La reconnaissance par les États-Unis de la Marocanité du Sahara: Un pas en avant vers une paix durable (Moha ENNAJI*)

* Par Moha Ennaji, professeur des universités, auteur de plusieurs livres, dont le plus récent intitulé «Culture Berbère (Amazighe) et Cultures Méditerranéennes»

Photo Ennaji 2016En appréciant le Maroc en tant que grand allié, les États-Unis ont décidé, samedi 12 décembre, de reconnaître la souveraineté du Maroc sur son Sahara, et ont procédé à l’ouverture d’un consulat à Dakhla, l’une des principales villes du Sahara marocain. En retour, le Maroc a repris ses relations diplomatiques avec Israël. Pour rappel, le Maroc a établi des relations diplomatiques avec Israël pour la première fois en 1994 et les a rompues en 2002 après la deuxième Intifada.

Alors que la France, l’Égypte, les Émirats arabes unis, Bahreïn et d’autres pays amis se sont félicités de l’accord, l’Algérie a protesté et l’Espagne a exprimé ses réserves, affirmant que seule l’ONU devrait être la seule instance susceptible de résoudre ce conflit artificiel. On se demande pourquoi l’Espagne ne donne pas l’indépendance à la Catalogne, pourquoi l’Algérie ne défend pas l’indépendance de cette région, et pourquoi l’Etat algérien n’accorde-t-il pas l’indépendance à la Kabylie? Par contre, il y a un mouvement politique algérien qui réclame son indépendance.

L’administration Trump, qui a négocié des accords similaires il y a des mois avec les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan, a considéré la proposition marocaine de l’autonomie élargie du Sahara comme étant une option sérieuse et fiable qui pourrait constituer une base solide pour des négociations et une paix durable.

Historiquement, il convient de mentionner la décision de l’Espagne d’abandonner le Sahara en 1975 après que la Cour internationale de La Haye ait confirmé l’existence de liens de loyauté entre la population du Sahara et la monarchie marocaine depuis l’Antiquité. Cependant, cette zone est devenue sujette au conflit, après la victoire de la Marche verte suite à laquelle le Maroc a imposé son autorité sur la région, contrant la demande de l’indépendance par le Front Polisario soutenu par l’Algérie et le régime de Muammar Qaddafi. La guerre entre les deux parties s’est terminée par un cessez-le-feu en 1991, mais plus tard les efforts persistants pour résoudre le conflit ont échoué.

Les Nations Unies ont qualifié la proposition d’autonomie du Maroc de fiable, réaliste et sérieuse et ont insisté sur le fait que la solution de ce conflit devrait passer par des négociations entre les parties concernées.

En réponse à la reconnaissance américaine du Sahara marocain et à la relance des relations maroco-israéliennes, le Parti de la justice et du développement (parti islamiste au pouvoir) a déclaré que cet accord est important, car il contribuera à «ouvrir de nouveaux horizons pour renforcer la position du Maroc dans la communauté internationale. «

D’autre part, ce parti œuvre pour renouveler sa position à l’égard du conflit israélo-palestinien, se référant à sa « position constante à l’égard de l’occupation sioniste et des crimes qu’elle commet contre le peuple palestinien, y compris les attaques continues contre la mosquée Al-Aqsa. , ainsi que la confiscation des terres palestiniennes. «

En effet, la reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc sur son Sahara et la décision de ce dernier de relancer les relations diplomatiques avec Israël ouvrent la voie à davantage de coopération et à de nouveaux investissements dans la région. Étant le seul pays africain à avoir un accord de libre-échange avec les États-Unis, le Maroc bénéficiera de cet accord en tant que leader économique en Afrique du Nord et de l’Ouest et renforcera son rôle dans la lutte contre le terrorisme dans la région.

Selon le Washington Post du 17 décembre 2020, la question de la paix avec Israël mérite vraiment l’attention, mais les étapes de normalisation avec Israël échoueront si ce dernier ne résout pas le conflit avec ses voisins immédiats , à savoir les Palestiniens. Les accords de normalisation avec les pays arabes ne remplaceront pas une solution réelle et définitive avec les Palestiniens. L’avenir d’Israël en tant qu’état hébreu sera toujours en danger tant que les Palestiniens seront sous occupation.

Cependant, la reprise des relations diplomatiques avec Israël n’affectera pas négativement les relations entre le Maroc et l’Autorité palestinienne, étant donné que le Maroc tient toujours à soutenir le peuple palestinien dans sa juste cause, en particulier les habitants de Jérusalem, en préservant le Patrimoine islamique de la Ville sainte et le caractère sacré de la mosquée Al-Aqsa, à travers le Fonds Al-quds, que le Maroc a créé et soutient financièrement et fermement.

Le Maroc est également plus que jamais attaché à la solution des deux États, avec Jérusalem-Est comme capitale de l’Etat palestinien, position qu’il continuera à défendre à travers le Comité Al-quds dirigé par le monarque marocain.

D’un autre côté, il est aujourd’hui urgent de réunir les rangs des Palestiniens. A la lumière de ces développements majeurs auxquels le monde est témoin, il est illogique que le Hamas reste confiné dans la bande de Gaza, loin de tout dialogue sérieux avec l’Autorité palestinienne en Cisjordanie. Les Palestiniens doivent mettre fin à ce conflit interne qui dure depuis longtemps et affaiblit le rôle de la Palestine à l’intérieur et à l’étranger, en particulier dans les négociations avec Israël et l’Amérique.

Même si l’accord tripartite entre le Maroc, l’Amérique et Israël est intervenu dans le contexte des récentes élections américaines, il s’agit certainement d’un tournant majeur pour la région, tant sur le plan politique qu’économique, et l’administration Biden aura du mal à le changer.

Les opposants au Maroc, notamment le lobby américain œuvrant dans l’intérêt de l’Algérie, comptent persuader l’équipe du nouveau président américain, Joe Biden, de renoncer à la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara sous prétexte de préserver ses intérêts avec l’Algérie , à l’heure où Rabat fait confiance au partenariat exceptionnel qu’il entretient avec Washington à travers toutes les administrations américaines, qu’elles soient républicaines ou démocrates.

Dans un discours devant le Sénat américain, le secrétaire D’État de l’administration Biden, Anthony Blinken, a récemment salué les « accords d’Abraham», qui ont été conclus par l’administration du président sortant Donald Trump entre Israël et plusieurs pays arabes, dont le Maroc. Il a promis que l’administration Biden travaillerait pour élargir les accords de paix entre Israël et les pays arabes.

Des sources fiables au sein du Parti démocrate ont également déclaré que Joe Biden a accueilli avec une grande satisfaction la reconnaissance américaine du Sahara marocain, ainsi que la décision du Maroc de rétablir ses relations avec Israël, et que son administration considère le royaume comme un allié clé sur lequel elle peut compter en tant qu’interlocuteur principal en Afrique du Nord, écartant ainsi toute intention de la nouvelle administration de revenir sur la décision de l’administration précédente.

Lors d’un point de presse tenu lundi 22 février, le porte-parole du département d’État américain, Ned Pierce, a affirmé qu’il n’y a aucun changement dans ce dossier. Ainsi, la reconnaissance des États-Unis de la pleine souveraineté du Maroc sur son Sahara est une initiative nécessaire à l’établissement d’une paix juste et durable en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

Source : Témoignages et Analyse