Par Abderrafie Hamdi (Rabat, Maroc)

Il y a quelque chose de singulier dans nos démocraties contemporaines. Jamais les citoyens — et en particulier les plus jeunes — n’ont autant parlé de politique, et rarement cette parole a semblé aussi éloignée de l’engagement concret.

Le Maroc n’échappe pas à ce décalage. Les débats sont omniprésents, dans les cafés, sur les réseaux, dans les conversations du quotidien. Les institutions sont discutées, critiquées, parfois contestées. Pourtant, au moment décisif — celui du passage à l’acte — la participation reste en retrait.

Ce contraste dit beaucoup de notre rapport à la politique : une aisance dans le jugement, mais une hésitation persistante face à l’engagement.

Or, une démocratie ne se limite pas à la liberté de critiquer. Elle repose aussi sur la capacité à prendre part au jeu, avec ce qu’il implique de contraintes, de compromis et de responsabilités. On peut contester sans participer ; mais on ne peut durablement peser sans s’impliquer.

C’est ici que se situe, aujourd’hui, l’enjeu pour la génération Z

Cette génération a montré qu’elle savait imposer des sujets, déplacer des lignes, rendre visibles des attentes. Elle maîtrise les codes de l’expression et de la mobilisation. Mais une étape plus exigeante s’ouvre : celle de l’inscription dans les mécanismes de décision.

Les élections législatives prévues en septembre 2026 interviennent dans un contexte qui ne laisse guère de place à l’indifférence. Les tensions économiques, les incertitudes internationales et les attentes sociales accrues redessinent les priorités. Dans ce cadre, la participation électorale cesse d’être un simple rituel : elle devient un indicateur de vitalité démocratique. Elle est aussi un langage. Celui par lequel une société dit si elle entend rester actrice de ses choix.

Comme le rappelait Winston Churchill  la démocratie n’est jamais un système parfait, mais elle reste le seul qui permette aux citoyens de prendre part à la décision plutôt que de la subir. Encore faut-il accepter d’y entrer.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : non pas d’adhérer sans réserve, mais de refuser le retrait. Investir les institutions, ce n’est pas abandonner l’esprit critique ; c’est lui donner une portée.

À l’inverse, l’abstention installe une forme de contradiction. Plus la parole est forte, plus l’absence interroge. Non parce qu’elle priverait de droits — la liberté d’expression demeure entière — mais parce qu’elle affaiblit la portée de la critique lorsqu’elle ne s’accompagne d’aucune implication.

Il ne s’agit pas d’opposer la rue et les institutions. L’une révèle, l’autre décide. Mais sans passage de l’une à l’autre, le risque est celui d’un déséquilibre durable entre attentes et résultats.

La véritable question est donc simple : à quel moment une génération choisit-elle d’entrer dans le jeu ?

Car, au fond, la politique ne se définit pas seulement par ce que l’on en dit, mais par ce que l’on accepte d’en faire.

By AEF