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Oct 02

Éditorial d’Octobre 2019 – Marche pour le climat : Le Jour d’après

Le 26 septembre 2019 rentrerait peut-être dans l’Histoire comme le jour où une adolescente du nom de Greta Thunberg, étrangère de surcroît, aurait catalysé une Marche pour le climat qui mobilisa près d’un demi-million de montréalais en vue de faire pression sur la classe politique afin de ‘’trouver mieux’’, comme accord international, pour sauver la planète d’un réchauffement climatique meurtrier. Et durant cette marche du siècle, certains rêvaient déjà de voir le climat monopoliser les débats tout au long de la campagne électorale fédérale en cours ici au Canada.

Le spectre du climat est sans doute toujours présent, le Jour d’après, mais l’électorat semble revenir à ses préoccupations terre-à-terre : L’économie, l’emploi, la sécurité et les chicanes de crabes dans cette grande marmite qui est la planète-Terre et qui semble en voie de rentrer dans une phase d’ébullition.

Les jeunes marcheurs du 26 septembres se seraient donc retournés à leur routine, croyant avoir accompli leur devoir en lançant un message fort aux adultes voire un ultimatum, pour arranger le climat… Exactement comme aurait fait tout adolescent qui se respecte en vue de forcer ses parents à mettre de l’ordre dans sa chambre; qu’e lui-même a mis sens dessus dessous .

Quant aux gouvernements ils auraient pris note de la manifestation sans se départir pour autant de l’adage voulant que ’’En dictature ferme ta gueule et en démocratie… gueule toujours’’. Certes ! Nous sommes en démocratie .

Et vivement la liberté d’expression, cette soupape de sécurité qui évite aux marmites d’exploser et qui permet aussi de repérer, pour les mettre hors d’état de nuire, les marmites sous trop ‘’haute pression’’. Mais il semblerait que les négociations d’un accord sur le climat juste et équitable, au sein des instances onusiennes, risque de s’avérer une mission quasiment impossible au niveau des gouvernements de la planète !

Parlons peu et parlons bien : En 2014 (chiffres les plus récents) et selon le ‘’World Resources Institute – USA’’, 60% des émissions de gaz à  effet de serre (GES) sont produites par seulement 5 pays sur 193 ; Cinq et non des moindres ! (C’est-à-dire des pays tous armés jusqu’aux dents, donc à qui il est impossible d’imposer une ligne de conduite). Il s’agit de :

  • La Chine qui émet 26% des GES (en augmentation de 7% par rapport à 2005);
  • les USA qui émettent 13,9% (en diminution de 3,8% par rapport à 2005);
  • L’Union Européenne qui émet 8,9% (en diminution de 2,9% par rapport à 2005);
  • L’Inde qui émet 6,7% (en augmentation de 1,6%);
  • La Russie qui émet 4,7% (en diminution de 0,8% par rapport à 2005).

Quant au Canada il se contente d’un tout petit 1,6% avec un non moins toute petite réduction de 0,2% par rapport à 2005; Réalité qui n’empêche pas qu’un canadien émet autant de GES que plus de deux chinois !

Et c’est là où le bât blesse car quand on parle non plus de pays, mais d’émission par être humain, les méchants changent de camps ! Et ce serait derrière cet argument que campent la plus part des dirigeants des économies comme celle de la Chine , de l’Inde ou de tous les pays émergeants ! ‘’Nous avons beau pollué ! Nous émissions de GES ont beau augmenté alors que les votre diminuent, Ils n’en demeure pas moins que c’est à vous de changer vos pratiques énergivores !’’ semblent dire en chœur les pays émergeants.

Les gouvernements occidentaux, devant un cas aussi dramatique ne peuvent pas faire grand-chose sinon obliger leurs concitoyens à réduire leur consommation tout en perdant la face; faute d’obliger les grands pollueurs (aux yeux de leurs concitoyens) à changer leurs habitudes de production.

Cela ne va pas sans rappeler l’attitude des gouvernements devant les compagnies de tabac.

Mais au lieu de sévir contre les consommateurs, pourquoi ne pas stimuler ceux-ci et les pousser à serrer eux-mêmes la ceinture ou à affronter directement les pollueurs nationaux ou étrangers ?

Cette conjoncture, voire ce blocage permanent, aurait peut-être inspiré un Machiavel pour nous faire sortir des mascottes-Climat (genre Greta Thunberg ) et pousser le commun des mortels à sortir dans la rue, croire prendre les choses en main et défendre ainsi sa survie et celle des siens.

Et là, la mission de sauver la planète deviendrait une mission possible car il n’y a pas un secteur pollueur où l’action citoyenne, écho responsable et individuelle ne peut se révéler efficace. Il suffirait pour cela, de faire pression sur nous-mêmes, et ce, en changeant nos habitudes de consommation et notre insouciance de laisser les grands secteurs émetteurs de GES se développer au gré de l’augmentation de notre consommation pour assurer notre confort; alors qu’ailleurs des humains se battent déjà pour leur survie.

Pour la petite histoire, voici les émissions globales des GES des secteurs ou chaque citoyen peut agir en changeant ses habitudes de consommation (GIEC, 2014) :

  • L’électricité et le chauffage : 25%;
  • L’agriculture, l’élevage, l’exploitation forestière, la déforestation/reforestation : 24%;
  • Les industries lourde (métallurgie, sidérurgie, pétrochimie…) et manufacturière : 21%;
  • Les transports (aérien, maritime et terrestre) : 14%;
  • Les émissions émanant de l’extraction des combustibles fossiles :  9,6%;
  • Le bâtiment (construction, entretien et chauffage) :6,4%.

Le jour d’après la manifestation pour le climat ne devrait pas rester un simple jour où on aurait lancé des ultimatums aux gouvernements, mais il doit être le jour où nous aurions pris conscience que ce sont nos gouvernements qui nous appellent plutôt à l’aide ! Car nous, nous avons le Pouvoir de briser les frontières pour agir… à l’image de cette menace planétaire qui est l’Émission des GES.

Par Abderrahman El Fouladi pour Maghreb Canada Express, page 3, Vol. XVII, N°10 , OCTOBRE 2019

Pour lire  l’édition d’OCTOBRE 2019, cliquer sur l’image :