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Juil 04

Spécial du mois : Multiculturalisme et Hospitalité Marocaine

Le Maroc est situé à l’extrême nord-ouest du continent africain ; il longe le littoral atlantique et n’est séparé de l’Espagne que par une distance d’environ 14 km ; il est à 2 heures de vol de Marseille en France. Il se trouve bordé au Nord par la mer Méditerranée et à l’Ouest par l’Atlantique.  Il est limité à l’Est par l’Algérie et au Sud  par la Mauritanie. Cette situation géographique lui assure une place privilégiée et un destin particulier de pays à la fois berbère, arabe, musulman, africain, méditerranéen et océanique. Il constitue de ce fait un trait d’union obligé entre les continents africain et européen. Il est un carrefour où se rencontrent et cohabitent des ethnies, des cultures et des langues aussi diverses que différentes.

La population du Maroc est de plus de 34 millions d’habitants (Recensement Général de la Population de septembre 2014).  Comme dans la plupart des pays en voie de développement, cette population se caractérise par sa jeunesse, puisque 37% de Marocains ont moins de 15 ans et seulement 7,19% plus de 60 ans. Alors que pendant les années 60, la majorité de la population était rurale (80%), de nos jours environ 40% de la population vit dans les zones rurales.  L’accroissement naturel de la population urbaine, l’exode rural, l’extension des périmètres des différentes agglomérations et l’intégration au milieu urbain de localités rurales remplissant certains critères d’urbanisation sont les facteurs essentiels de cette urbanisation rapide. Par conséquent, la population rurale est en nette diminution. La population active représente 32% et le taux de chômage est d’environ 10% selon les statistiques officielles de 2017. La population féminine compose 51% de la population globale. Le taux global d’alphabétisation a atteint 68%, et la plupart des femmes sont analphabètes (41.9% dans le milieu urbain et 65% dans le milieu rural). (Voir Ennaji 2017a).

Le Maroc s’inscrit dans une logique d’ouverture. Il a toujours été un carrefour et un lieu de brassage des cultures et civilisations. Le fait que le Maroc a connu à travers son histoire plusieurs colonisations et conquêtes (phénicienne, romaine, byzantine, vandale, arabe, française, espagnole) explique son multiculturalisme, son plurilinguisme, sa tolérance et son ouverture envers les autres cultures.

Le Maroc est une monarchie constitutionnelle, en fait la plus ancienne d’Afrique,  qui reconnaît l’aspect multiculturel du pays et qui a adopté le multipartisme depuis l’indépendance en 1956.  Dans la constitution, il est mentionné que l’arabe est la langue officielle du pays et l’Islam sa religion.  Dans la nouvelle constitution adoptée en 2011, le berbère est devenu langue officielle au même titre que l’arabe. La création de l’Institut Royal de la Culture Amazighe en octobre 2001 a pour objectif principal l’intégration de la langue berbère dans l’enseignement et les médias,  et la sauvegarde de la culture berbère.  Même si la constitution ne mentionne pas le français explicitement, la charte de l’éducation nationale promulguée et appliquée en 2000 stipule que les langues étrangères, notamment la langue française, l’anglais et l’espagnol doivent intégrer le système éducatif marocain. Elle indique également que l’enseignement des langues étrangères est nécessaire pour le développement du pays.

D’autre part, le Maroc a fait des progrès indéniables en matière des droits humains depuis l’avènement du roi Mohammed VI au pouvoir en 1999. Le Conseil Consultatif des Droits de l’Homme et l’Instance Equité et Réconciliation crées en 2003 ont eu pour objectifs majeurs la réconciliation au sein de la société marocaine et la consolidation de la démocratie et des projets de modernisation. Cette approche s’inscrit dans le cadre des réformes et des mutations que connaît le pays sur les plans juridique, institutionnel et socio-économique, notamment le renforcement du dispositif de protection des droits humains.

Le Ministère des Droits de l’Homme qui a fonctionné de 1998 à 2004 a également travaillé dans ce sens. En 2017, le nouveau gouvernement dirigé par le parti islamiste modéré (Parti de Justice et Développement) a réinstauré ce Ministère dans le but de sauvegarder les droits humains au Maroc.

Le Code de la Famille réformé en 2004 et la nouvelle constitution de 2011 donnent plus de droits aux femmes et garantit l’égalité des sexes devant la loi. Pays profondément religieux et imprégné de l’Islam, dans une société méditerranéenne et patriarcale, le Maroc profond a digéré sans broncher cette « révolution culturelle ». « Le problème du roi est simple, explique l’un de ses conseillers. Est-il possible de bâtir une société moderne et démocratique sans être taxé d’avoir une attitude agressive envers les valeurs fondamentales d’une société très religieuse ? » (1)

Le processus de démocratisation et de modernisation au Maroc est fondé sur la diversité linguistique et culturelle du pays.    En plus de l’Islam, les langues en usage font du Maroc un pays à la fois plurilingue et multiculturel.

Cette description résume la vie culturelle et intellectuelle au Maroc, profondément attaché aux valeurs de la civilisation arabo- musulmane et berbère (amazighe). En effet, le Maroc  est composé d’arabes et de nombreuses tribus berbères qui représentent plus du tiers de la population actuelle.

Des phénomènes socio-ethniques comme le mouvement de revitalisation berbère ont amené les analystes à se pencher de plus près sur la juxtaposition de groupes ethniques de longue date avec des nations imaginaires «principales». En s’appuyant sur leur riche histoire linguistique et culturelle, les Berbères ont trouvé la confiance nécessaire pour exiger un avenir meilleur. Cela se manifeste le plus clairement dans la lutte pour obtenir le statut de langue officielle et introduire l’amazigh dans les écoles et les médias .

Avec tous ses dialectes, la langue berbère a fait de grands progrès pour surmonter ses limites locales. Après son introduction dans le système éducatif,  le berbère  a dépassé la maison, les contacts étroits et les zones rurales. La reconnaissance officielle de la langue berbère au Maroc en 2011 a ouvert un véritable espace de réflexion et de débat. La stratégie actuelle consiste à travailler sur la standardisation de la langue et son intégration dans le système éducatif, y compris en tant qu’objet d’étude. Les médias renforcent également le renouveau amazigh. La télévision publique marocaine a récemment commencé à traduire des nouvelles et des films en amazigh, en plus de la chaîne de télévision amazighe.

Ainsi, le statut du berbère est passé d’une langue parlée, non reconnue à une langue écrite et reconnue au niveau national. Ce développement a été rendu possible grâce à la persévérance du mouvement culturel et des intellectuels amazighs, à la volonté de l’Etat d’intégrer officiellement l’Amazigh pour intégrer  les Imazighens dans le développement. Les discours à l’égard des Berbères se sont progressivement améliorés; hostile dans les années 1970 et généralement neutre dans les années 1980, l’attitude générale est devenue plus tolérante dans les années 1990 et finalement favorable à partir des années 2000. À l’avenir, le gouvernement marocain devrait consacrer plus de fonds au développement de la culture et des médias berbères, offrir des bourses aux universitaires et aux étudiants pour étudier la langue et la littérature berbères, encourager la recherche dans ces domaines, parrainer le patrimoine berbère et adopter des lois et règlements favorable à l’ accélération de l’intégration du berbère dans l’enseignement et la vie publique en général. Ces mesures non seulement favoriseraient la cause berbère, mais enrichiraient le processus démocratique  au Maroc.

(1) (Source : http://www.lepoint.fr/actualites-monde/2003-10-17/le-roi-fait-sa-revolution/924/0/119123)

Par Pr. Moha Ennaji pour Maghreb Canada Express, page 5, Vol. XVII, N°7 , JUILLET 2019

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