Il fut un temps, pas si longtemps, où le Souverain Marocain, voit en la diaspora marocaine, pompeusement appelée « Marocains du Monde » ou tout simplement Marocains résidant à l’étranger (MRE), un « atout stratégique et un pilier de la souveraineté nationale« . 

Cette diaspora fut (et est toujours jusqu’à preuve du contraire) pour SM Mohammed VI, un prolongement de l’identité marocaine à l’échelle mondiale, soulignant l’attachement viscéral des MRE à leur patrie d’origine, faisant d’eux des « ambassadeurs » de la culture et des intérêts du Maroc, d’une part, et un levier diplomatique crucial, notamment pour défendre l’intégrité territoriale du Maroc sur la scène internationale, d’autre part. 

Une vision Royale pour les MRE

Pour faire aboutir cette vision royale , furent dédiés aux MRE deux institutions : Un ministère (2007-2021) et une institution consultative, le Conseil de la Communauté Marocaine à l’Étranger (CCME) qui a été officiellement instituée par le Dahir n° 1.07.208 du 21 décembre 2007 , qui fut « entériné » par la constitution de 2011 mais qui fonctionne actuellement au ralenti, en attendant la loi organique qui va le réformer, et ce, afin que la diaspora devienne une force de proposition plus structurée dans les politiques publiques et que ses membres deviennent des partenaires actifs du nouveau modèle de développement du pays, conformément aux vœux du Souverain Marocain qui semble trouver « inconcevable » que la contribution des MRE à l’investissement privé national ne soit que de 10 %, alors que leurs transferts de fonds ont dépassé 120 milliards de Dirhams en 2025 .

L’heure serait donc au passage de l’épargne, ou de l’immobilier, vers des projets industriels et technologiques ainsi qu’à la participation active à l’innovation, à la recherche et à la modernisation de l’économie marocaine.

Le labeur des différents Ministres chargés du dossier de l’immigration

Les différents ministres, qui furent en charge des Marocains résidant à l’étranger (MRE), ont généralement axé leur discours sur le renforcement des liens culturels, la protection des droits, l’incitation à l’investissement au Maroc et la simplification des procédures administratives, considérant les MRE comme des acteurs clés du développement national.

Mohamed Ameur (Ministre délégué, 2007-2010) a mis l’accent sur une approche participative, sur la restructuration du conseil de la communauté et sur la valorisation du capital humain et culturel des MRE.

Quant à son successeur, Abdellatif Maâzouz (Ministre délégué, 2011-2012), il concentra sa politique sur l’intégration des MRE dans le développement économique du Maroc, la défense de leurs droits dans les pays d’accueil et la simplification des procédures administratives les concernant.

Est venu ensuite Anis Birou (Ministre délégué, 2013-2016) qui a promu une vision de « partenariat » en faveur des MRE, mettant en avant la protection de leurs biens, l’accompagnement des compétences à l’étranger et le renforcement des liens culturels et linguistiques.

Nezha El Ouafi (Secrétaire d’État/Ministre déléguée, 2017-2021) a pris le relai d’Anis Birou pour mettre l’accent sur : 1) la mobilisation des compétences marocaines à l’étranger en vu du transfert de savoir-faire, 2) la digitalisation des services consulaires et 3) l’implication des jeunes MRE.

Ryad Mezzour, ou « le chameau qui a tassé tout ce que les autres ont labouré »

Voulant imiter Kennedy dans son fameux discours « Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous, vous pouvez faire pour votre pays », Ryad Mezzour, ministre de l’industrie et du commerce, l’a fait à la manière du « corbeau ayant voulu imiter la marche de la perdrix » : Pour ceux qui ne connaissent pas l’anecdote, il l’a fait avec un manque flagrant d’élégance; voire avec beaucoup de grossièreté balayant du revers tout ce qui a été fait avec et pour les MRE par ses anciens confrères.

Ce fut lors de son intervention devant les membres de l’Association des anciens élèves de l’École Mohammadia d’ingénieurs, ce début du mois de mars 2026, que Ryad Mezzour mit « les pieds dans le plat’’ en voulant régler leur compte à certains MRE investisseurs en quête, parait-il, de reconnaissance tout en exigeant, semble-t-il, des conditions spécifiques pour revenir investir au Maroc.

Si M. Mezzour prenait la parole en tant que simple citoyen, dans un cercle privé et tout en évitant de généraliser, son ‘’Bezzaat, si vous voulez entrer : c’est votre pays’’ et son ‘’ Que ceux qui hésitent encore, restent là où ils sont’’, propos aussi déplacés et indignes de son rang qu’ils soient, auraient pu quand-même être avalés. Mais M. Mezzour parlait en tant que ministre d’un gouvernement, perçu majoritairement comme affairiste et dont certains de ses membres verraient, dans les MRE, des concurrents faisant les affaires ‘’tout autrement’’. D’où la colère de bon nombre des MRE qui perçoivent dans les propos de M. Mezzour ‘’une rupture du lien affectif et une marque de mépris’’.

Et pour cause : la signification du mot ‘’Bezzaat’’, utilisé par le ministre, pourrait être comparé tout simplement à « un bras ou à un doigt d’honneur » dans le dialecte marocain !

Réactions de la diaspora

Les réactions des MRE varient du simple ‘’ Quand on rentre au pays, ce n’est pas à ta porte qu’on vient frapper’’ au plus en colère; genre ‘’Bezzaat si tu es ministre’’ tout en passant par des réactions plutôt pondérées, mais non moins amères, comme celle qui suit; que nous avions piquée sur facebook :

« Lorsque Sa Majesté le Roi invite la communauté marocaine à investir au pays, c’est une reconnaissance claire de sa valeur et de son rôle essentiel dans le soutien de l’économie nationale et la promotion de l’image du Maroc à l’étranger. Il est toutefois regrettable qu’un responsable gouvernemental tienne des propos qui semblent minimiser ce rôle et réduisent les sacrifices, de millions de MRE, à une expression inappropriée telle que « Bezzaat ».

Les Marocains du monde ne sont pas de simples chiffres dans les transferts financiers, mais des énergies et des compétences qui ont contribué à bâtir les économies des pays où ils résident, tout en restant attachés à leur pays d’origine, dans lequel ils investissent, qu’ils soutiennent et qu’ils défendent dans diverses instances. Des générations entières ont grandi, étudié et travaillé à l’étranger sans que l’État n’ait à supporter les coûts de leur éducation ou de leurs soins médicaux, sans pour autant rompre leurs liens avec le Maroc !

Un discours responsable doit donc respecter cette catégorie de personnes et apprécier leurs contributions, sans tenir des propos qui pourraient être interprétés comme un mépris de leurs sacrifices. La diaspora marocaine n’est pas un fardeau pour la patrie, mais un pilier fondamental de sa puissance économique et sociale. Le respect des Marocains du monde entier n’est pas une simple courtoisie, mais un devoir politique et moral, car ceux qui contribuent au service de la patrie méritent d’être appréciés et non dépréciés« .

Par Abderrahman El Fouladi

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