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Déc 27

MAROC : L’ADJUDANT GENDARME QUI FAIT DANS  »L’HUMANITAIRE »

Et il n’y a pas de quoi rire ! Surtout lorsqu’on fait soi-même partie de l’histoire .

Ce fut le 15 décembre de cette année 2017. Je me rendais de Béni Mellal à Rabat après avoir participé aux travaux du 6ème congrès « Eau, déchets et environnement » en tant que modérateur bénévole d’une session et surtout après avoir déjà été verbalisé pour excès de vitesse à la hauteur de la ville de Bzou; le 13 du même mois.
Et c’est ce 13 décembre qu’un gentil gendarme (il y en a) m’expliqua qu’on ne badine plus avec l’amour de la vitesse au Maroc et que la gendarmerie royale est maintenant dotée d’un radar très perfectionné, ultra connecté et, une fois dans sa ligne de mire, il ne reste au brigand de la route qu’à débourser ou, pire, voir son permis saisi selon la gravité de l’offense.
Et selon ma vitesse de ce 13 décembre, je fus éligible à une amende de 150 DH que je payai sur place tout en m’engageant (vis à vis de moi-même) à descendre à la vitesse permise sitôt le panneau de limitation de vitesse dans mon champ de vision.
Et je n’étais pas seul à surveiller les panneaux : Je me suis improvisé un copilote en mon compagnon de voyage.

Revenons à ce vendredi 15 décembre.

A la sortie de Béni Mellal (à la hauteur du croisement menant à Ksiba) la vitesse passe de 40, à 60, à 80 puis redescend à 60 à la hauteur de l’aéroport de Béni Mellal et du croisement avec la bretelle menant à l’autoroute, et ce, sur une distance de moins que 10 kilomètres environ.
Je n’étais pas pressé ce jour-là et mon « copilote » faisait du zèle (et s’amusait) à repérer au loin les panneaux. Et c’est pour cela que je fus désagréablement surpris de voir un sergent de la gendarmerie m’arrêter tout en me demandant les papiers de la voiture et en m’annonçant l’impensable : que je roulais semble-t-il à 72 Km/h dans la zone de 60 !!
Faisant de mon mieux pour maîtriser ma colère, je me mis en devoir d’expliquer au gendarme que c’est impossible. Et lui, de se mettre en devoir de me dire, tout en examinant mon permis de conduire délivré au Québec,  que c’est tout ce qu’il y a de possible puisque c’est son adjudant qui manipule le radar et qui lui signale, par cellulaire, les délinquants dont je fais partie.
‘ »Si vous ne me croyez pas, dit-il, vous n’avez qu’à faire demi-tour pour aller voir l’enregistrement photo que Mon Adjudant se fera le plaisir de vous montrer.
– Je vais le faire, répondis-je. Et d’ajouter hors de moi que je ne mets pas en doute la précision du radar mais son emplacement.
Une connerie, de ma part, car voilà que le sergent qui appelle son Adjudant pour lui annoncer ma visite. Et de lui souligner deux fois plus qu’une: « Le Monsieur affirme que vous êtes placé avant le panneau de limitation de vitesse Mon Adjudant !« 
Je payais ma contravention (un autre 150 DH) et fis demi-tour pour aller satisfaire ma curiosité auprès de l’adjudant du sergent; Adjudant que je trouvais dans une voiture banalisée; juste quelques mètres après le panneau et non avant celui-ci comme je l’aurais souhaité (Voir photo : voiture banalisée avec radar de M. l’adjudant) .
20171215_043445Je demandais donc à l’adjudant du sergent de me montrer la photo radar.
Mine annahiyya al 9anouniya wella annahiyya al insaniyya ? me demanda-t-il en me jaugeant de bas en haut – il était assis à l’intérieur de sa voiture. (traduction littérale : Vous la montrer eu égard à la loi ou de point de vu « humanitaire » ?)
Tout en me demandant intérieurement depuis quand les gendarmes faisaient dans « l’Humanitaire », et surtout ne voulant tomber dans aucun piège, je lui répondis de le faire selon ce qui l’arrange le plus.
Et l’adjudant de me montrer la photo de la plaque d’immatriculation de ma voiture avec un tas d’inscriptions autour (dont ma vitesse).
Je demandai donc à M. l’adjudant de me montrer si c’est possible l’image avec le paysage tout autour de la voiture.

Apparemment ma requête ne s’inscrit plus dans le côté humanitaire de « Mon Adjudant » .

Et elle fut rejetée sans possibilité d’appel. Suivit un échange sur la façon de procéder . Je lui expliquai qu’en stationnant son radar camouflé dans une voiture banalisée, à seulement quelques mètres après le panneau, on risque d’être injuste envers les utilisateurs de la route. En effet, si un camion, par exemple, roule devant une voiture, le conducteur de cette dernière n’aura pas le temps de ramener sa vitesse de 80 à 60 dans la fraction de seconde qui suit la vision du panneau. Et de suggérer à l’adjudant soit de mettre une plaque annonçant la proximité d’un panneau de limitation de vitesse; soit de placer les radars à une distance raisonnable des panneaux de limitation de vitesse (afin que les conducteurs puissent réduire progressivement leur vitesse sans coups de freins intempestifs), soit d’annoncer aux conducteurs le contrôle radar comme cela se fait à l’étranger. Ce à quoi Mon adjudant rétorqua qu’ici (le ICI fut appuyé. Le sergent lui a-t-il souligné mon appartenance MRE(1) ? )  on « éduque » les gens et que ma vision importée de l’étranger doit être abandonnée aux frontières du pays et reprise au moment de le quitter.
– Entendu mon adjudant ! Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd; mon adjudant !
(…) Et surtout je ne dirais plus nulle part que les gendarmes et les conducteurs jouent au « gendarme et au voleur » au pays et que les gendarmes se cachent pour mieux attraper ces brigands de conducteurs selon le principe « punition » et non « conscientisation et prévention ». Et qu’il est plus facile encore d’attraper un brigand MRE (1) qui passe pour la première fois sur une route entièrement rénovée dont il n’a pas encore repéré et mémorisé l’emplacement des ses nouveaux panneaux de circulation pour adapter sa conduite à la bonne conduite attendue par Mon Adjudant !
Adieu mon Adjudant et qu’Allah sépare à jamais nos chemins..!
Une suggestion cependant : Abstenez-vous de vous justifier en évoquant devant vos « prises » (comme vous l’aviez fait devant moi) que, vous aussi, vous êtes un père de famille et que vous comprenez  qu’ils « préfèrent les 150 DH dans leur poche et non dans les caisses de l’état« . La question  n’est pas de payer une amende méritée, mais de la payer injustement. Et se placer, même après un panneau de limitation de vitesse, mais seulement à 5m de celui-ci, dans cette zone de presque 10 km où la vitesse change 4 fois de suite, dans une voiture banalisée en plus est à mon humble avis, de MRE (1), inéquitable.
Abderrahman El Fouladi
(1) MRE : Marocain résidant à l’étranger.