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Oct 13

Mobilité Humaine : Le Maroc face à la déferlante migratoire

Les relations Nord-sud ne sont jamais faites de sentiments, et probablement elles ne se le feront jamais ainsi. C’est l’intérêt et le profit qui mènent la danse. Et les discours politiques à saveur philanthropique ne sont, n’ont jamais été et ne seront probablement jamais que l’enveloppe sucré qui cacherait l’amertume du poison !
Tout est perdu ? Certainement pas quand on mise le tout pour le tout sur la bonté et la grandeur d’âme de ceux et de celles qui font (et qui ont le pouvoir de défaire) ces politiciens menant le Monde en bateau : Monsieur et Madame tout le monde ; ces éternels dindons de la farce politico-politicienne qui, souvent aiguisent , sans le savoir, le couteau même pouvant, à tout moment, les faire saigner!
Le problème ? C’est qu’on a tendance, par les temps qui courent, à aller plus vite que la musique. Et c’est ce qui est en train d’arriver à votre serviteur, mézigue, qui est en voie de conclure cet édito avant même de l’avoir commencé !
Recorrigeons le tir : Bon nombre de pays ont recours à l’immigration quand ils ont une carence soit en main d’œuvre soit carrément en population. Et parmi ces pays, il y en a ceux qui appellent un chat un chat; qui annoncent la couleur et qui optent pour l’immigration sélective. Et il y a ces pays qui agissent comme des loups criant ‘’au loup!’’ et comme des pickpockets criant ‘’au voleur’’.
Nous nous abstiendrons de citer des noms. Mais il n’est pas difficile d’identifier ces pays qui ferment les yeux sur une immigration supposément clandestine, mais que tout chacun connait, pour la simple raison qu’elle accepte ces travaux dont personne ne veut à l’intérieur, par exemple, des saunas des serres et des parfums des pesticides.
Et c’est ainsi que le Maroc a perdu ses ouvriers agricoles les plus qualifiés au détriment d’un pays, l’Espagne pour ne pas le nommer, qui pas plus loin des années 1980, arrosait les tomates marocaines de pétrole, pour tuer la concurrence lors du transit vers le marché européen. Depuis, il n’a plus à le faire car il détient, en otages économiques, sur son territoire, ceux même qui créaient cette concurrence et qui contribuent maintenant à la création de sa propre richesse.
S’il est relativement aisé de cerner les motivations de pays comme l’Espagne (raflant les ouvriers agricoles du concurrent immédiat en agrumes et en produits maraichers de la rive sud de la méditerranée ) ou de pays comme le Canada, qui encouragent des étudiants étrangers à demander la résidence permanente, à la veille de l’obtention de leurs diplômes (économisant ainsi des frais de la maternelle aux études supérieures), il est plus difficile, surtout pour un occidental, de cerner les motivations d’un pays comme le Maroc qui ouvre ses frontières à l’immigration; une immigration qu’il subit beaucoup plus qu’il ne souhaite ni qu’il planifie et dont il n’a absolument pas besoin; vu sa situation économique et surtout celle démographique !
Et pourtant les faits sont là: Au moment où certains voisins accompagnent manu militari les candidats (subsahariens et arabes) à l’immigration hors de leurs frontières, le Maroc pousse plus loin le paradoxe en adoptant une politique migratoire et d’asile qui fait de lui, non plus un pays de migration, mais un pays de transit et de destination.
Aussi, s’il est plus que probable que le Maroc ne peut à lui tout seul soulager toute la misère de l’Afrique, et du Moyen-Orient, une chose est sure : Le pays est décidé plus que jamais à partager la misère de ces régions. Et qu’importe les raisons dont on ne cernera peut-être jamais les catalyseurs, les faits sont là.
Et ce qui est aussi là, c’est cette pression qui va en augmentant sur les poumons économiques du pays concentrés dans certaines villes et davantage tout au long du littoral. Et de ce fait, cette immigration galopante, mal gérée pourrait à moyen terme asphyxier complètement le pays.
Il serait donc urgent de bien répartir cette immigration et de la canaliser là où il faut afin d’éviter que le Maroc ne bascule sous ce poids démographique qui est en tain de peser sur les zones côtières vers un certain chaos plus ou moins annoncé.
Certaines régions en effet peuvent absorber une partie du flux en attendant des solutions plus globales. En effet, pas plus loin que le mois denier, les Ait Bouguemez faisaient face à une pénurie de main d’œuvre pour cueillir les pommes . Or à quelques 250 kilomètres à vol d’oiseau, des migrants subsahariens et syriens participent allégrement à gonfler les rangs des mendiants et à transformer les trottoirs des villes, comme Rabat et Casablanca, en souks!
Préserver les droits des immigrants et des demandeurs d’asile s’est noble de la part du pays d’accueil; Mais il ne faut pas que la noblesse du droit fasse ombrage à celle du Devoir au point de créer un froid et des courants d’air pouvant se transformer en tempêtes.
Des efforts seraient nécessaires pour préserver l’équilibre en attendant une solution globale à travers un Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, pacte auquel le Maroc travaille de concert au sein de l’Union africaine, avec l’Allemagne au sein du Forum mondial pour la migration et le développement et Au sein d’autres instances des nations Unies.

Par Abderrahman El Fouladi, Maghreb Canada Express, Vol.xv, N° 10, page 03, Octobre 2017

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