de matière organique riche en carbone (paille et/ou autres résidus de récolte), les rotations et les associations culturales (incluant les légumineuses fixatrices d’azote) ;
  • Mise en place de cultures intercalaires (entre les rangées d’arbres) ;
  • Développement du compostage, de l’incorporation des résidus de cultures;
  • Développement de la micro-agriculture bio-intensive ;
  • Mise en jachère ;
  • Développement durable des oasis ;
  • Développement durable des zones agro-pastorales .
  1. Maîtrise de l’eau agricole

Cinq thèmes d’actions prioritaires sont identifiés par l’AAA :

  • Le renforcement de la mobilisation du potentiel hydrique : réhabilitation des ouvrages existants pour optimiser leurs capacités, construction de nouveaux ouvrages structurants ;
  • Le développement volontariste de l’irrigation complémentaire entre l’irrigation à grande échelle par l’aménagement des grandes plaines, l’agriculture de bas-fonds et de décrue, et la petite irrigation villageoise et irrigation individuelle ;
  • La poursuite du renforcement de la gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) notamment pour la gestion des eaux transfrontalières;
  • La modernisation et promotion des systèmes d’irrigation et de production plus économes en eau et plus productifs;
  • L’accompagnement volontariste du développement de l’irrigation par le renforcement des capacités.
  1. Gestion des risques climatiques

4 types de solutions en matière de gestion des risques climatiques sont mis de l’avant par l’AAA pour ce point :

  • Développement des systèmes d’observation et de prévision : amélioration du réseau d’observation météorologique et climatique; amélioration des systèmes de prévision météorologique; développement des systèmes agro-météorologiques de prévision des récoltes agricoles et des fourrages; développement des institutions d’observation de la terre;
  • Développement de l’assurance agricole indicielle, produit d’assurance basé sur des indices météo et satellitaires;
  • Développement des programmes de formation, académique et continue : formations en SIG, en agro-météorologie, en télédétection spatiale; en systèmes de suivi de l’état des cultures et des fourrages, en application Web-SIG de diffusion de l’information agro-météo, etc.
  1. Renforcement des capacités et solutions de financement

Le coût économique du changement climatique pour l’Afrique pourrait représenter 1,5 à 3% du PIB, chaque année, jusqu’en 2030. D’après une étude de la BAD, les coûts d’adaptation en Afrique seraient d’environ 20 à 30 milliards $US. Les flux actuels restent insuffisants pour répondre aux besoins réels de l’Afrique, notamment en matière d’agriculture et d’adaptation. Les projets d’Adaptation ne mobilisent que 20% des fonds publics climat alors qu’il en faudrait 50% pour une répartition équilibrée.

L’initiative pour l’Adaptation de l’Agriculture Africaine aux changements climatiques cible une répartition équitable des Fonds-Climat entre adaptation et atténuation.

Elle s’engage, par ailleurs, à accompagner les projets AAA pour favoriser leur accès aux fonds climat (critères d’éligibilité et d’accréditation), et à suivre l’allocation de ces fonds. Elle va renforcer les capacités de financement des agriculteurs africains : généralisation du micro-crédit aux petits agriculteurs, développement du méso-crédit aux moyennes exploitations et déploiement de solutions de bancarisation mobile.

Inscrite dans l’agenda global de l’action climat, l’AAA fut présentée à Marrakech, le 16 novembre dernier lors de la journée d’Action Agriculture et sécurité alimentaire. Tous les participants à cette journée avaient accueilli très favorablement l’AAA. De même, tous les pays africains qui ont participé au mini-sommet des chefs d’états le 15 novembre ont adopté cette initiative pour renforcer leur capacité d’adaptation et de résilience au changement climatique.

Cependant, il est à souligner que, faute de consensus entre les pays en développement peu émetteurs de gaz à effet de serres, notamment africains, et les pays développés grands émetteurs, la décision sur l’agriculture qui devait être prise par les négociateurs du SBSTA (Organe Subsidiaire de Conseil Scientifique et Technologique de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques) a été reportée à l’interCOP de Bonn le mois de Mai 2017.

Référence http://www.aaainitiative.org  et  A. El Fouladi , Page 17, Vol. XV, N° 04, AVRIL 2017

Pour lire l’édition du mois d’avril 2017, cliquer sur l’image :