Immigration : Faites-vous partie du « problème » de M. François Legault ?

Par Gabriel Nadeau-Dubois, Député de Gouin et leader parlementaire du deuxième groupe d’opposition . Crédit photo : © Collection Assemblée nationale du Québec, photographe Claude Mathieu.

GAB NADEAU-DUBOISDevant les grands patrons québécois, se croyant à l’abri des micros puisque l’événement était fermé aux médias, François Legault a enfin livré le fond de sa pensée sur l’immigration. « À chaque fois que je rentre un immigrant qui gagne moins de 56 000 [dollars], j’empire mon problème. À chaque fois que je rentre un immigrant qui gagne plus de 56 000, j’améliore ma situation ».

Conclusion du premier ministre : il faut moins de réfugiés, moins de familles réunies et plus d’immigrants taillés sur mesure pour les besoins des entreprises (seulement celles qui offrent des jobs à plus 56.000$ par année).

François Legault a beau être comptable de formation, je ne pensais pas que sa vision gestionnaire de la politique irait jusque-là, jusqu’à quantifier aussi froidement la valeur des hommes et des femmes qui choisissent le Québec. Jusqu’à les trier en fonction de leur contribution à son obsession politique par excellence, le mythique « rattrapage avec l’Ontario » qu’il nous sert à toutes les sauces.

Un être humain, ce n’est pas juste un employé. L’immigration, ce n’est pas de la chair à PIB. Une immigrante, ce n’est pas un numéro. Un immigrant qui occupe un emploi modeste, ce n’est pas un « problème ».

Au Québec, 26,1% des aides-soignantes et des préposées aux bénéficiaires sont immigrantes. À Montréal, c’est 47,8%. (Je l’écris volontairement au féminin: 85% sont des femmes ). Combien le gouvernement paie ces femmes? 49.00$ par année. C’est pas mal moins que 56.000$, ça!

Avec cette déclaration, François Legault envoie un message clair: du monde ça, on en a pas besoin au Québec. Ça « empire » son « problème ».

Je ne suis pas d’accord avec lui

Avez-vous déjà entendu un politicien juger de la valeur d’un Québécois et Québécoises né au Québec en fonction de son salaire? Pourquoi se permet-on ce jugement avec les Québécois et Québécoises nés ailleurs?

François Legault dit qu’il défend les valeurs québécoises. Avec cette déclaration, il fait tout le contraire: il tourne le dos à la tradition d’accueil du peuple québécois. Il défend ses valeurs comptables, pas celles de son peuple.

Le Québec que j’aime, c’est le Québec qui ouvre ses bras depuis des décennies à des gens de partout à travers le monde, pour construire un pays de justice et de liberté. Des gens qui gagnent leur vie dignement, dans toutes sortes de milieu, à toutes sortes de salaires.

Le Québec que je veux construire, c’est un Québec qui ne laisse personne derrière. Un Québec où tout le monde, de nouvelle souche ou de vieille souche, a la même valeur, les mêmes droits et la même dignité.

Publié dans  Maghreb Canada Express, Vol. XIX, N°05 , page 4 , MAI 2021