_____Par Abderrafie Hamdi (Rabat, Maroc)_____

Dans le sport comme en politique, toutes les batailles ne se mènent pas de la même manière. Chaque espace a ses règles, ses institutions, son langage. C’est pourquoi la réaction du gouvernement sénégalais à la suite de la décision de la commission d’appel de la Confédération africaine de football (CAF), relative à la finale de la CAN 2025, interpelle moins par son contenu que par son registre.

Car, au fond, il ne s’agissait pas d’un différend entre États. La décision contestée a été rendue dans un cadre sportif, par une instance juridictionnelle relevant d’une organisation continentale dont les règles sont connues et acceptées par les fédérations elles-mêmes. Dans ce type de situation, le débat peut être vif, les interprétations divergentes, mais le principe demeure : les litiges sportifs trouvent leur résolution dans les institutions sportives.

Ce principe n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une philosophie plus large, celle qui a présidé à la naissance du sport moderne. Lorsque Pierre de Coubertin relança les Jeux olympiques, il portait l’idée que les nations pouvaient se rencontrer et se mesurer dans un cadre codifié, évitant ainsi que leurs rivalités ne débordent ailleurs. Le terrain devait être un lieu de compétition, non de confrontation politique.

C’est précisément cet équilibre que fragilise toute tentative de politisation d’un contentieux sportif. En intervenant de manière officielle et sur un ton inhabituellement ferme, le gouvernement sénégalais a donné le sentiment de déplacer le débat hors de son cadre naturel.

Ce décalage est d’autant plus surprenant que le Sénégal est reconnu, sur le continent, pour la qualité de ses traditions politiques. De Léopold Sédar Senghor, qui concevait l’exercice du pouvoir comme un art de l’équilibre, à Abdou Diouf, symbole de modération, jusqu’à Abdoulaye Wade, qui, malgré les tensions politiques, n’a jamais perdu de vue les subtilités des équilibres africains, le pays a construit une image de maturité institutionnelle.

Dans cet héritage, la parole publique de l’État a toujours été mesurée, soucieuse de préserver à la fois la dignité des institutions et la qualité des relations extérieures.

Ousmane Sonko incarne, à bien des égards, une autre trajectoire. Issu du syndicalisme, forgé dans des combats sociaux intenses, marqué par l’épreuve personnelle de la confrontation avec le pouvoir, il porte une culture politique où la parole est souvent un outil de mobilisation et de rapport de force. Cette expérience explique en partie un certain ton, une manière directe et parfois abrupte d’exprimer une position.

Mais gouverner un État ne relève pas de la même logique.

Ce qui est recevable dans l’arène syndicale – la tension, la dénonciation, la dramatisation – ne l’est pas nécessairement dans la conduite des affaires publiques. L’État ne parle pas seulement pour répondre à une situation immédiate ; il parle pour inscrire ses mots dans la durée, dans un tissu de relations, d’équilibres et de responsabilités.

C’est en cela que la question posée par ce communiqué dépasse le cas précis du football. Elle renvoie à une exigence plus fondamentale : celle de distinguer les registres, de respecter les cadres, de ne pas confondre le temps de la contestation et celui de la responsabilité.

Car, au-delà d’un match, ce sont aussi des liens humains, culturels et historiques qui sont en jeu. Entre le Sénégal et d’autres pays africains, ces liens sont anciens, profonds, tissés bien au-delà des compétitions sportives.

Les trophées passent. Les émotions aussi. Mais la crédibilité des institutions et la qualité des relations entre les peuples, elles, s’inscrivent dans le temps long.

Et c’est peut-être là l’essentiel 

By AEF