Correspondance du Maroc par Abderrazaq MIHAMOU

Le football africain a vibré ce week-end au rythme de deux affiches qui auraient pu, chacune, constituer une finale en soi. D’un côté, le duel de voisinage entre le Sénégal et le Mali, conclu sur un score minimaliste mais lourd de sens. De l’autre, ce que beaucoup appelaient « la finale avant l’heure » : une confrontation entre le Maroc et le Cameroun qui a tourné à la démonstration de force pour les hommes de Walid Regragui. Analyse d’une séquence qui redessine la hiérarchie continentale.

Sénégal – Mali (1-0) : Le métier avant la manière

C’était le « Derby de l’Afrique de l’Ouest », un match où la tension tactique l’a souvent emporté sur l’envolée lyrique. Entre le champion en titre sénégalais et une équipe malienne en pleine ascension, la bataille s’est jouée dans l’entrejeu, avant de basculer sur un détail qui sépare les prétendants des maîtres.

Un rideau de fer et un éclair

Le score de 1-0 ne reflète qu’en partie l’intensité de la rencontre. Dès l’entame, les Aigles du Mali ont tenté d’imposer un pressing haut, bousculant des Lions de la Teranga parfois empruntés dans la relance. Pourtant, le Sénégal a fait preuve de ce qui constitue sa force principale depuis trois ans : une sérénité à toute épreuve.

Le but, survenu sur une phase de transition rapide, a glacé les espoirs maliens. Une récupération chirurgicale, une projection verticale et une finition clinique. Le Mali, malgré une possession de balle flatteuse et des enchaînements techniques de haut vol portés par un milieu de terrain créatif, s’est heurté au mur de Dakar. Kalidou Koulibaly et ses pairs ont verrouillé l’accès à la surface, transformant chaque tentative malienne en une course contre l’impossible.

La leçon de pragmatisme

Le Mali pourra nourrir des regrets. Il leur a manqué ce « tueur » dans la zone de vérité, cette capacité à transformer la domination territoriale en avantage au tableau d’affichage. Pour le Sénégal, cette victoire est celle du métier. Les hommes d’Aliou Cissé n’ont pas cherché le spectacle, ils ont cherché la qualification. C’est la marque des équipes qui savent gagner même quand elles ne brillent pas de mille feux.

Maroc – Cameroun : Le retour du « Spirit of Qatar »

Si le match Sénégal-Mali fut une partie d’échecs, le duel Maroc-Cameroun fut une symphonie. On attendait un combat de géants, une opposition de styles entre la « Grinta » camerounaise et la technique marocaine. Nous avons assisté à une leçon de football donnée par des Lions de l’Atlas qui ont, enfin, retrouvé leur superbe.

90 minutes de domination totale

Dès le coup d’envoi, le message était clair : le Maroc n’était pas venu pour subir. Contrairement à leurs dernières sorties parfois poussives, les joueurs marocains se sont présentés sur la pelouse avec une liberté de mouvement et une intention de jeu qui ont totalement étouffé les Lions Indomptables.

Pendant 90 minutes, le Cameroun, pourtant réputé pour sa puissance athlétique et son refus de la défaite, a semblé spectateur de son propre naufrage. Le pressing marocain, coordonné et agressif, a empêché toute sortie de balle propre des Camerounais. Les griffes étaient sorties, et elles ont rayé chaque velléité offensive adverse.

Des joueurs libérés, un collectif retrouvé

Ce qui a frappé les observateurs, c’est cette impression de « libération ». On a retrouvé ce liant, cette fluidité dans les transmissions et cette complicité technique qui avaient fait du Maroc la sensation du Mondial 2022 au Qatar. Les circuits de passes étaient fluides, les dédoublements sur les ailes incessants, et la gestion du tempo absolument parfaite.

Le milieu de terrain marocain a régné en maître, dictant le rythme, alternant jeu court et transversales renversantes. En face, le Cameroun a paru lourd, incapable de répondre à la vivacité des combinaisons marocaines. Les joueurs de Regragui ont joué avec une joie apparente, comme s’ils s’étaient débarrassés d’un poids psychologique. Chaque contrôle, chaque dribble semblait empreint de cette confiance qui caractérise les plus grandes nations mondiales.

Le Maroc envoie un message

Ce n’est pas seulement une victoire contre le Cameroun, c’est une déclaration d’intention. En dominant de la sorte l’une des nations les plus titrées du continent, le Maroc rappelle à tous qu’il est le favori légitime. Le jeu léché, la rigueur tactique et cette capacité à harceler l’adversaire sans relâche rappellent les plus belles heures de l’épopée qatarie.

Vers une nouvelle ère ?

Ces deux rencontres nous enseignent deux choses sur l’état actuel du football africain. D’abord, que le Sénégal reste le « patron » pragmatique, capable de gagner par KO en attendant son heure. Ensuite, que le Maroc, lorsqu’il joue libéré, évolue sur une planète technique à part.

Le Mali et le Cameroun, bien que défaits, sortent de ces confrontations avec des enseignements différents : le Mali doit apprendre la finition pour valider son beau jeu, tandis que le Cameroun doit entamer une réflexion profonde sur sa capacité à exister face à des blocs techniques de haut niveau.

Le chemin vers le sacre est encore long, mais après de telles démonstrations, les Lions de la Teranga et les Lions de l’Atlas semblent plus que jamais lancés vers un duel final qui fait déjà rêver tout un continent. Le football africain sort grandi de ces chocs, où la tactique a rencontré le talent pur.

Demain, le programme s’annonce tout aussi spectaculaire avec des affiches qui pourraient encore bousculer la hiérarchie.

Si l’on suit la logique des tableaux de compétition, nous devrions avoir les deux autres quarts de finale (ou les demi-finales selon l’avancement) qui promettent des étincelles.

On peut s’attendre à des duels de haut vol comme :

  • Le Nigeria (Super Eagles) : Toujours redoutables par leur puissance offensive, ils attendent de pied ferme leur prochain adversaire.
  • La Côte d’Ivoire ou l’Égypte : Des habitués des grands rendez-vous qui ne voudront pas laisser le Sénégal et le Maroc s’échapper seuls vers le titre.

A vos pronostics…

By AEF