Par Ahmed Saber (1) (Rabat, Maroc)

Le dimanche  18 janvier 2025, l’équipe nationale sénégalaise de football a remporté le titre de la 35ème édition de la « CAN » organisée par le Maroc, du 21  décembre 2025 au 18 janvier 2026. Lors de la finale qui s’est jouée à Rabat, l’équipe du Sénégal a pu battre l’équipe nationale du Maroc par un but à zéro, à l’issue d’un match très serré sanctionné par le score le plus étriqué au football.  Contrairement à ce qu’auraient souhaité les vrais amoureux du ballon rond et les gloutons  du  football,  cette finale a connu une fin chaotique et choquante.  

Bien qu’il soit dur à expliquer, ce mauvais et non souhaitable scénario est une éventualité à ne pas écarter en football.  Un match de football n’est pas totalement contrôlable et peut être défiguré par des tournures et des déviations dégoûtantes. Mais, c’est le football.  Pour le moment,  il est ce qu’il est en attendant des solutions radicales pour que le football ne soit géré que par ses propres règles  et non pas par des facteurs exogènes, des facteurs d’instrumentalisation et de manipulation des masses. Le 18 janvier 2026, ce n’est pas le Maroc qui a perdu mais son équipe nationale tout simplement. Une équipe nationale incarne la fierté et la dignité d’un pays ou d’une nation, elle a le devoir de représenter dignement son pays en mouillant des maillots,  mais l’équipe nationale  n’est ni un pays ni une nation.

C’est pourquoi, il ne faut absolument pas  impliquer  les peuples dans un débat oiseux, inutiles et nocifs pour le sport qu’il faut protéger contre la cupidité, l’hypocrisie  et les intentions malveillantes pour qu’il  reste   une activité populaire, fédératrice,  noble et apolitique comme l’auraient souhaité ceux qui ont fondé  la FIFA à Paris, le 4 Mai 1904 .  Pour que le football et le sport, en général,   puissent jouer pleinement leur rôle  socio-culturel et humain, il faut les mettre dans les mains d’instances sportives  nationales, continentales ou universelles fortement attachées au principe d’apolitisme, un principe qui doit être réel et scrupuleusement respecté et non un mythe et un banal slogan.  Pour une bonne et juste promotion à l’échelle internationale, il faut confier la gestion  des activités sportives à des organismes politiquement neutres et non à des acteurs géopolitiques et des apprentis sorciers.

Le football est une activité humaine. Par conséquent il n’obéit pas strictement aux règles scientifiques. Ce n’est pas un domaine physique soumis à des règles purement scientifiques. C’est pourquoi, il faut s’attendre à des surprises à l’issue de quelques rencontres sportives plus ou moins équilibrées. Un résultat en football  ne peut pas être totalement expliqué par la théorie de la mécanique newtonienne. Un résultat sanctionnant un match est un effet global et une résultante qui dépend d’une multitude de facteurs en action dont notamment la morphologie appropriée des joueurs, leur endurance, leur résistance, leur force de caractère, leur résilience, leur préparation physique et morale, leur concentration durant le match, leurs atouts individuels (technique individuelle), et leur intégration dans un groupe… etc…  L’issue d’un match âprement disputé dépend aussi de la qualité du terrain de jeu, des conditions climatiques (la force et l’orientation  du vent, pluie, chaleur et taux d’humidité … etc ….). Le résultat d’un match  dépend aussi de l’impact positif ou négatif du 12ème joueur (les supporters) sur les deux équipes…..

C’est pour toutes ces raisons que ceux qui comprennent parfaitement le football disent, à juste titre d’ailleurs,  que l’issue d’un match dépend de la bonne ou de la mauvaise gestion de certains petits détails et la gestion de la  fin de la rencontre. Un pénalty n’est pas forcément un but, il peut être marqué comme il peut être raté. Le pénalty est un geste technique qu’on peut mal exécuter à cause de la pression et de l’impact psychologique exercée par les supporters, le staff technique ou l’enjeu du match. Lors de la finale de la CAN 2025, Brahim Diaz a raté un pénalty, terriblement contesté par les sénégalais, à un moment décisif de la rencontre, mais cette contreperformance ne signifie pas que Diaz est le premier responsable de la défaite du Maroc. Il faut que Diaz comprenne qu’il n’a rien à se reprocher à ce sujet. Les responsables de l’équipe nationale ont le devoir de l’aider à tourner la page de la CAN 2025. Les supporters doivent cesser de  le prendre comme bouc émissaire.   Beaucoup de grands  joueurs  talentueux, des légendes du  football mondial et des joueurs iconiques  l’ont raté dans des matchs décisifs. Un carton rouge,  synonyme d’expulsion,  ne permet pas à l’équipe adverse de gagner, beaucoup d’équipes à 10 ou même à 9 peuvent gagner un match malgré leur infériorité numérique.  

Le pays organisateur ne doit pas être obnubilé uniquement  par la réussite et le sacre final. Un pays hôte  doit jouer le rôle d’agence d’événementiel sportif qui doit préparer les bonnes conditions nécessaires au bon déroulement d’un évènement régional, continental ou mondial. A cet effet, il doit scrupuleusement gérer la sécurité des équipes et des spectateurs,  les conditions d’accueil, les terrains d’entrainement,  la logistique, l’animation, la communication et l’exécution de la programmation des rencontres. .. Le pays organisateur ne doit cibler qu’un seul  trophée : celui du bon accueil et de la réussite de l’édition.  L’autre trophée, le sacre final, dépend  de sa puissance footballistique, des prestations et de la combattivité  des autres  équipes participantes.

Le 18 janvier 2026, l’équipe du Sénégal a remporté le titre de la 35ème édition de la CAN. Au vu du parcours de l’équipe sénégalaise le long  de cette édition, il est indiscutable que l’équipe sénégalaise n’a pas volé la victoire finale. Sportivement parlant, c’est une victoire méritée et normale. Pour sa part, l’équipe nationale marocaine ne méritait pas de perdre. Elle aurait gagné facilement et valider son statut de puissance footballistique continentale. En effet,   lors de cette édition de la CAN, il y avait trois ultra favoris : l’équipe marocaine, l’équipe sénégalaise, l’équipe nigériane auxquelles  il faudrait ajouter l’équipe égyptienne, qui reste l’équipe la plus titrée d’Afrique (concernant la CAN) : avec  7 coupes d’Afrique dont trois d’affilée : 2006- 2008 et 2010. C’est pourquoi, la victoire de l’équipe  du Sénégal ne doit pas être vue comme une déception ou  une frustration pour les supporters marocains, c’est un résultat qu’il ne fallait  pas exclure, c’est l’une des trois éventualités que tout sportif doit prévoir et surtout accepter sans amertume ni regrets exagérés.

Le football est un sport, c’est un jeu qui risque d’être sanctionné par un résultat inattendu et parfois non souhaité. Heureusement, une défaite même douloureuse et amère ne signifie pas la fin du monde même pour les irrationnels,  les fanatiques du sport et les farouches ennemis du fair-play. Le sport doit  jouer pleinement son rôle et rester un facteur fédérateur des peuples, un facteur qui renforce l’amitié entre les peuples et les nations. Un facteur neutre qui permet à tout un chacun  de savourer ses rares moments de joie et d’enthousiasme   et non pas un agent  pathogène,  nocif et dévastateur.  Le sport ne doit pas être utilisé comme un outil secret pour enclencher un processus de haine, de désagrégation et d’hostilité gratuite.  Pour permettre au sport d’accomplir  pleinement sa noble mission, il faut l’extirper des équations et des agendas géopolitiques des Etats.

Sport  et devoir de mémoire 

En 1976, l’équipe nationale marocaine s’est rendue en Ethiopie sans être comptée parmi les grands favoris de cette édition de la CAN,  organisée par l’Ethiopie. Selon tous les pronostics de l’époque,  le trophée de ce tournoi continental ne devait être convoité que par les puissances footballistiques africaines  de l’époque à savoir le Zaïre, le Nigéria, la Guinée et l’Egypte. Par arrogance ou par ignorance pure et simple, l’équipe nationale marocaine a été naïvement et injustement qualifiée de « petit poucet ». Les observateurs sportifs de l’époque ont oublié que l’équipe marocaine a complètement calé la redoutable machine  allemande ( équipe de la RFA) surtout pendant la première mi-temps du match qui a lieu entre les deux équipes dans le cadre de la phase finale de la coupe du monde 1970, organisée par le Mexique.

Ceux qui ont sous-estimé les bonnes qualités intrinsèques de l’équipe du Maroc de 1976 ignoraient le fait que l’équipe nationale marocaine de l’époque était constituée de très bons joueurs. Ces derniers étaient  des éléments très talentueux et  très forts moralement, techniquement et physiquement tels que Ahmed Faras,  un attaquant efficace et un finisseur  hors pair, Hassan Amcharrat (surnommé Assila), Abdelâali Zahraoui, Redouane El Guezzar, Ahmed Makrouh (surnommé Baba) et le gardien de but Hamid Hazzaz …..etc…

Au moment où tout le monde s’attendait à une victoire de la Guinée, le joueur marocain Baba tira  un missile sol-air et marqua le but d’égalisation à la 86ème minute de la rencontre, un but qui a permis au Maroc de gagner sa première et dernière CAN,  jusqu’à présent.

Parmi les joueurs légendaires qui ont participé à l’épopée éthiopienne, trois ont tiré leur révérence, il s’agit de Hamid Hazzaz (MAS de Fès), Assila et Faras ( Chabab de Mohammédia). Dans un pays qui se respecte et où le sport est géré dans un cadre dominé par une forte fibre humaine,  les légendes sportives ne doivent pas sombrer dans l’oubli et tomber dans les oubliettes de l’histoire. La mémoire collective ne doit pas les abandonner. C’est pour cette raison que les responsables du football marocain devraient, en principe,  penser à une cérémonie de gratitude et de reconnaissance à l’égard de tous ceux qui ont contribué à hisser très haut  le drapeau marocain lors des événements sportifs de grande envergure. Une cérémonie qui devrait  être organisée avant la cérémonie d’ouverture de la CAN 2025.

A Rabat, quatre stades  ont été mis à niveaux ou  construits conformément aux normes internationales. Aucun de ces stades ne porte le nom d’un de ces joueurs qui ont participé à l’épopée éthiopienne. La Fédération Royale Marocaine de football  est appelée à réparer cette injustice et cette nonchalance,  pour ne pas employer un autre terme. Certains stades, ou des parties des tribunes,  doivent porter les noms des  héros de 1976 ou ceux des  autres légendes du football nationales telles que Driss Bamous (1942- 2015), l’élégant  capitaine de l’équipe nationale lors de la coupe du monde 1970 , Hassan Akesbi ( 1934- 2024), Larbi Benbarek ( 1917- 1992) et Abdelmadjid Dolmy ( 1953- 2017)…..etc…   Le devoir de mémoire doit  être érigé en  obligation cardinale et contraignante.   

Au sujet de l’auteur

(1) Ahmed Saber fut second de l’ambassadeur et conseiller économique à l’ambassade du Maroc à quatre reprises : À Doha (Qatar), à Moscou (Russie), à Ottawa (Canada) et à Berlin (Allemagne), ceci sans parler de ses différentes affectations, au sein du ministère des affaires étrangères, en tant que chef de service; dont celle de chef de Service « des droits de l’Homme » à la Direction des Nations Unies (2005-2008).

Il est aussi l’auteur du Roman « Le marabout de la vallée de l’arbousier paru tout récemment à Rabat (Maroc)

By AEF