Par Pr. Said Charchira (*) (Düsseldorf, Allemagne)
Comme à l’accoutumé, le discours de SM le Roi à l’occasion de l’ouverture de la première session de la 12e Législature est une opportunité pour le souverain de dresser un bilan des réalisations dans différents domaines. Cette année le souverain a envoyé à travers son discours, des messages forts; tant en matière de politique intérieure qu’étrangère. Il trace en même temps une feuille de route pour le nouveau gouvernement qui sera à l’épreuve d’un nouveau cycle politique aux enjeux pressants.
En matière de politique intérieure, le souverain a mis l’accent sur le maintien de la sécurité du Royaume dans un contexte régional et international troublé. Ce qui est en soi, un capital stratégique du Maroc, dont il faut être fière et sauvegarder. En référence certainement au problème d’emploi des jeunes, à ce qui s’est passé à Ceuta, à l’inscription dans la liste électorale ou des douze millions aptes à voter, seulement quatre-cent-mille se sont inscrits, etc…., le souverain invite le nouveau gouvernement a lancer une recomposition politique profonde avec, en toile de fond, des défis économiques et sociaux majeurs.
Concernant les jeunes, le Souverain a déclaré : « …. assurer leur capacité à monter dans l’échelle sociale et pour avoir la foi dans les institutions de leur pays et dans les opportunités qui leur sont offertes…, à placer les questions liées à la jeunesse en tête des politiques publiques et des préoccupations des instances de gouvernance, à travers l’élaboration d’une vision intégrée garantissant l’égalité des chances et couvrant l’éducation, la qualification et l’insertion économique ».
Dans le même sens et en matière de justice sociale, le souverain a rappelé ce qu’il attend du nouveau gouvernement : « … Nous attendons qu’il constitue un véritable tournant pour un Maroc soucieux de poursuivre son ambition de puissance économique émergente et fiable et tout aussi attaché à trouver un équilibre harmonieux entre les logiques de croissance économique et les impératifs d’une justice sociale et spatiale renforcée ».
Le Souverain rappelle également, que dans un contexte international marqué par l’accélération des mutations géoéconomiques, le Maroc s’est engagé, avec une vision claire, dans une dynamique de réalisations dans les différents domaines et invite le nouveau gouvernement à s’engager dans une nouvelle dynamique de réformes et de grands chantiers t : « Aujourd’hui, outre l’activation des projets d’infrastructures à l’ordre du jour, une nouvelle génération de grandes stratégies doit être lancée, notamment dans les secteurs de la sécurité hydrique, énergétique et alimentaire, de l’émergence industrielle, de l’économie numérique et de l’intelligence artificielle » souligne le Souverain.
Inédit, celui-ci, appelle le secteur privé et notamment les banques à faciliter le financement des petites et moyennes entreprises et à participer dans l’essor du royaume. Dans ce sens, il a déclaré : «… Nous exhortons le secteur privé à renforcer son rôle en tant qu’acteur stratégique de la transformation qui s’opère dans notre pays en faveur de son développement…. à se montrer plus entreprenant, plus créatif et plus apte à créer des opportunités d’emploi et à développer ses capacités d’investissement et d’exportation ».
En ce qui concerne la régionalisation, le Souverain a pointé du doigt le retard et les dysfonctionnements qui freinent toujours l’opérationnalisation de la décentralisation affectant ainsi les programmes de développement socio-économique. Cela empêche ainsi une réponse aux préoccupations réelles des citoyens. A ce sujet, le souverain a déclaré : « … Nous soulignons avec force qu’aucun retard ni atermoiement n’est plus tolérable dans la mise en œuvre pleine et entière de la Charte de la Décentralisation, avec ce que cela implique en termes de transfert des compétences et de réaffectation des ressources humaines et financières nécessaires du Centre vers les provinces et les régions.». Et le souverain a ajouté : « L’enjeu réel de la prochaine étape est l’action territoriale qui devra être menée sur le terrain pour identifier les vrais problèmes de chaque région et pour leur trouver des solutions réalistes».
En outre, ce qui attire l’attention dans ce discours, c’est la question de l’identité nationale; laquelle a fait l’objet des différentes idéologies (le nationalisme arabe, le soufisme, les frères-musulmans, le Jacobinisme français, etc…), idéologies qui ne sont pas nées au Maroc, mais seulement importées. En effet, le Maroc était jusqu’à récemment entre deux idéologies qui n’appartiennent pas aux marocains. Celles importées de France et celles importées d’Orient. Il me semble qu’il est temps aujourd’hui de nous rapprocher de notre essence véritable en allant à la rencontre de nos valeurs, de nos motivations, de nos croyances et de notre histoire. Car aucun pays ne peut se développer et avancer sans savoir, voire maitriser son histoire, sa culture, sa civilisation, etc.
A ce sujet, le Souverain a souligné dans son discours l’importance de l’identité marocaine en déclarant : « le sentiment qui M´est le plus cher dans la vie, c’est celui d’être fier de Ma marocanité… le Maroc, l’une des nations les plus prestigieuses et les plus anciennement constituées du monde, prospère sous la houlette de l’une des plus anciennes monarchies de l’histoire… les Marocains ont tout à fait raison de se sentir fiers de l’authenticité de notre identité religieuse, ainsi que de la singulière richesse de leur civilisation aux affluents divers et multiples….. ».
Si nos élites et tous ceux qui s’intéressent à l’identité nationale saisissent le sens du discours royal relatif à ce sujet, le débat engagé depuis des années sur la question serait clos. D’ailleurs, le discours royal, nous invite à un retour vers notre intérieur, lequel est un chemin personnel de reconnexion avec soi qui permet de retrouver son authenticité et sa paix. Cette fierté retrouvée est le catalyseur qui transforme l’appartenance en responsabilité, l’assurance en devoir national, etc… Faut-il rappeler que le discours du Souverain à Ajdir en 2001, puis la reconnaissance des différents aspects et éléments de notre identité dans la constitution de 2011 sont les fondements de notre identité nationale. Il suffit donc d’appliquer le sens et les articles de notre constitution.
A remarquer qu’au sujet de la Monarchie, le Souverain n’a pas mentionné douze siècles, mais a parlé de l’une des plus anciennes monarchies de l’histoire. En effet, bien avant notre ère, il y avait déjà un Royaume berbère, dont le Roi de Maurétanie Tingitane (Maroc), Juba II, a frappé une abondante monnaie royale dans les ateliers de Lexus (près de Larache). Ces pièces figurent parmi les premières identifiées spécifiquement au territoire marocain.
En matière de politique étrangère et de coopération, le Souverain a pointé du doigt le partenariat avec l’Espagne qui a pourtant connu d’importantes avancées dans les différents domaines, y compris dans la lutte contre l’immigration irrégulière, mais qui a atteint ses limites puisqu’il n’empêche pas les crises récurrentes. A ce sujet, le souverain a déclaré : «…cette coopération se heurte aujourd’hui à des défis majeurs, liés à certaines dispositions légales dépassées et à des décisions judiciaires éloignées de la réalité. Malheureusement, un tel attelage entrave le rapatriement des mineurs et des personnes usurpant le statut de réfugié, et aiguise l’appétit des réseaux criminels ».
Concernant les déclarations irresponsables de la droite et l’extrême droite espagnoles ainsi que de certains milieux médiatiques, le Souverain a rétorqué que : « …. Nous affirmons que le partenariat est un choix souverain et un engagement volontaire, qui ne saurait faire l’objet d’aucune pression ou menace, ni d’aucun chantage ». Dans le cadre d’une nouvelle approche stratégique, le souverain dit que le Maroc présentera à ses partenaires : « un document dans lequel sera exposée une vision stratégique, claire et pratique, porteuse d’une orientation nouvelle visant à promouvoir le co-développement, la compétitivité économique et la stabilité régionale ».

(*) Said Charchira est Ex-professeur en Histoire politique, ancien directeur du Centre Européen de Recherche et d’Analyse sur la migration, Auteur, acteur et observateur de la géopolitique
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