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Juin 06

Vivre-Ensemble : La leçon néo-zélandaise de compassion et d’empathie

christ-church an-NoorCe soir du 11 mai 2019, je me fis inviter chez les survivants de la fusillade, survenue le 15 mars 2019 à la Mosquée An-Noor de Christchurch (Nouvelle Zélande).

Beaucoup de courage et beaucoup de résilience pour panser des blessures encore béantes. Chacun a une histoire à raconter : De ce jeune homme , souriant, qui marche encore avec des béquilles à cet homme d’âge mur qui tint à me faire suivre pas à pas le parcours de sa fuite salvatrice, en passant par ce jeune homme qui n’a pas reçu de blessures physiques mais qui a vu les victimes tomber les unes après les autres autour de lui, l’éclaboussant de leur sang. Il m’avoua qu’il n’a plus osé poser les pieds dans la mosquée jusqu’à aujourd’hui où le hasard l’a fait asseoir à côté de moi lors du repas de l’iftar. Mais à peine s’il a touché à son repas… occupé à me raconter, avec une voix brisée, ses cauchemars qui l’empêchent encore de dormir et que les psi ne sont pas arrivés à exorciser !

Et quid de cet homme dont la balle, l’ayant atteint, le condamna à ne plus prier qu’assis sur une chaise mais dont ce handicap physique n’est rien devant la blessure ayant déchiré son coeur ! Car son épouse, qui pourtant s’échappa en fuyant loin de la mosquée, se rappela que son mari était toujours dedans. Alors elle revint sur ces pas pour se trouver face à face avec l’assassin qui la faucha d’une rafale meurtrière !

Même l’imam ce soir du 11 mai 2019 n’avait pu étouffer son émotion (en évoquant les victimes du 15 mars dernier à la fin de la prière des Tarawih) et eut la voix brisée par les sanglots !

Sitôt dans ma chambre d’hôtel ce soir, je m’empressai de poster sur ma page facebook ce message : ‘’33 veuves avec leurs orphelins sont en train de passer leur premier ramadan sans soutien’’.

Le lendemain , je fus surpris par un message réprobateur de la part d’un habitant de Christchurch (M. Driss Jamradi) me rappelant à l’ordre et m’obligeant de rectifier le tir .

Voici un extrait de ce message : ‘’Depuis l’attaque terroriste contre les deux mosquées les survivants, et surtout les veuves, n’ont matériellement manqué de rien et ont reçu des soutiens financier et moral de la part de tous les néo-zélandais, depuis le gouvernement jusqu’au simple citoyen; Soutiens qui ne peuvent être égalés nulle part dans le monde et qui continuent encore d’affluer bien après l’attaque’’

Et M. Jamradi de poursuivre : ‘’Nous en fumes tous témoins dès le premier jour; aussi bien de la part de la Première ministre (Mme Jacinda Ardern) que de la part des ONG en passant par les différentes agences gouvernementales !’’

Autant pour moi M. Jamradi !

Selon le Huffington Post, Mme Ardern,  qui qualifia sur le champ la fusillade d’acte terroriste, rendit le lendemain visite à la communauté musulmane et réfugiée de Christchurch; portant un foulard noir sur la tête, pour transmettre à la petite communauté musulmane meurtrie un message «d’amour et de soutien» de la part de toute la Nouvelle Zélande’’  Et du coup le slogan ’We are One’’ tant répété par la suite, ne fut pas juste un slogan de circonstance : Les néo-zélandais, toutes croyances confondues, non seulement y croient mais joignent aussitôt l’acte à la parole .

En effet, selon le New York Times, Mme Ardern a précisé que les survivants de l’attaque vont profiter, sur le champ, des programmes gouvernementaux accordant des allocations funéraires et soutenant les citoyens et même les visiteurs blessés dans un accident survenu dans le pays.

Par ailleurs, comme la majorité des victimes sont le seul soutien familial, Mme Arden déclara que le gouvernement fournira une aide financière aux survivants sans revenu, et ce, abstraction faite de leur statut dans le pays (ce qui inclurait les sans-papiers. NDLR).

Elle annonça aussi la prise en charge de tous les frais de restauration des mosquées attaquées, ainsi que ceux relatifs aux funérailles; aussi bien à l’intérieur du pays que pour ceux dont les familles désirent rapatrier les dépouilles au pays d’origine.

Autant de compassion et d’empathie ne méritent-elles pas , ne serait-ce qu’une proposition pour le Prix Nobel de la Paix pour cette Dame, ? Et à travers elle pour toute la Nouvelle-Zélande?

Côté Société civile On ramassa en un temps record (quelques jours) plus de 12 millions de dollars dont la totalité ira aux familles des victimes ainsi qu’aux survivants de l’attaque terroriste. À titre d’exemple seulement :

  • Un fond de soutien sur le site web néo-zélandais GiveaLittle.co.nz reçut plus de 8 millions de dollars de la part de plus de 91 000 donateurs les 3 jours ayant suivi l’attaque;
  • ,Les autochtones Kiwis se sont mobilisés de leur côté et ont collecté plus de 2 millions de dollars en faveur des victimes.
  • Une autre collecte de fonds sur LaunchGood a permis de récolter plus de 2,4 millions de dollars.

J’eus fini par rencontrer M. Driss Jamradi qui donna suite à mon désir d’organiser un iftar pour les fidèles fréquentant, en ce mois de ramadan, la mosquée An-Noor (Voir page 6).

M. Jamradi me fit aussi visiter la deuxième mosquée attaquée et me présenta à M. Abdul Aziz, un Afghan qui s’occupe de l’entretien de cette mosquée et qui poursuivit l’assassin avec, dans la main, seulement un lecteur de cartes bancaires… pour ramasser ensuite une arme abandonnée par l’assassin. Quand il rattrapa ce dernier, il le mit en joue. Mais l’arme était vide. Alors il la balança contre le pare-brise de la voiture de l’assassin qui démarra en trombe..

Abdul Aziz est un homme humble souriant et qui refuse d’être qualifié de héro . L’héroïsme , selon lui sans doute, est l’apanage de cette Grande Dame néo-zélandaise, de souche, qui se jeta devant le meurtrier pour protéger une femme et son enfant et qui fut tuée sur le coup .

Par Abderrahman El Fouladi pour Maghreb Canada Express, page 3, Vol. XVII, N°6 , JUIN 2019

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