«

»

Avr 10

Gouvernement El Othmani : Un travailliste en charge des Marocains Résidant à l’Étranger

Cela coule de source: La sollicitude que SM le Roi témoigne aux Marocains installés à l’étranger (MRE) est réelle et indiscutable. Personne n’en doute. Aussi, lorsque les premiers mots du Ministre chargé des affaires MRE rappellent cette évidence, il fait du La Palisse (1470-1525). Le rapport qui lie les MRE à la mère-patrie et à leur Souverain n’a besoin ni de structure ni d’intermédiaire, fusse un Ministre délégué pour se consolider et se perpétuer.

Mais, ce qui mérite d’être revu et corrigé par le nouveau Ministre, c’est la manière dont sont traitées leurs affaires et la violence avec laquelle sont reniés leurs droits civiques depuis des décennies.

Ces affaires et ces droits seront-ils mieux lotis aujourd’hui ?

Voilà une question de fond qui mérite, plus qu’une déclaration; un engagement ferme !

Avec Abdelkrim Benatiq, nous sommes, depuis le gouvernement Jettou II (8 juin 2004), à l’épisode cinq de l’histoire du Ministère chargé de la gestion des affaires MRE. Et pourtant, beaucoup reste à faire. Cela n’enlève en rien au mérite de ses prédécesseurs. Il va de soi que chacun d’entre eux a posé sa pierre à l’édifice. Peu importe le poids et la forme de la pierre posée. Ce sont l’effort et la volonté de bien-faire qui comptent et qui font souvent la différence.

Certes, il y a beaucoup de symbolique et du déclaratif dans les politiques et les discours qui se sont succédés depuis ce temps. Il serait néanmoins injuste de renier tout ce qui a été fait. L’édifice reste, bien entendu, chancelant, fragile et demande du nouveau ministre, des efforts conséquents et continus pour assurer sa consolidation et préciser à la fois son rôle et l’ambition qui lui est assignée. Autrement dit : un Ministère MRE pourquoi faire ?

Le Ministère dédié aux MRE est sensible et les attentes sont immenses

Et le nouveau Ministre a du pain sur la planche. Les MRE ont l’impression, et même la certitude, qu’ils sont les parents pauvres des politiques publiques nationales et des laissé-pour-compte s’agissant de la défense de leurs droits civiques, culturels, cultuels et socio-économiques les plus légitimes. Ils ont l’impression qu’ils font l’objet d’une véritable stratégie d’exclusion du champ politique afin de les cantonner dans une seule fonction : « pourvoyeurs de devises ».

Le premier défi que M. Abdelkrim Benatiq doit relever, au regard de cette situation compliquée, c’est d’essayer de comprendre les doléances des MRE afin de mesurer à leurs justes valeurs leur colère et leur méfiance à l’égard des institutions nationales en général. La double injonction qui leur est faite en permanence d’investir et de transférer leurs économies et en même temps s’intégrer dans les sociétés d’accueil, est paradoxale. Passons.

Nul besoin d’injonction. Les MRE arrivent déjà, bon an mal an, à faire leur place dans des sociétés d’accueil malmenées par des crises économiques aiguës et traversées par des idéologies extrémistes et xénophobes qui menacent leur cohésion et leur stabilité.

Contribuer à l’essor économique et humain de leur pays d’origine, les MRE en connaissent de longs chapitres. Ils ont transféré et investi et ils n’en éprouvent que fierté et sentiment du devoir accompli à l’égard de leurs proches et leur pays. Lorsqu’il s’agissait d’éradiquer l’habitat insalubre et indigne de leurs villes, ils étaient là et lorsqu’il est question de défendre les causes et les intérêts vitaux et stratégiques de leur pays, ils répondent toujours présents. Les compétences et les expertises qui sont en leur sein, qui sont aujourd’hui mises à profit par les sociétés d’accueil, ne demandent qu’à être recensées, mobilisées et utilisées intelligemment au profit de la mère-patrie.

Le nouveau Ministre des MRE, connu par son pragmatisme et son sérieux, est invité plutôt à s’interroger sur les causes profondes qui entretiennent ce climat de méfiance récurrent et qui suscitent des réticences chez les jeunes générations MRE.

Est-ce la manière dont leurs parents sont traités (spoliation des biens, tracasseries administratives, manque de respect et de considération) ?

Est-ce parce que ces jeunes MRE ne voient qu’opportunisme et finasseries dans la manière dont ils sont sollicités ?

Est-ce que parce que l’offre culturelle qui leur est proposée n’a pas su s’élever au niveau requis pour contribuer à l’affirmation de leur sentiment d’appartenance au pays de leurs parents et ancêtres, et au renforcement de leur attachement culturel à ce même pays ?

Il y a certainement quelque chose qui ne fonctionne pas, qui cloche, dans le raisonnement politique et l’approche réservée à la question MRE !

Identifier les causes du malaise

Le temps est donc venu d’identifier avec sérieux les causes de ce malaise pour pouvoir, en connaissance de cause, dissiper les malentendus et construire une relation fluide et sincère qui redonnerait confiance à la communauté MRE prise dans sa grande diversité et pluralité.  Et ce ne sont pas ces structures « bizarroïdes » qui foisonnent, en ce mois d’avril, avec des dénominations géospatiales à dimensions planétaires et des prétentions, en termes de représentation et de représentativité, sans bornes, qui fourniront les clefs de la compréhension et le cadre d’un partenariat associatif utile et efficient.

Le champ associatif MRE souffre d’un encombrement étouffant ; c’est un fait regrettable. Il a donc besoin d’être désengorgé et nettoyé de toute forme d’opportunisme et de clientélisme. Il a aujourd’hui, plus que jamais, grandement besoin pour sa structuration et son essor de gestionnaires qualifiés, de communicants avertis et de programmes mûrement réfléchis répondant d’abord aux besoins des MRE et respectueux des aspirations des sociétés d’accueil.

Nonobstant, M. Benatiq, a raison de rappeler que « Notre pays n’est plus un pays de transit, mais un pays de séjour« . Ceux qui ont choisi de s’y établir méritent en effet considération et soutien. Leur dignité et leurs droits ne peuvent et ne doivent souffrir d’aucune atteinte sur le sol marocain. Ce qui a été entrepris à leur profit à ce jour par le Maroc est exemplaire et mérite le respect et les louanges. Cela dit, la question de la dignité et du respect des droits civiques (articles 16-17-18 et 163 de la Constitution de 2011) sociaux et économiques des MRE, ne doit pas rester lettre morte éternellement, mais passer au stade de l’effectivité et du concret. Laisser ces droits de la sorte congelés, c’est signifier une fois de plus aux MRE qu’ils sont des marocains de « seconde zone » au lieu de leur prouver par des politiques publiques intelligentes, adaptées et novatrices, qu’ils sont des « citoyens à part entière ».

Que la Nation marocaine soit un peu plus à, ses enfants MRE, reconnaissante

Prions pour que l’ère du Ministre-délégué Abdelkrim Benatiq soit l’ère de la reconnaissance et surtout le passage, tant attendu, de MRE à CME : Citoyens Marocains de l’Etranger. Amin.

Par Mohammed MRAIZIKA, Docteur en Histoire (EHESS-Paris), Diplômé en Philosophie Morale et Politique (Sorbonne IV), Chercheur en Sciences Sociales. Consultant en Ingénierie Culturelle, Directeur du CIIRI-Paris.