Les images tragiques en provenance des frontières de Sebta et Mellilia ne cessent de secouer les consciences. Face à ce déferlement de détresse humaine, le rapport méthodique de l’Organisation marocaine des Droits Humains (OMDH) agit comme un puissant révélateur : La crise des enclaves, occupées par l’Espagne en territoire Marocain, n’est pas une fatalité spontanée, mais le résultat direct de l’incurie systémique des politiques européennes et de la prolifération de marchands d’illusions virtuels.
Dénoncer « l’hypocrisie » de l’Union européenne.
En verrouillant ses frontières et en externalisant la gestion migratoire, l’Europe ne ferait pas que se désengager de ses obligations internationales fondamentales ; elle aurait crée un goulot d’étranglement humanitaire sur la rive sud. Ce cynisme délègue au Maroc — dont les forces sur le terrain font de leur mieux pour avorter ces assauts massifs — le rôle ingrat de garde-frontière. Le tout au prix de pressions étouffantes et de drames humains évitables.
Parallèlement, l’espace numérique serait devenu le terrain de jeu d’une manipulation criminelle. Des réseaux de passeurs déguisés en algorithmes semblent exploiter le désespoir d’une jeunesse en quête d’avenir en fabriquant de toutes pièces de fausses jurisprudences de régularisation en Espagne. Pour ce, l’OMDH réclame une éducation d’urgence au numérique. Car on ne résoudra pas une fracture historique globale par des barbelés supplémentaires ou des mesures répressives : La migration est une réalité humaine indiscutable. Elle doit être traitée par le prisme du codéveloppement Nord-Sud et le respect inconditionnel du droit international.
Quand le malheur , des uns, aiguise les plumes des autres…
Cependant, hors de ce diagnostic factuel posé par la société civile marocaine, la tragédie de Sebta et Mellilia se double d’une féroce guerre médiatique régionale. À titre d’exemple, la presse algérienne, qui qualifie les villes marocaines occupées par l’Espagne de « villes espagnoles », semble ne lire le scénario de ces entrées massives qu’à travers un prisme purement géopolitique, marqué par les tensions historiques persistantes entre Alger et Rabat.
Les éditorialistes et les médias d’État à Alger semblent donc rejeter la thèse d’un simple débordement technique ou numérique lié aux réseaux sociaux et accusent régulièrement le Royaume d’orchestrer la «géopolitique du chaos» et d’utiliser délibérément l’arme migratoire comme un levier de chantage diplomatique face à Madrid et à Bruxelles. En dressant un parallèle direct avec la crise de 2021, les titres d’Alger relaient le décompte des victimes rapporté par les officiels espagnols. Ils s’en servent pour pointer du doigt ce qu’ils qualifient de faillite sociale marocaine, tout en affirmant que Rabat ne saurait être un partenaire « fiable » pour la sécurité européenne.
La riposte des médias Marocains
Loin de rester de marbre face aux salves de critiques de leurs confrères algériens, les médias marocains s’accordent pour dénoncer d’une seule voix une « obsession systémique et pathologique » d’Alger à l’égard du Royaume Chérifien. De ce fait, les éditorialistes marocains dépeignent la virulence de la presse algérienne (notamment les dépêches de l’agence officielle APS) comme « un écran de fumée » destiné à cacher les déboires de la « Nouvelle Algérie« . Selon eux, en focalisant l’attention publique algérienne sur une supposée « faillite sociale marocaine » et sur des drames frontaliers, les médias du régime algérien cherchent à masquer les propres crises économiques et les crispations politiques internes de leur pays, et ce, en fabriquant, pour le peuple algérien, un ennemi extérieur imaginaire.
En conclusion…
Entre l’aveuglement sécuritaire de l’Europe, le piège des algorithmes mensongers et l’instrumentalisation politique inter-étatique, les migrants de tous bords restent, encore et toujours, les otages d’un drame qui les dépasse.
Rahal El Yaqoubi.