Entretien: A. El Fouladi « Rien ne peut priver les MRE de participer à la vie politique de leur pays d’origine » (L’Observateur du Maroc et d’Afrique)

La participation des Marocains résidant à l’étranger à la vie politique marocaine, c’est-à-dire au processus législatif, est toujours problématique. Les positions des partis ne sont pas claires bien que tous déclarent avoir pour ambition d’ouvrir leurs portes aux MRE. Ces derniers ont aussi des avis différents. Dans cet entretien Abderrahman El Fouladi, établi au Canada depuis plusieurs années, analyse la situation. 

Entretien réalisé par Hakim Arif

L’Observateur du Maroc. Comment jugez-vous les récents développements politiques tendant à empêcher les MRE de participer à la vie politique de leur pays d’origine?

Abderrahman El Fouladi. A mon avis, rien ne peut ni empêcher ni priver les MRE de participer à la vie politique de leur pays d’origine, et encore moins les derniers développements. Il suffit, à la limite, que les intéressés entrent pour s’inscrire, voter ou se porter candidats dans l’une ou l’autre des circonscriptions électorales à l’intérieur du pays. Les récents développements semblent plutôt mettre fin aux caprices de certains MRE voulant avoir le beurre du pays d’origine, l’argent du ‘’beur’’ et les applaudissements des Marocains restés sur place. Ce qui serait trop demander à ces derniers pour les raisons que tout le Monde sait.

Parmi les raisons invoquées on cite la complexité logistique qu’en pensez-vous?

Pas au niveau de la logistique du vote. Si je me souviens bien, mis à part quelques exceptions, le vote MRE lors du référendum constitutionnel de 2011 s’est bien déroulé. Pour les exceptions, on peut toujours user du vote électronique ou par correspondance. Les problèmes pourraient commencer une fois l’heureux élu MRE ‘’couronné’’… Et pour cause : à moins que celui-ci ne soit retraité, chômeur ou n’ayant jamais travaillé (ce qui réduirait énormément la qualité de ‘’sa valeur ajoutée’’ à la vie politique du pays d’origine,) ses obligations au pays d’accueil l’auraient empêché de se déplacer pour se rendre au parlement marocain, et ce, même aux frais du contribuable marocain (ce qui serait le cas).

Bien-sûr, la COVID-19 nous a fait découvrir les avantages du télétravail. Et on pourrait, peut-être par excès de zèle, extrapoler et adopter (même après la pandémie) en primeur mondiale la télé–députation. Mais blague mise à part, Il semblerait que seule la trinité ‘’RAM, partis politiques en mal de faire ‘’le plein’’ en pays d’origine et MRE qui réclament à cors et à cris des sièges au parlement’’ qui auraient quelque chose à gagner dans cette députation MRE.

Pourquoi selon vous les MRE sont-ils encore exclus alors que le discours officiel reconnaît leur importance pour le processus de développement du pays?

Entendons-nous bien : Les MRE ‘’sont exclus’’ du processus permettant de gagner un siège au Parlement sans se fatiguer et non du processus du développement du pays. Le Maroc est l’un des rares pays, sinon, et corrigez-moi si je me trompe, le seul pays à offrir à sa diaspora, une Fondation (la Fondation Hassan II), tout un ministère et, la cerise sur le gâteau, un Conseil de la Communauté marocaine à l’étranger (CCME) imbriqué dans la Constitution de 2011. Que voulons-nous, nous MRE, de plus ? Etre un État dans l’État ? Nous le sommes presque déjà ! N’exagérons pas !

Si vraiment nos politiciens sont de bonne foi, ont l’intérêt de tous les Marocains à cœur et non juste le nôtre et, surtout, n’ont pas à cœur leur propre intérêt, qu’il s’engagent cœur et âme pour l’élaboration de la loi organique concrétisant le CCME avec de nouvelles attributions et une nouvelle mission répondant aussi bien aux attentes des MRE qu’à celles des Marocains restés sur place, et ce, bien-sûr, sans oublier ni les partis politiques ni le gouvernement.

Les partis politiques marocains n’arrivent pas à mobiliser les MRE, selon vous, pourquoi?

Qu’ils mobilisent d’abord les Marocains sur place! Quant aux MRE, ils ont fait le choix de ne pas se faire mobiliser sous la bannière de certains de ces partis politiques. Et, à la limite, le parti politique marocain qui pourrait gagner leur confiance et (pourquoi pas ?) leurs voix, ce serait le parti qui leur conseillerait de s’impliquer à fond dans la vie politique ainsi que dans les jeux et les enjeux politiques, du pays d’accueil. C’est à mon avis le meilleur moyen de rendre service au Maroc (en motivant des citoyens à se placer haut dans la sphère décisionnelle du pays d’accueil d’une part, et d’autre part à faire taire les partis de l’extrême droite des pays d’accueil promouvant haine, xénophobie et exclusion de leurs néo-concitoyens.

Abderrahman El Fouladi

Dr. Abderrahman El Fouladi réside au canada où il exerce en tant que consultant indépendant en impacts des changements climatiques. Il est titulaire d’un PhD en Climatologie, d’une M.Sc, en SIG et d’un B.Sc en Environnement) ainsi qu’en Géomatique (diplômes techniques en topographie, en cartographie et en hydrographie)).

Auteur et co-auteur de plus d’une vingtaine d’articles, de rapports et de manuscrits, il a également participé à plusieurs rencontres internationales sur les changements climatiques (Canada, Chine, Bhoutan, Maroc…) dont la COP22 à Marrakech.

Dr El Fouladi est le directeur et l’éditorialiste du mensuel communautaire ‘’Maghreb Canada Express’’, créé en juillet 2003.

Source : L’Observateur du Maroc et d’Afrique

 Maghreb Canada Express, Vol. XIX, N°04 , page 11 , Avril 2021