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Juin 05

MRE et Musulmans de Christchurch (Nouvelle Zélande) : Un iftar avec ceux qui avaient eu un pied dans la tombe

br6Quand j’eus atterri à Christchurch ce 11 mai 2019, en début d’après midi, je n’étais même pas sûr de trouver ne serait-ce qu’un seul marocain dans cette petite ville d’apparence paisible , mais qui connut, le 15 mars dernier, le pire massacre jamais vu contre une minorité religieuse néozélandaise; massacre qui traumatisa la Nation toute entière mais qui montra a tel point le peuple néozélandais est soudé, inclusif et compatissant.

Le soir même je me rendis à l’une des 2 mosquées victimes de la folie meurtrière du terroriste : La mosquée AlNoor où tomba une quarantaine de fidèles sous les balles de l’assassin; Et… où les survivants, toujours en train de réapprendre à vivre et à espérer, m’invitèrent à partager leur iftar.

Le lendemain je pris donc la décision « d’apporter ma soupe »  à mon tour pour améliorer l’ordinaire; une soupe à la marocaine, façon pour moi de montrer et de faire sentir à ces gens que d’autres pays sont avec eux, comme eux et essaient d’apaiser leurs souffrances dont les profondeurs sont insondables. Le cuisinier (un palestinien) accepta et promis de prendre la harira en main. « T’en fais pas: je saurais appliquer la recette magique » me rassura-t-il en souriant.

Mais voilà, qu’avertis de ma présence (suite à des messages que j’avais envoyés avant mon départ de Montréal) pas seulement un, mais 6 marocains qui se manifestent ! Et sitôt que ce petit groupe eut vent de mes desseins culinaires, voilà que l’Opération « Apportez votre soupe » passa d’affaire personnelle à une affaire communautaire.

br7« Une soupe marocaine doit se préparer par des expertes et des experts marocains » me lança Driss Jamradi qui me recommanda « d’entrer dans mon souk » (traduction mot à mot d’une expression marocaine signifiant à quelqu’un de s’occuper de ses oignons). Et pour enfoncer définitivement le clou, il me lança : « Tu es un visiteur et les visiteurs ne préparent pas leurs repas: C’est leurs hôtes qui s’en occupent« .

On m’avait déjà fait le coup l’année dernière à Kuala Lumpur quand j’avais proposé de faire une soupe marocaine à Ashakirin Mosque située derrière les Tours Petronas de la ville malaisienne. Pour la faire courte : Nos frères malaisiens me recommandèrent de « to stay calm and enjoy the malaisian hospitality » . (Rester tranquille et savourer l’hospitalité malaisienne).

Bref, depuis ma première opération « Apportez votre soupe » que j’ai réussi quand même tout seul en Haîti, plus personne ne me laisse mettre la main à la poche. Et c’est à peine si on me laisse mettre la main à la pâte.

br5Cette année, j’ai tenu quand même à manier la louche pour empêcher la soupe de touiller, de la tourner , d’y ajouter les oeufs et de me brûler aussi les doigts en faisant tourner, sur la plaque chauffante, les galettes marocaines « lamsemmene » .

Ce fut donc grâce à cette mobilisation spontanée de la petite communauté marocaine, que les fidèles de la mosquée AlNoor (de différentes origines ethniques) ont pu découvrir, le 16 mai dernier, le goût de notre fameuse Harira agréée de « lamsemmene » et de dattes . Et ce ne furent pas juste les fidèles mais aussi les quelques policiers néozélandais en faction devant la mosquée qui ont pu savourer cette potion magique marocaine.

Il serait pertinent de souligner, en effet, que depuis l’attaque terroriste contre les 2 mosquées, la police locale monte la garde devant ces 2 lieux de culte aux heures des prières. Cette présence policière se serait renforcé durant le mois du ramadan et les policiers ne quittent les lieux qu’après les prières Tarawih (vers 21 heures).

Un grand MERCI à la famille Jamradi qui avait offert les ingrédients , la logistique et la cuisine !
Merci aux bénévoles qui ont permis de servir avec sourire, efficacité et convivialité les cent et quelque fidèles .Nous pensons tout particulièrement à Moussa Bouray et Touhami Driss (Doctorants à Canterbury Christ Church University) , à Amine Maaroufe et Noureddine; deux autres marocains résidant à Christchurch ainsi qu’à
Adil Bennani (un Marocain résidant à Auckland qui nous a mis en contact avec l’un des marocains résidant à Christchurch).

Notre reconnaissance va également à M. Karim Medrek , Ambassadeur de SM le Roi en Australie ainsi qu’à M. Azzeddine Nafrak, ministre plénipotentiaire en charge des affaires consulaires, pour avoir donné suite à notre demande d’aide en vue d’entrer en contact avec des marocains établis en Australie et en Nouvelle Zélande.

Par Abderrahman El Fouladi pour Maghreb Canada Express, page 6, Vol. XVII, N°6 , JUIN 2019

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