Correspondance du Maroc par Abderrazaq MIHAMOU
Le stade vibre, mais au milieu de la marée de supporters, une silhouette fige les regards. Portant les lunettes à monture d’écaille emblématiques, la raie impeccable et le costume d’époque, un supporter de la République Démocratique du Congo s’est métamorphosé. Il n’est plus un simple spectateur : il est le sosie de Patrice Emery Lumumba, le père de l’indépendance.
Le Courage du Spectateur-Symbole
Ce « Lumumba ressuscité » par son vrai nom Michel Kuka Mboladinga ne se contente pas de regarder le match contre l’Algérie. Il se tient droit, un portrait du héros national dans une main et, en signe de fraternité transafricaine et de reconnaissance diplomatique, une effigie de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Par ce geste, il incarne l’unité d’une Afrique qui se souvient de ses soutiens et de son histoire commune. Face aux provocations, son calme est sa plus grande force ; il veille sur les Léopards comme une sentinelle de la mémoire.
Malheureusement, la beauté de ce symbole a été ternie par l’attitude de certains acteurs du camp adverse.
- * L’hostilité sur le terrain : L’émotion et la tension ont pris le dessus. Certains joueurs algériens, loin de l’esprit de fraternité sportive, ont manifesté une agressivité verbale déplacée, semblant décontenancés par la présence de cette figure historique dans les tribunes.
- * Le dérapage médiatique : La presse algérienne, au lieu de célébrer l’originalité et la ferveur du supporter, a sombré dans des analyses teintées de préjugés racistes et de dénigrement. En s’attaquant aux symboles que sont Lumumba et le souverain marocain, ces médias ont fait preuve d’un manque flagrant de civisme et d’une ingratitude profonde envers l’histoire africaine.
Note : Le sport devrait être un pont entre les nations. Bafouer l’image de Patrice Lumumba, c’est insulter la lutte pour la liberté de tout un continent.
Un Bilan Amer mais une Fierté Intacte
L’attitude rapportée témoigne d’un éloignement des valeurs de l’olympisme. Le mépris affiché envers les icônes de la RDC et du Maroc souligne une déconnexion avec l’esprit de la CAN (Coupe d’Afrique des Nations), qui se veut une célébration de l’identité africaine.
Malgré les insultes des supporters algériens et le manque de respect surtout le geste du joueur sur la pelouse, le sosie de Lumumba les larmes aux yeux est resté debout jusqu’au coup de sifflet final. Sa présence a rappelé au monde que si les matchs se gagnent ou se perdent sur le terrain, la dignité et l’histoire, elles, ne se négocient pas.
Le Football Africain, Miroir des Passions Politiques
L’irruption de figures historiques comme Patrice Lumumba ou de symboles souverains comme de famille Royale dans les tribunes de la CAN n’est pas un simple folklore. Elle révèle la fonction profonde du football en Afrique : un espace de soft power et d’affirmation identitaire.
?Le Stade comme Tribunal de la Mémoire
?Le football africain est né dans les braises des luttes anticoloniales. En brandissant l’image de symbole africain comme Lumumba, le supporter congolais rappelle que le stade est l’un des rares lieux où le peuple peut réclamer sa dignité historique.
?Patrice Lumumba incarne le sacrifice et l’unité continentale. Sa présence visuelle lors d’un match contre l’Algérie crée un contraste saisissant : d’un côté, une mémoire qui unit ; de l’autre, une presse qui, par son hostilité, semble renier cet héritage commun de fraternité africaine.
?La Diplomatie des Crampons
?L’association des portraits de Lumumba, de Nelson Mandela ou du Roi Mohammed VI souligne une réalité géopolitique contemporaine. Le Maroc s’impose aujourd’hui comme un moteur de l’organisation sportive sur le continent (infrastructures, partenariats avec plus de 40 fédérations africaines).
?Ce geste de reconnaissance par un supporter congolais symbolise l’axe Sud-Sud et la gratitude envers un pays qui investit dans la jeunesse africaine.
?Inversement, la réaction épidermique de certains médias algériens traduit une « géopolitique de l’amertume », où le sport devient l’exutoire de tensions diplomatiques mal digérées.
Une Lésion Sportive
?Le sport perd son essence dès lors que le nationalisme dérive vers le racisme. Les insultes rapportées et l’irrespect envers les symboles sacrés (politiques ou historiques) marquent une rupture avec l’éthique de la CAF.
? »Bafouer une icône panafricaine pour un enjeu de 90 minutes, c’est marquer contre son propre camp dans l’histoire des idées. »
? L’Afrique de Demain se Joue aussi en Tribune
?Le « Lumumba du stade » a gagné la bataille de l’image. Son courage face au mépris rappelle que si les joueurs courent pour un trophée, les peuples, eux, communient autour de symboles qui ne meurent jamais. L’ingratitude et le manque de civisme observés rappellent l’urgence de cultiver un panafricanisme sportif où l’adversaire est un frère de jeu, et non un ennemi de sang.