Crise du logement : Ça va mal à Montréal

Selon une enquête menée par le journal montréalais ‘’Le Devoir’’ du 8 avil 2021 , (qui a analysé un peu plus de 3000 annonces parues entre le 1er janvier et le 17 mars 2021 sur  Kijiji) :  le loyer moyen sur l’île de Montréal est un peu supérieur à 1300 $ par mois; Soit environ 30% du revenu moyen déterminé par Statistique Canada.

Et comme disait l’autre, la moyenne étant comme quelqu’un qui a la tête au four et les pieds dans le congélateur. Statistiquement parlant il doit se sentir ‘’confortable’’ . Juste pour souligner que les laissés pour compte ne savent plus où donner de la tête … Au four des logements haut-standing ou au congélateur des logements insalubres. Quant aux logements abordables, ils semblent avoir disparu de la circulation; tellement la demande est forte !

De Verdun,, un citoyen lance un cri de cœur sur facebook : ‘’4 1/2 (appartement avec 2 chambres fermées) à 1475 $ et 31/2 (appartement avec 1 chambre fermée) à 1275 $ . Y a t il quelqu’un prêt à le dire à Mr Legault SVP ?’ ».

Ce fut à Verdun, un arrondissement qui fut réputé pour son taux d’inoccupation très bas, qu’on alléchait les locataires avec un mois, voire deux mois gratuits à la signature du bail quand j’atterris au Canada en 1991. Et c’est dans ce même arrondissement que Radio Canada rapporta le 1ier avril dernier (et ce n’est pas un poisson d’avril) que des dizaines de personnes faisaient la queue , rue Galt, pour visiter un 4 1/2 offert ‘’juste’’ à 900 $ (une aubaine !)

Qu’en pensent les autorités ?

Côté officiel, tout va bien Madame la Marquise… Du moins si on se réfère à la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) dont les chiffres montrent que le loyer mensuel moyen pour Montréal et région ne varie qu’entre 891 et 893 en 2020 (Le Devoir).

Par ailleurs, les statistiques (encore elles) nous affirment, chiffres à l’appui, que le taux d’inoccupation est bel et bien en hausse dans le secteur, et ce, à cause des conséquences de la COVID-19.  Alors comment expliquer cette hausse des loyers ? Le Devoir projette un éclairage sur ce point sombre en attirant l’attention sur le retour des Airbnb et des studios pour étudiants par exemple sur le marché locatif. Or ces habitations qui retournent sur le marché ne conviennent pas nécessairement aux familles ni aux personnes à faible revenu. D’où l’augmentation de la demande pour les habituations abordables.

Plusieurs propriétaires, devant cette effervescence du marché pressent les locataires à quitter leur logement pour ‘’effectuer des rénovations majeures’’, une astuce selon les locataires, pour augmenter ensuite les loyers.

De son côté , le journal montréalais ‘’La Presse’’ rapporte le cas de cette famille, obligée de quitter un 5 1/2, avec cour et garage suite à une ‘’reprise de logement’’ autorisée par le Tribunal administratif du logement. Rien à louer dans leur secteur. Il doivent donc aller plus loin, avec moins de commodités et au moins avec une augmentation de loyer de  530$ ! Le cas de cette famille est loin d’être isolé.

Et le journal de mettre le doigt sur un bobo pouvant expliquer le débordement de l’effervescence immobilière même plus loin du périmètre urbain de Montréal : Profitant de l’aubaine du télétravail, les investisseurs immobiliers seraient en train de s’approprier des logements dans toutes les villes de la banlieue montréalaise ! Et le journal de citer comme exemple, le témoignage de la coordonnatrice de l’organisme Action-Logement Lanaudière, situé à Joliette qui affirme que ‘’les appels pour avis d’augmentation de loyer abusive, de 50 $ à 300 $ par mois, ont plus que doublé cette année. Ceux pour reprise de logement ont presque triplé’’.

Qu’en pense la ministre de l’habitation du Québec ? Mme Andrée Loforest,  refuse de voir en cette effervescence une crise du logement. OK. Qu’on l’appelle surchauffe immobilière. Mais cela n’empêchera pas que la marmite sociale risque de perdre son couvercle sous la pression des loyers sur les budgets des ménages à faible revenu; de plus en plus nombreux.

Mais qu’en pense le Premier ministre du Québec ?

La co-cheffe de Québec-Solidaire, Manon Massé, s’inquiétant de l’impact de la hausse des loyers sur le budget des étudiants étrangers quand ils reviendront après la COVID-19, demanda à M. Legault, le 28 avril dernier, s’il a une idée de ce que coûte le loyer d’un logement à Montréal. Et M. Legault de situer ce loyer entre 500 à 600 $ avec un pic de 1000 $ (alors que la moyenne rapportée par le Devoir dépasse les 1300 $ !). Et M. Legault de commenter : ‘’Je sais que les étudiants, parfois, vont se mettre à trois, quatre ensemble pour louer un logement, s’organisent avec les moyens du bord’’.

C’est bien ça ! ‘’Le peuple n’a plus de pain ? Qu’il mange de la brioche !’’

Cependant, malgré ce semblant de déni de la part du gouvernement des voix continuent de s’élever, pas pour dénoncer la crise, certes, mais aussi pour proposer des solutions .

Interviewé par Radio Canada, Martin Blanchard, du Comité logement de la Petite Patrie réclame un contrôle obligatoire des loyers, « qui ferait en sorte qu’il y aurait des hausses de loyer sans nécessairement qu’il y ait un contrôle, en cas de hausse inférieure ou égale à l’inflation, mais avec consultation automatique devant le Tribunal administratif du logement pour des hausses plus importantes ».

De leurs côtés, les gouvernements fédéral et celui du Québec se sont mis au diapason pour injecter de l’argent dans le secteur du logement abordable.

Tout récemment, la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Madame Andrée Laforest, a annoncé la mise en place d’un fonds de 151 M$ pour financer des projets de développement du logement abordable.

Et c’est dans le secteur du logement abordable que plusieurs analystes tombent d’accord car tant que le marché est laissé aux seules mains des investisseurs privés, il y aura toujours une hausse du loyer à cause de la demande. Il faut donc briser cette demande en construisant des logements sociaux et , pourquoi pas, créer des programmes pouvant permettre aux locataires de finir par s’approprier leur logement.

En attendant, la hausse des prix risque de dissuader plus d’un de se livrer cette année à ce sport québécois que la majorité des locataires exercent le 1ier juillet (fête du Canada) : Le déménagement. Et comme dit l’adage maghrébin : elli tlef iched lard. (Si on se sent perdu, il ne faut plus bouger mais s’asseoir sur place ).

Par Abderrahman El Fouladi pour Maghreb Canada Express, Vol. XIX, N°05 , page 3, MAI 2021