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Août 14

Poussée xénophobe au Québec : Le danger d’afficher sa différence

Je fus pris à partie, fin juin  dernier, par un inconnu. Cause : J’étais en train de prendre congé de mon neveu devant le métro tout en lui parlant en arabe.

L’individu s’écria en passant en coup de vent près de nous : ‘’C’est vous qui faites la loi dans ce pays ? Retournez chez vous , faces de rats !’’

M’efforçant de rester dans la même limite de ‘’politesse’’ disgracieuse affichée par l’individu, je lui lançai avec un sourire format ’’tranche de melon d’eau’’ : ‘’Je suis bien chez nous… tête de cochon!’’

Mais sans s’arrêter, ni se retourner, l’individu continua son tir en rafale d’autres insultes du répertoire bien du ‘’chez nous’’ commun; le Québec, qui faisaient tourner de surprise la tête aux passants.

Bof ! Me dis-je, il ne sert à rien de porter plainte chez la SPA. Je risquerais d’être accusé d’outrage, aussi bien au cochon qu’au rat ! Faut considérer ça comme un cas isolé ! Et puis ça fait 28 ans que je suis là sans jamais me faire insulter. Donc une toute petite insulte… ne fera de mal à personne. Faut oublier.

Et je me suis efforcé d’oublier… Jusqu’au mois dernier où , vidéo à l’appui, la haine, le racisme et la xénophobie se firent livrer avec une rare violence et une vulgarité sans bornes, qui déshonorent ces valeurs québécoises chères à M. Legault. Les victimes cette fois-ci sont une mère algérienne (qui ne porte même pas le hijab) et sa fille de trois ans. Le crime ? Encore une discussion en arabe.

La vidéo postée sur facebook devint rapidement virale et bon nombre d’internautes furent scandalisés par les propos abjects adressés par l’individu à la petite fille au sujet de sa mère !

Et croyez-le ou non : Il se trouva quand même des individus qui défendirent le fou-furieux, prétendant que la vidéo ne montre pas ce qui s’est passé au début de l’incident et qui pourrait expliquer pourquoi l’individu était si enragé au point de manquer de respect aussi bien à la mère qu’à sa petite fille qui pourrait se traumatiser pour la vie !

Et du coup , une question s’impose d’elle-même : Combien de fous en furie mettons-nous sur le pieds de guerre à chaque fois qu’on affiche collectivement ou individuellement notre différence sur la place publique ,ici au Québec ?

Combien de foyers de feux couvent-ils sous nos pieds leur menace et qui ne demandent qu’une brise de provocation pour déclencher des incendies risquant d’être ravageurs !

Certains politiciens nous adorent et ne tarissent pas d’éloges à notre égard quand nous célébrons notre différence lors de fêtes nationales de nos pays d’origine ou de fêtes religieuses universelles. Mais quelle emprise ces politiciens ont-ils sur les racistes et les suprématistes qui ne dorment que d’un œil ?

Loin d’accuser quiconque de mauvaise foi. La bonne foi n’est pas en cause. Mais ce serait peut-être le discernement qui manquerait le plus .

Il faut le dire, n’avoir pas peur de le crier haut et fort s’il faut et de le répéter jusqu’à ce que chacun, chacune l’entende : Nous traversons actuellement une zone de turbulence sociale dangereuse et la vigilance doit être de mise !

La charrue devant les bœufs

On nous avancera certes que les autres communautés s’affichent partout. Pourquoi pas la notre ? (‘’les nôtres’’ serait plus juste comme qualificatif) .

Notre (nos) communauté (s) est (sont) très jeune (s). Les autres communautés ont eu, elles aussi, des moments historiques sombres (exemple : la communauté italienne qui a vu certains de ses membres se faire enfermer dans des camps de concentration lors de la seconde guerre mondiale). Mais en général,  ces communautés ont commencé tout d’abord par s’intégrer totalement, par créer des emplois, par créer de la richesse et par le faire savoir autour d’eux, à tel point que ce sont les citoyens de souche qui, poussés par la curiosité, ont poussé à leur tour ces étranges étrangers de se faire connaitre au point que, leurs quartiers se sont imposés dans le décor et leurs eus et coutumes se sont agencés dans les mœurs du pays d’accueil.

Qu’en est-il de nous ?

Nous avions fui un malheur qui hélas à précédé bon nombre parmi nous ici. Nous sommes venus ici chercher un havre de paix pour nos enfants. Mais nous sommes les seuls à le savoir et à y croire. Pour bon nombre de nos autres concitoyens, nous incarnons l’empire du mal. Et au lieu de montrer que c’est faux, nous nous enfermons dans nos ghettos; laissant sur la scène publique ceux parmi nous qui, faute d’intégration professionnelle, ont tout le loisir, et le temps, de faire peur à l’autre avec nos différences; à tel point que la double citoyenneté emprunte d’un zeste musulman laisse un arrière-goût chez certains irréductibles croyant dur comme fer, qu’un musulman n’est fidèle qu’à son pays d’origine : La Musulmanie ! Et qui va expliquer que la Musalmanie n’existe pas et qu’être musulman n’est pas une citoyenneté ?

Ajouter à cela que certaines célébrations à tue-tête tuent la patience chez certains concitoyens pure-laine… Il est temps de s’asseoir ensemble, faire notre autocritique et corriger certains de nos comportements. Il est temps que nous nous décidions à aider ceux qui veulent nous faire éviter l’exclusion et la marginalisation.

Par A. El Fouladi.pour Maghreb Canada Express, page 3, Vol. XVII, N°8 , AOUT 2019

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